dimanche 27 décembre 2009

Le promeneur

J'étais devenu un vieil homme. Les vieux disent toujours aux plus jeunes qu'ils n'ont pas vu le temps passer. J'en étais là de ma vie. Mes enfants étaient déjà loin de leur enfance et je me rapprochais à grand pas de ma déchéance. A bien y  réfléchir, j'y avais déjà mis un pied...
Le matin, dès que je me sentais suffisamment en forme, je sortais prendre l'air. J'enfilais ma veste rouge élimée et je descendais doucement les escaliers de l'immeuble en serrant fort la rambarde. Je n'avais qu'à traverser deux rues pour me retrouver le long du canal. Les mains jointes dans le dos, j'arpentais silencieusement les quais piétonniers. Je repassais le film de ma vie. Parfois je restais bloqué sur un fait précis de mon histoire dont je n'arrivais pas à me défaire. Par exemple ce jour où  ils étaient venus m'annoncer la nouvelle pour Isabelle... Alors, mon regard accrochait rapidement le sol pavé et je me laissais guider mécaniquement, seul, perdu dans mes pensées, les épaules penchées un peu plus en avant.
Par jour de grand froid, de fines larmes s'étiraient lentement depuis le coin de mes yeux rougis.
Parfois aussi certaines anecdotes amusantes refaisaient surface mais mon visage restait impassible.

Photo David Grimbert Improbable Copyright ©
Quand mon souffle se faisait plus court, je faisais demi tour.
Ce matin-là, sur le chemin du retour, l'eau qui coulait à mes côtés avait des reflets presque bleus. Je levai la tête. Mon regard se posa en haut d'un arbre rachitique où restaient accrochées quelques feuilles jaunissantes et inondées de lumière. Elles m'arrachèrent un sourire.
Nous n'étions qu'à l'automne et il faisait encore bon.
Je replongeai dans mes rêveries et je décidai qu'une fois rentré chez moi il serait temps de réouvrir mes albums et de revoir nos souvenirs.

mardi 15 décembre 2009

Mon beau sapin... un triste conte de Noël

Il y a peu de temps encore je resplendissais au milieu de mes congénères. J'étais le plus grand, le plus vert et aussi le plus solide. J'avais grandit là, insouciant, la tête dans les nuages et les racines profondément ancrées dans ce sol accueillant. J'en avais bravé des tempêtes.
Et puis arriva ce jour gris et sans lumière. Ma cîme ployait sous le vent et ma ramure dansait la gigue de façon désordonnée. Je les vis arriver de loin avec leurs épaisses chemises rouges, leurs grosses bottes et leurs casquettes de trappeur. Ils tenaient à la main leur objet de torture dont je pouvais aperçevoir la longue lame. Ils s'arrêtèrent à mon pied. Ils ne parlaient pas beaucoup et je les voyais me tourner autour, prendre du recul, jaugeant de la sorte ma robustesse, ma taille et ma droiture.
Je cherchais à réagir mais j'en fus incapable. J'avais adopté l'attitude d'un résineux résigné...
Ils ne paraissaient nullement impressionnés et se mirent vite au travail. Le bruit strident de leur engin de mort retentit dans le silence environnant.
Je sentis aussitôt la douleur d'une profonde entaille à la base de mon large tronc. Tout se passa très vite. Du travail à la chaîne en somme... Soudain, je me sentis vaciller. J'essayais bien de rester debout encore un instant mais je perdis brusquement l'équilibre. Je basculais dans un grand craquement pour aller rebondir puis me coucher au milieu de mes camarades, spectateurs impuissants de cet abattage en règle. Moi qui hier encore touchait presque le ciel, j'étais là, étendu, embrassant la terre de tout mon corps, les bras en croix. Je faisais la planche... Mes branches furent ensuite découpées une à une et, ainsi privé de mes épines et de ma sève nourricière, je sentis mes veines se vider et un grand froid m'envahir. A présent, j'étais nu, droit comme un I, raide mort dans cette grande forêt qu'autrefois je dominais.

Puis on m'enchaîna, on me traîna dans la boue et un engin terrible m'attrapa sans ménagement, écorchant mon écorce. Mais cela faisait déjà longtemps que je ne sentais plus rien.

On m'emporta loin de mes racines pour un chemin semé d'embûches. On me découpa, je fus raboté, usiné, encollé, on me fit des trous et on m'éparpilla finalement dans différents colis.
Et ce qui devait arriver arriva. Après quelques péripéties, un vulgaire roi du forêt m'assembla façon arbre de salon. En fait, j'avais pris la forme d'une bibliothèque sans style. Je recueillais sur mes étagères une pléiade de livres, pauvres cousins d'infortune. Le traitement pâte à papier qu'ils avaient subi les faisait souffrir de mille maux. Pour la première fois je portais des feuilles, ce qui me posait un problème...  épineux.
Depuis quelques jours, dans le coin du séjour, trônait un petit sapin. Je n'avais pas imaginé que l'on puisse s'attaquer à de si petits confrères conifères. Il était arrivé ligoté dans un filet blanc et une fois libéré, il avait mis du temps à retrouver sa forme naturelle. Il était à présent affublé de tristes guirlandes multicolores. Cette mise en scène pitoyable me foutait les boules. Jour après jour il perdait de son éclat et son teint verdâtre attestait de sa lente agonie. Le sac plastique disposé à ses pieds pour recueillir son futur cadavre, ne serait pas une digne sépulture pour ce petit corps décharné.
Autour de nous la fête battait son plein. Moi, vissé à ce mur, j'assistais au spectacle et j'étouffais. Le feu dans la cheminée me faisait des œillades suicidaires. Je n'avais jamais été aussi triste. Cela faisait longtemps que ne croyais plus au Père Noël...

Pas d'happy-end en ce jour de la fin Sylvestre.

lundi 7 décembre 2009

Un jour de pluie

A peine avais-je mis le nez dehors, que je fus saisi par un froid humide. Je frissonnai. Une pluie fine tombait insidieusement. Je n'avais marché que quelques minutes et j'étais déjà trempé. Mon fidèle caban n'était plus tout à fait imperméable. J'étais parti rapidement de chez moi et j'avais malheureusement sous estimé les précipitations. Je pressais le pas.
Alors que j'allais rentrer encore un peu plus ma tête dans mes épaules, j'aperçus, de l'autre côté de la rue, une élégante silhouette féminine vêtue de noir, au dessus de laquelle dansait un grand parapluie rouge. La jeune femme marchait vite, elle courait presque, sautant les flaques avec légèreté. Elle s'engouffra dans la bouche de métro en dévalant les marches avec la souplesse d'une danseuse. Elle avait l'air belle, en tout cas elle m'intriguait. Pour l'instant et malgré ce dédale de couloirs, nos routes se suivaient.
La rame arrivait et nous pressâmes le pas pour ne pas rester à quai. Je la perdis du regard dans ce flux et ce reflux désordonné. Je m'adossai dans un coin. Je la cherchais du regard dans ce déprimant mélange humain. Je la localisai enfin. Elle était assise à l'autre bout du wagon sur un petit strapontin. Elle rassemblait ses longs cheveux bruns pour les attacher en queue de cheval. Je n'arrivais pas à apercevoir son visage.
Le métro commença sa remontée abandonnant la pénombre pour prendre l'air et la lumière du jour. Une respiration. Je regardais dehors, la tête dans les nuages. De grosses gouttes s'accumulaient sur la vitre. Elles glissaient, entraînées par la vitesse, formant de longues traînées humides. Dehors tout était gris et flou.
Un soubresaut me ramena à la réalité. Les portent s'ouvrirent. Mon inconnue n'était plus à sa place. Je me précipitais dehors, manquant de chuter sur le sol glissant.
Je vis juste le haut de son parapluie rouge disparaître dans les escaliers au bout du quai. Je courus pour la rattraper. Elle avait déjà traversé la rue et je me jetai sans réfléchir à sa poursuite. Un scooter venu de nulle part fit une belle embardée pour m'éviter. Je m'étais à peine arrêté et je n'entendis pas les noms d'oiseaux dont me gratifia le motard.
Enfin, mon regard retrouva la silhouette élancée. Je la suivais à distance tout en réfléchissant. Aurais-je le courage de l'aborder? Qu'allais-je trouver d'original à lui dire? Qu'allait-elle penser de moi? Qu'est ce qui m'avait pris, moi d'habitude si timide?
La pluie redoublait d'intensité.
Elle tourna à l'angle d'une rue et je la perdis une nouvelle fois des yeux. Je trottinais pour refaire mon retard et alors que je prenais mon virage avec précaution, je la vis face à moi. Elle m'attendait, immobile. Je m'arrêtais maladroitement. J'étais stupéfait et totalement pris au dépourvu. Elle était grande, son visage était fin et bien proportionné. Nullement impressionnée, elle me questionna un peu sèchement :
- Que me voulez vous?
Je ruisselais et j'étais essoufflé. Dans un élan de courage, venu de je ne sais où, je parvins à lui répondre :
- Vous m'avez fait peur! Mais vous tombez bien, je commençais à prendre l'eau. Puis-je abuser de votre abri?
Elle me regarda l'air amusé et me rétorqua sans détour :
- Arriverez-vous à me suivre?

lundi 23 novembre 2009

Awardisé par une Duchesse!


Un grand merci à Anne Laure d'avoir pensé à moi pour ce petit jeu.
En voici les 7 règles d'or:

1. Remercier le gentil camarade de blog.
2. Copier l'image ci contre.
3. Mettre le lien du blog qui régale en évidence.
4. Raconter 7 choses inconnues sur soi.
5. Faire l'offrande à 7 amis bloggers.
6. Ajouter leur lien dans ses favoris.
7. Leur annoncer qu'ils doivent à leur tour se dévoiler, et ...partir en courant!
Alors voila mes confidences :


  1. Quand j'étais petit, en jouant au foot à la récrée, j'ai éclaté les lunettes d'un instit et une autre fois j'ai envoyé une praloche dans les seins de la directrice transformant les deux supposés obus en véritables oeufs au plat... Je possède donc, en plus d'un sens aigu de la poésie, d'une bonne frappe de balle. Mais comme dit l'adage : "Sans maîtrise, la puissance n'est rien..."
  2. En ce moment sur la route du travail le matin, j'aime écouter du jazz clarinnette swing charleston. Vous voyez le genre? Désolé, je n'ai pas d'exemple sous la main là. Bonne humeur garantie!
  3. J'ai un petit faible pour les bonbons. Il m'arrive d'en piquer à mes enfants sans aucun état d'âme. Passées les premières fois où, incrédules, je leur faisais croire que les bonbons s'étaient volatilisés, ils ont depuis vite fait d'identifier le coupable! 
  4. J'ai horreur des chaînes. Celle ci m'amuse.
  5. J'aime les choses et les gens simples. Je suis quant à moi parfois un peu compliqué...
  6. J'aime admirer la mer en furie (depuis la plage au chaud dans un gros manteau).
  7. Sans générer autour de moi un sentiment de jalousie, j'aime bien bricoler mais j'ai en horreur de poncer du plâtre avant de peindre ARGHHHH!! Rien que d'y penser ça me fout de sale poil. Pour les tringles à rideau, je vous laisse entre les mains d'un spécialiste...

Eh oui j'ai une vie passionnante chers amis!
Et comme en plus d'être curieux je suis partageur, et que j'apprécie beaucoup :  Yann, Ladyblogue, Bouille de Grenouille, Balmeyer, Miss Rainette, Aude de Nectar du Net et pour finir le père Vinvin, rien de moins, je leur offre à mon tour mes lauriers et la possibilité de nous dévoiler un peu de leur personnalité!
Aller au boulot les amis, si le coeur vous en dit!
A bientôt

mardi 17 novembre 2009

La Surprise (4/4)

Je me laissai guider à l'intérieur de l'appartement où régnait toujours un calme inquiétant. Mon hôte ne disait pas un mot, je percevais juste sa respiration mesurée. J'étais dans un état second et je n'osai pas rompre ce lourd silence. Une épaisse moquette amortissait le bruit de nos pas, seul le froissement de nos vêtements était perceptible. La nonchalance avec laquelle je me laissais faire me surprenait. La main qui m'avait jusque là accompagné, se détacha délicatement de mon avant bras et soudain un bruit de pas fit craquer un plancher en bois. J'étais là, planté comme un piquet, ne sachant quoi faire de mes bras. Mon coeur tambourinait furieusement à mes oreilles. Une voix féminine qui m'était inconnue se fit enfin entendre :
- "Vous pouvez libérer vos yeux Simon".
Je détachai aussitôt le foulard aux délicieuses senteurs et je dus attendre que mon regard se fut habitué à la lumière ambiante pour découvrir la personne qui m'avait conduit jusqu'ici. Une belle femme brune vêtue de noir me faisait face. Elle était grande, plutôt mince, et un sourire amusé se dessinait sur ses lèvres. Son visage allongé et élégant me disait quelque chose mais bien qu'ayant quelques ressemblances avec Louise, je ne connaissais pas cette femme. La même allure élancée peut-être...
 "Qui êtes-vous ? lui demandai-je la fixant droit dans les yeux.
- Mon nom est Louise, vous ne vous rappelez donc pas?" me répondit-elle soudain sérieuse.
Elle jouait la comédie à merveille.
"Je me souviens de Louise dans les moindres détails, et je ne crois pas que nous nous connaissions.

- Tiens donc, vous êtes perspicace cher ami! Remarquez, vous même, vous ne ressemblez que d'assez loin à la description que l'on m'a faite de vous... Qu'est-il arrivé à votre oeil?" me répondit-elle avec malice alors qu'elle s'allongeait pratiquement dans un petit canapé rose pâle.
Sur le mur derrière elle trônait un immense miroir dans lequel se reflétaient ma silhouette longiligne et mon visage amoché. Je n'étais pas très à mon avantage.
Je restais sans voix.
- "Asseyez-vous donc mon cher."
Je trouvai refuge dans un fauteuil club aux confortables rondeurs.
Nous nous trouvions dans un salon baroque où le fushia et le gris anthracite contrastaient fortement. De lourds rideaux occultaient les fenêtres et une lampe discrète ainsi que plusieurs bougies diffusaient une lumière tamisée.
"Pourquoi m'avez-vous fait venir jusqu'ici?
- Vous le saurez bien assez tôt Simon. Puis-je vous offrir à boire?
- Pas avant de m'avoir dit qui vous êtes et ce que je fais ici.
- Je m'appelle Elisa, je suis la soeur de Louise. Et vous savez aussi bien que moi ce que vous faites ici."
J'essayai tant bien que mal de conserver mon flegme pour ne pas trahir ma surprise.
Elle s'empara d'une carafe à Cognac sur une petite table basse à côté d'elle pour en remplir deux grands verres.
 "Louise m'a dit que vous aimiez les alcools forts.
- Nous ne jouons pas à armes égales. Que vous a-t-elle dit d'autre à mon sujet?
- Elle m'a tout raconté, dans les moindres détails.
- C'est avec elle que j'avais rendez-vous ce soir. Où est-elle?
- Elle n'est pas ici. Elle m'a chargé de vous dire de vive voix qu'elle ne voulait plus jamais vous voir. Elle veut se protéger. C'est moi qui vous ai fait venir.
- Pourquoi tout ce mystère?
- Cette mission n'était pas très enthousiasmante. J'ai décidé d'en faire un moment amusant. me dit-elle en éclatant de rire.
- Je suis ravi de vous procurer un tel plaisir, mais j'ai peur de ne pas pouvoir le partager.
- La soirée ne fait que commencer Simon. Ne soyez pas déçu." répliqua-t-elle avant de poser sensuellement ses lèvres rieuses sur le rebord de son verre tout en me dévisageant d'un regard profond.
Le cognac réveillait mes sens et le charme subtil de cette étonnante inconnue faisait doucement son effet.
Je baissai la garde.
 "Qu'attendez-vous de moi à présent?
- Avez-vous apporté la clé Simon?" dit-elle en décroisant lentement les jambes.
A cet instant précis, une voix sensuelle venant de derrière moi vint rompre le silence.
- "Bonsoir Simon."
Je me retournai aussitôt pour voir apparaître Louise, avançant vers moi de sa démarche féline, un large sourire illuminant son visage. Son corps parfait et sa poitrine généreuse étaient magnifiquement mis en valeur par une longue robe échancrée aux épaules et, devant elle ses mains étaient curieusement jointes par deux bracelets aux reflets argentés. Je n'en croyais pas mes yeux.
Je la suivai en la dévorant du regard et alors qu'elle me faisait face, je remarquai à peine qu'Elisa avait disparu.
- "Mon cher Simon, je crois bien que cette coquine d'Elisa vous a joué un vilain tour! Libérez moi et amusons nous, à moins que vous aimiez ce genre de jeu... Nous n'avons que trop attendu."

FIN

vendredi 30 octobre 2009

Le rendez-vous (3/4)

J'hésitai à dévaler les escaliers pour essayer de rattraper le messager inconnu. J'allais m'élancer à sa poursuite quand je me souvins de l'état dans lequel je me trouvais. Un coup d'oeil dans le miroir de l'entrée me fit en effet apparaître un bien triste spectacle. Sous mes yeux fatigués, une pommette boursouflée ornait mon visage. L'ecchymose avait une drôle de couleur et témoignait du choc encaissé la veille lors de mon éviction musclée. Mon nez, égratigné par quelque surface abrasive, avait également dû saigner généreusement puisque ma chemise blanche était maculée de tâches rouge sombre. Mon pantalon de soirée était déchiré au genou gauche et moucheté d'éclaboussures douteuses. Pour couronner le tout, je ne sentais pas la rose et j'avais mal à un coude.
Aussi, décidai-je de rester sagement chez moi pour me remettre d'aplomb et soigner mes blessures.

Je me penchai donc pour ramasser l'enveloppe.
Elle était plutôt épaisse pour ne pas dire dodue. Je déchirai délicatement le papier kraft pour y découvrir un long foulard de soie noire qui diffusait la fragrance enivrante qui émoustillait mes sens depuis trop longtemps. J'y trouvais également un papier à lettre sur lequel un petit mot était inscrit. Une belle écriture féminine aux courbes déliées avait écrit le message suivant :
"Rendez-vous ce soir 21 heures, 3 place des Archers, 1er étage appartement de droite. Bandez-vous les yeux avec l'accessoire ci-joint puis frappez trois fois. Je serai là. 
Louise.
PS : N'oubliez pas la clé"
Je n'avais pas remarqué la présence d'une clé dans l'enveloppe que je m'empressais de retourner. Un objet métallique ricocha sur le sol. C'était une petite clé argentée dont le format m'était tout à fait inconnu.
J'étais totalement dérouté à l'idée que Louise puisse revenir à la surface de cette manière. Depuis notre unique rencontre, qui avait suffi à me tourner la tête, la belle m'avait toujours évité. Elle qui envoûtait mes nuits, venait mystérieusement jusqu'à moi pour m'attirer à nouveau dans ses filets.
Je me trouvais dans une situation inédite et pour le moins étrange. Bien qu'un peu inquiet, j'étais également impatient et curieux de me livrer à cet étrange petit jeu avec elle. Je voulais la  revoir et découvrir son mystère, quelqu'en soit le prix à payer.
Je me glissai sous la douche brûlante pour reprendre mes esprits et débarrasser mon corps des stigmates de la veille.
Puis je passai le reste de la journée à tourner en rond et à attendre que l'heure du rendez-vous approche enfin. La grande aiguille de l'horloge de la cuisine avait profité de ce long moment pour rivaliser de lenteur avec sa petite soeur. Pendant tout ce temps, j'avais pu m'imaginer toutes sortes de situations pour ce rendez-vous inespéré. A présent que le taxi m'emportait vers la destination indiquée, je priais en silence que seules les plus agréables d'entre elles se réalisent.
Le taxi me déposa devant un immeuble cossu. Le numéro 3 surmontait une imposante porte en bois qui arborait une belle couleur rouge sang. Mon coeur battait la chamade. Je me décidai à pousser la lourde porte cochère. Depuis le hall d'entrée, un magnifique escalier en colimaçon s'enroulait vers les étages supérieurs. Je commençai à monter les marches une à une, en prenant soin de réguler ma respiration déjà malmenée par le stress.
Le premier étage arriva vite et sans hésiter, je tournai à droite pour me trouver face à une porte d'appartement. Sans plus réfléchir, je fouillai ma poche pour en sortir le foulard de soie noire avec lequel je me bandai les yeux.
Je frappai les trois coups et j'attendis. Rien ne se passa. Je ne percevais aucun bruit. J'étais là, ridicule, planté comme un piquet devant cette porte inconnue, et ces secondes d'attente dans le noir complet m'étaient insupportables. J'avais fait une erreur de me rendre ici. Alors que j'allais libérer mes yeux de leur obscurité et rebrousser chemin, un déclic se fit entendre et un long grincement m'indiqua que la porte s'ouvrait lentement.
Un courant d'air frais balaya mon visage et parcourut mon échine avant de pénétrer jusqu'au plus profond de mes entrailles. Puis une main se posa fermement sur mon bras pour m'emporter à l'intérieur...

mardi 13 octobre 2009

L'enveloppe (2/4)

Je ne sais plus vraiment comment j'avais réussi à rejoindre mon refuge cette nuit là.
J'avais dû traîner ma carcasse meurtrie dans les rues froides de la ville endormie. Des passants attardés avaient sans doute croisé une silhouette fantomatique. J'avais certainement divagué en mode automatique, indigne, le regard vissé au trottoir, rasant les murs, perdant l'équilibre, enlaçant des lampadaires distraits, narguant le caniveau d'assez près jusqu'à embrasser goulûment quelques bouches d'égouts aguicheuses.
Comme par enchantement, je m'étais retrouvé devant la porte de mon appartement.
Contrairement à Louise, mon lit, lui, ne s'était pas dérobé quand il avait vu apparaître mon corps affaibli. Au moment où mes forces m'abandonnaient pour de bon, il m'avait délicatement recueilli. J'avais directement sombré dans les bras de Morphée, comme si l'édredon douillet avait absorbé le moindre de mes souvenirs.
Puis j'avais dormi d'un sommeil agité. J'avais eu chaud et les vêtement que je n'avais pas pris le temps de retirer, entravaient mes mouvements. Mes membres s'étaient empêtrés dans les tissus de ma literie. Mon estomac nauséeux avait maudit mes excès d'alcool. Régulièrement ma bouche desséchée avait réclamé de l'eau et ma tête avait supplié l'étau qui la comprimait de desserrer son étreinte.
Ma nuit fut jalonnée de rêves torturés dans lesquels Louise incarnait le personnage central. Elle faisait preuve à mon égard d'une éprouvante cruauté.

Je me souviens d'une scène où elle apparaissait devant moi, lascive, vêtue d'une tenue raffinée mais pour le moins suggestive. Je me tenais assis sur une chaise inconfortable au beau milieu d'un pièce dénudée elle aussi. Elle me tournait autour dans une sorte de danse envoûtante, voluptueuse et hypnotique. J'étais incapable de la lâcher des yeux tant elle était désirable. Elle semblait si proche et pourtant inaccessible. Alors que mon corps entier et mes mains se tendaient pour tenter d'effleurer son corps parfait, elle m'interdisait ce plaisir d'un violent coup de badine sur les avant bras. Je me recroquevillai de douleur. Elle me jaugeait alors d'un air sévère et dédaigneux avant de me tourner le dos et de disparaître dans son mystère, m'offrant en spectacle le délicieux balancement de ses hanches et la sublime courbe de ses fesses.
Plusieurs fois je m'étais réveillé en sursaut, les poings serrés, dégoulinant de sueur, assoiffé, avant de sombrer vers d'autres supplices frustrants que la belle m'infligeait.
Tard dans la matinée une envie pressante me tira de mes songes malsains. Je m'arrachai de mon lit et je me traînai jusqu'aux toilettes où je me soulageai abondamment.
Alors que j'engloutissais une demi bouteille d'eau fraîche pour étancher ma soif et avaler un Doliprane 1000 dans la cuisine, j'entendis du bruit derrière la porte d'entrée. Aussitôt le tintement de la sonnette carillonna dans le silence environnant.
Je restai immobile et silencieux, ne donnant aucun signe de vie. Je n'attendais personne.
Je portais toujours mes habits de la veille qui, comme moi, n'étaient plus d'une grande fraîcheur. Aussi hésitai-je à ouvrir ma porte. Je me décidai finalement à zieuter en douce le visiteur surprise par le judas. Alors que j'approchais mon visage de la porte, une odeur fétide m'agressa soudain les narines. Il me fallut quelques instants pour me rendre à l'évidence que mon haleine n'avait rien à envier à celle d'un cheval malade. Je retins donc mon souffle et j'écarquillai les yeux pour voir qui me rendait visite.
A mon grand étonnement, la lumière du palier éclairait un petit chien apeuré assis sur ses pattes arrières. Je me frottai les yeux pour me les remettre en face des trous et regardai à nouveau par l'œilleton. Le noir complet avait repris possession des lieux. Saloperie de minuterie!
Sans plus réfléchir je décidai d'ouvrir la porte. Le chien avait disparu.
Une enveloppe m'attendait sur le paillasson. Dans l'air flottait un doux parfum qui ne m'était pas inconnu...

lundi 21 septembre 2009

En attendant Louise (1/4)

Cela faisait déjà quelques mois que nos chemins s'étaient croisés. Nous n'avions fait que nous effleurer, une seule fois. Depuis tout ce temps, je n'avais pensé qu'à elle.
Quand j'avais accepté l'invitation, le souvenir de son parfum enivrant était aussitôt venu réveiller mes sens. Je savais qu'elle viendrait.
Avachi dans ce caniveau, reniflant à plein nez la pisse des autres et mes propres effluves écoeurantes, je commençais à avoir quelques doutes...
Le costume seyant que j'avais enfilé quelques heures auparavant n'avait plus la même tenue. Moi non plus d'ailleurs.


Je m'étais donc rendu à cette soirée avec pour seul espoir d'y retrouver Louise.
Tandis que je guettais son arrivée, je m'efforçais de faire bonne figure. Mes verres se remplissaient à mesure que je les vidais. Je laissais couler, incapable de contrôler ce flux incessant. Mais à mon désespoir, la charmante Louise ne venait pas.

Peu à peu, les bulles réchauffaient mes joues, déliaient ma langue et réjouissaient mes neurones.
Finalement, tout allait plutôt bien. J'étais occupé à paraître. Je parlais fort, riais à gorge déployée, souriais alentour, grignotais poliment, monopolisais l'attention, brillais, bref je faisais le beau. Si seulement Louise pouvait admirer le spectacle.

La soirée avançait et mes yeux s'égaraient peu à peu vers les formes que les invitées suggéraient à mon regard. Les robes frôlaient les courbes, les bouches s'entrouvraient, les joues s'empourpraient, les jambes s'élançaient, les cheveux caressaient les épaules, les nuques frissonnaient, les boucles d'oreilles pinçaient des lobes sans défense et les décolletés plongeaient sur de délicieuses promesses. Certaines femmes jouaient de leurs charmes sans retenue, d'autres paraissaient plus délicates et inaccessibles. Mon imagination faisait le reste. L'alcool et les rondeurs m'émoustillaient.

Louise ne viendrait pas. Mes propos perdaient de leur légèreté et de leur finesse. Je m'égarais.
Cela devait commencer à se voir et certains regards qui m'étaient destinés avaient perdu de leur sympathie et témoignaient d'un début d'agacement. L'assistance n'était plus sous le charme. Je m'en voulais et maudissais l'absence de Louise. Je déambulais bientôt d'un groupe à l'autre livrant à haute voix mes pensées les moins avouables. Mon attitude devenait inconvenante mais je ne m'en souciais guère. J'avais lâché prise et naviguais seul dans un autre ailleurs.
Aussi, quand la maîtresse de maison s'approcha de moi pour me glisser à l'oreille qu'il fallait songer à me faire plus discret, je réagis fort mal. Mon orgueil était touché et je décidai de quitter les lieux. C'est en titubant que je saluai la dame en la traitant de vieille salope mal baisée, criant ma rage et ma frustration aux convives médusés.

Son charmant mari me raccompagna à l'extérieur d'une main ferme avant de me congédier d'un uppercut massif qui mit un terme à cette triste soirée.
Je me trouvai seul et meurtri, vomissant mes excès sur la chaussée humide et malodorante.
Le visage de Louise me revint soudain à l'esprit.
A cet instant précis, le souvenir de son parfum avait une toute autre saveur...


lundi 7 septembre 2009

Fichu pour fichu

Ma fille est en grande section de maternelle. Elle a les cheveux coupés au carré. Elle porte très souvent un fichu pour maîtriser sa jolie tignasse. C'est très pratique.
Le matin de la rentrée elle me dit que les fichus sont interdits avec sa maîtresse. Dans la précipitation du moment j'entends sa remarque d'une oreille distraite, occupé que je suis à vérifier que tout le monde est prêt pour le grand jour. Je n'ai évidemment pas le temps d'imaginer une autre coiffure pour la miss... Je fourre la clique dans la voiture direction l'école où tout se passe comme sur des roulettes. Je redescends enfin en température après le détour par la crèche.
Ce soir ma femme me confirme que la maîtresse ne veut pas de fichu sur les têtes des petites filles. Ben oui, c'est parce qu'elle ne voit pas leurs cheveux! C'est vrai qu'ils sont beaux mais c'est un peu léger comme explication... D'ailleurs, elle doit faire une fixette car elle n'aime pas non plus que les garçons mettent du gel. On pourrait parler d'une obssession quasi permanente...
Bref, ma femme cherche à comprendre, questionne. On arrive enfin à l'explication : "Nous sommes dans une école laïque et les fichus ressemblent aux foulards islamiques". Or, les symboles distinctifs religieux sont interdits à l'école depuis 2004.
Je tombe des nues. Je ne suis pas fortiche en religion mais je ne connais pas bien celle dont le signe ostentatoire d'appartenance est le fichu " Papa pique et maman coud" . La maîtresse, elle, ne voit pas bien la nuance.
Manifestement on est en plein délire. La dame est un peu rigide mais là on frôle la catalepsie. Et l'argument complémentaire "les casquettes sont bien interdites" ne m'arrache qu'un sourire désabusé. Aucun rapport.
Bon elle doit savoir qu'elle est un peu"border line" sur l'affaire car elle n'interdit pas formellement de porter cet accessoire. Elle insiste juste très fortement pour que les fillettes n'en mettent pas. Pour le coup on est dans la nuance.
J'ai bien envie faire monter la sauce en local et de lui défriser son brushing mais je vais m'en garder pour préserver ma fille d'éventuels dégâts collatéraux.
Du coup, elle autorise les bandeaux. J'espère qu'elle aime bien John RAMBO...

Une bien belle histoire de la vraie vie, un poil tirée par les cheveux n'est-ce pas?

samedi 29 août 2009

Monsieur connard à l'hôpital

Hôpital de jour. Retour dans la chambre. Ma petite fille dort à poings fermés encore sous l'effet de l'anesthésie.
Dans le lit d'à côté, une jolie petite fille d'environ 5 ans se réveille. Seule. Elle a de beaux cheveux noirs et des yeux presque aussi sombres.
Elle et ma fille viennent de passer le même examen.
Nous attendons un quart d'heure. Sa mère arrive enfin dans un grand fracas vocal. Dans son sillage elle traîne Franz. Franz c'est la trentaine, une sorte de "moustache bouc" du plus bel effet, des cheveux ras ornementés de lunettes de soleil, un pantalon de treillis, une polaire marron (c'est l'été en Bretagne...), un regard dur sans rien derrière. Bref le genre pas commode, limite mauvais. Difficile de faire le lien entre lui et sa fille.
Le mec parle aussi fort que sa copine. Juste à côté, ma fille dort.
Le médecin arrive relax pour expliquer que les résultats de l'examen ne sont pas inquiétants. Franz lui pose des questions sur un mode agressif. Franz s'énerve car les réponses du médecin semblent ne pas correspondre à ce qu'il aurait souhaité entendre. Franz a dû faire des recherches approfondies sur le Net... Et Franz est du genre à taper quand il est en désaccord.
Le médecin s'en va en rappelant qu'il faut attendre un peu avant que la fillette mange et puisse sortir.
Mais ça ne convient pas à Franz qui est très pressé de partir. La fillette a faim et veut du gâteau au chocolat que sa mère vient d'aller acheter à la cafétéria. Elle lui en donne une part.
L'infirmière arrive avec le goûter et constate impuissante que la fillette arbore un beau sourire chocolaté.
De son côté, Franz est au taquet. Il fait les 100 pas entre le couloir et la chambre attendant que sa fille mange. Mais ça n'avance pas assez vite à son goût! La mère sous pression engueule sa fille en lui fourrant des cuillèrées de petit suisse dans le gosier. Le père va et vient en mode psychopathe, répond au téléphone, claque des doigts, tape du pied pour montrer son impatience.
La mère lève la fillette et constate qu'elle titube. Elle annonce à Franz : "Tu vas devoir y aller tout seul Franz".
Franz arrive ausssitôt le regard noir : "C'est du chiqué ça! On est des costauds dans la famille! Allez mets tes chaussures". Ben ouais c'est vrai quoi! Quand il a fallu endormir Franz pour opérer sa hernie, on a dû lui mettre double dose...
La petite elle, est encore dans le cirage.
Nous assistons à la scène, estomaqués. Je rêve d'aller défoncer le crâne vide de Franz. Mais je ne suis pas courageux.
Pour passer le temps, Franz est parti traquer l'infirmière pour qu'elle les autorise à mettre les voiles. Mais elle est occupée. Du coup la mère décide d'arracher les électrodes de contrôle du torse de sa fille.
Ça gueule encore un peu. Notre fille se réveille.
Rien à foutre. D'ailleurs on se casse, on est seuls au monde, sûrs de nous, ignorant la masse de connerie dont nous irradions notre entourage.
Une pensée pour cette petite fille qui va devoir grandir avec ses abrutis de parents.

Si un jour le monsieur passe lui aussi une IRM, pas évident qu'on puisse y voir autre chose que sa connerie. Tiens, j'imagine sans peine le constat du radiologue : "Plus con tu meurs!"

PS : Au fait, tout va bien, merci.

lundi 15 juin 2009

Week-end saucisse à Paris

Aéroport de Quimper, départ pour Paris.
Ici tout est riquiqui : le parking, l'aérogare, la file et le temps d'attente pour l'enregistrement, la salle d'embarquement, et c'est très agréable. L'avion lui même n'est pas bien grand. C'est un Canadair. D'habitude ils font des avions pour éteindre les incendies. C'est amusant mais ce matin là il pleut...
Je grimpe les quelques marches de l'escalier pour monter dans ce petit appareil, sorte de mini "saucisse volante". Tout le contraire de l'hôtesse qui me souhaite la bienvenue à l'entrée. Dans le couloir, je baisse la tête pour éviter de caresser le plafond qui est aussi bas à l'intérieur qu'à l'extérieur (météo oblige) et je m'insère dans mon siège côté fenêtre. Ce coucou m'offre un nid douillet! Le vol se déroule tranquillement. Atterrissage en douceur dans un style épuré (quoi de plus normal pour une saucisse volante, hum hum).
Plus tard, je retrouve mon petit frère qui m'a offert une place pour le concert d'AC/DC. Nous nous rendons ensemble au Stade de France via le RER B. Le trafic est perturbé à cause d'une
grève. Le train semble déjà être à saturation quand nous entrons avec difficulté dans la rame. Mais je sous estime la capacité d'ingurgitation de l'engin. A chaque arrêt il en grimpe plus qu'il n'en sort. Très vite je n'ai plus besoin de me tenir, mes voisins directs amortissent les à coups de conduite. Nous sommes imbriqués les uns dans les autres, nous formons un tout en mouvement version compression de César. Je lévite ou plutôt je dérive dans quelques mètres carrés au gré des va et vient. Je suis plus comprimé qu'une Knacki dans un paquet de 10. Comme elle, je baigne rapidement dans mon jus. La chaleur est étouffante, il n'y a pas d'air. Dans ce chair à chair, de délicates effluves s'entremêlent : "S'il vous plait Mr, baissez les bras" demande fermement une dame black à un "congénère". Lequel a pénétré dans le wagon à grands coups de boutoir et est venu incruster ses aisselles sous les délicates narines de la dame. Il s'exécute avec difficulté, prenant la chose avec humour.
Ça s'engueule et ça pousse un peu plus à chaque arrêt. Je ne suis pas loin de la crise "d'agoraclaustrophobie" et j'envisage de me tirer de ce parc à bestiaux avant notre destination finale. Partir en courant me semble être la meilleure alternative pour me rendre au concert d'AC/DC. Mais je continue (1).
La tension monte et je serre les dents pour rester dans l'ambiance.
La rame finit enfin par vomir son trop plein de matière humaine malaxée et nous expulse sur le quai dégoulinant de sueur.
Petite pensée au passage pour celles et ceux qui subissent cela au quotidien.
Pour me remettre de mes émotions et parce que mon estomac a retrouvé sa forme naturelle, je m'offre un sandwich... saucisse. Ainsi rassasié je me hisse aussitôt au sommet du stade où je profite du concert avec le brother qui arbore un magnifique tee-shirt collector du groupe. Angus Young est au taquet et fait corps avec sa Gibson SG. Le son laisse un peu à désirer mais le moment est unique. Dans le métro pour le retour les gens se causent et l'ambiance est carrément bon enfant. Extra!
Lendemain, ballade autour des Halles, trattoria italienne, expo Kandinski. Un moment de culture (choisi celui là) avec des couleurs magnifiques et des formes en veux-tu en voilà. J'adore! Je corrigerais juste un des crédos du peintre : "Le cercle est la forme qui tend le plus vers la quatrième dimension", mais le moyen le plus sûr de s'y rendre est encore le RER. Bref.
Soirée chez un cousin qui gère un château pour séminaire de luxe dans la Brie. Grande classe, vie de château, champagne, saucisson, grands crus, côte de boeuf, saucisses (eh oui!), débats d'idées, puis petit dodo dans des draps douillets. Demain c'est dimanche.
Le train matinal nous ramène à Paris fatigués. Petit déjeuner puis déambulations le long du canal Saint Martin. Mon frère réalise que le verbe écluser a plusieurs significations! Nous enfourchons ensuite des Vélibs pour une tranquille ballade le long de la Seine.
Pasta au pesto et puis basta, retour au bercail en saucisse volante.

La belle vie quoi!

(1) Le nom « AC/DC » viendrait d'une suggestion de Margaret Young, la sœur d'Angus et de Malcolm, qui a vu ce sigle au dos d'une machine à coudre de marque Singer. AC/DC est le sigle pour alternating current/direct current, soit, en français, « courant alternatif/courant continu ».
Wikipédia

lundi 18 mai 2009

La maîtresse à Léo!

Mon fiston est en classe de CP. En plus du foot à la récré, des collages, des cartes Pokémon, du cinéma et de la relaxation, il fait parfois des maths et il apprend aussi à lire et à écrire. Un programme très classique et dense auquel le père attentionné que je suis prête parfois un oeil... Hier ma femme m'a fait lire la première page de son cahier du soir écrite de la main de sa maîtresse. Je me fais un plaisir de la partager avec vous : "Cahier du soir à Léo"!!!
Gloups, on pense à une étourderie. Laquelle décore de la même façon les cahiers du soir des autres enfants de la classe... Rien de bien grave me direz-vous, mais on se pose quand même quelques questions sur le reste de l'enseignement après une pareille découverte. 
Cette faute de français est en fait une faute courante en Bretagne où l'on dit souvent : "C'est le vélo à Gweltaz". Gweltaz étant un prénom à la mode chez les adeptes de l'école made in Breizh. Ou encore "C'est la bière à Fanch que c'est quoi hein", mais aussi "Qui c'est qu'a piqué le biniou à Lanig?"
Pour les amateurs d'expressions bien de chez nous, je vous invite à lire ce florilège
Des "à" à la place des "de" en veux-tu en voilà! Un détail sans doute mais un doute m'habite quand j'entends poindre à mes oreilles un air musical d'une rare fraîcheur :  "C'est la bite à Dudule!". J'essaye de fredonner la chanson en remplaçant le "à" par un "de" et "C'est la bite de Dudule!" mais ça ne sonne pas comme il faut.
Bref, chez nous on bricole pas mal et on met aussi des "à" à la place des "chez" : "Je suis allé au coiffeur", ou encore : "Demain, je vais au dentiste"la classe.
Bon nous sommes d'accord, la langue française est propice aux fautes et aux dérapages mais sur des basiques type CP il faut être un poil exigeant tout de même. 
Je suis donc décidé à faire part de cette déconvenue à la maîtresse de Léo, au moins pour qu'elle épargne ses futurs élèves (j'ai deux autres enfants à lui confier). Ne sachant pas trop comment m'y prendre pour aborder le sujet avec elle, j'ai choisi la solution de la lettre "à nonyme".
Pour qu'elle améliore son français et ne pas être chien avec elle, je lui laisserai également le dictionnaire de "Lassie nomyme".

dimanche 3 mai 2009

Agriculture raisonnée et commerce inéquitable


Depuis quelque temps ma femme est devenue une adepte du bio. Ma dernière loustiquette est élevée au bio et j'approuve. Aussi suis-je inquiet pour le développement durable de mes deux aînés qui, bien qu'ayant été choyés, ont dû ingurgiter de la molécule de synthèse!
Sans être accro au bio, j'aime l'idée de manger sain. Et ce qui est bon pour l'homme, l'est également pour notre planète.
Ce que j'ai du mal à digérer ce sont les prix intensifs pratiqués dans le domaine, notamment par la grande distribution. 
Je m'explique. Il y a quelques jours, prix de la pomme golden non bio avec traitement 1,50€ le kilo. La même en bio dans la même enseigne : 3,50€ le kilo! Plus 233 % !! Une précision pour les petits malins qui pensent avoir trouvé l'explication : le kilo bio pèse bien le même poids que le kilo non bio... Écart identique avec des poires cet hiver. Vertiges des prix de l'agriculuture bio...
Ok, je comprends, c'est plus cher à produire parce qu'il y a plus d'exposition aux risques et que les rendements sont moins bons, naturellement. 
Ah oui j'oubliais, l'enseigne chez qui je fais mes courses emballe sévère, le bio notamment.
Une question : Est-ce l'emballage carton+film plastique qui augmente singulièrement le prix au kilo des golden bio ou c'est juste pour justifier leur prix qu'ils se sentent obligés de soigner leur emballage anti développement durable? Ils vendent aussi de magnifiques choux fleurs bio sous plastique+carton. Nota bene : Ils sont comestibles à condition d'enlever le film plastique et le carton! Non je sais, ils sont tellement précautionneux qu'ils protègent les fruits et légumes bio pour éviter qu'ils ne soient contaminés chimiquement par leurs petits voisins de présentoir traités à haute dose! 
Autre point d'insatisfaction. Quand tu as payé tes golden bio à prix d'or, tu t'attends à une explosion au niveau des papilles gustatives. Et bien zéro, nada, que dalle, pépin. 
Il faudrait donc manger des fruits et des légumes de saison et si possible en privilégiant les circuits courts et les producteurs locaux. Pas simple pour les ananas!
En tout cas, chez Carouf, ça raque fort et mon pouvoir d'achat se biodégrade! Dans les coop bio et autres magasins un brin spécialisés, manger sain n'est pas à la portée de toutes les bourses. Lesquelles se rabougrissent en ces temps de crise.
Ça me fait penser à un slogan : "Manger moins mais manger sain". Je veux bien mais quand tu a envie de manger une poire, tu n'en manges pas qu'une moitié sous prétexte qu'elle est bio et qu'elle coûte deux fois plus cher qu'une non bio, enfin!
Pour ce qui est des effets du bio sur la santé et les performances je suis plus circonspect, preuve à l'appui. Mon ami Christophe se nourrit plus bio que moi. Il court aussi le 10 km 10% plus vite que moi. Morale de l'histoire : l'homme bio nique l'homme non bio. Et en plus il fume alors que j'ai arrêté. Ça doit être des clopes au tabac bio (intéressant le concept des clopes bio, isn't it?)!
La logique écologique est parfois surprenante : La nature a payé le prix fort le développement de l'agriculture intensive. Certaines de nos plages et rivières bretonnes en portent les stigmates (nos viscères aussi?). Aujourd'hui elle nous rend généreusement la monnaie de notre pièce. Et dire que c'est Carouf qui la venge et s'engraisse en nous faisant payer une fortune des produits 100 % naturels! Mais quand le vers est dans le fruit...

Pour résumer, manger bio est une problématique de nantis, les distributeurs en profitent en se sucrant abondemment les amygdales(1) au passage. Ainsi va la vie!

(1) Expression familliale dont le sens ne vous aura pas échappé.

mercredi 15 avril 2009

Jéhovah de retro, le retour!


Tiens c'est amusant, ce matin j'étais en mode "bricolage peinture", et devinez qui a sonné à la porte?  
Les envoyées de Dieu en personne version témoins de Jéhovah!!! Le retour! Déjà la dernière fois, elles m'avaient dérangé en plein travail, outillage à la main.  
Cette fois ci, à la différence, je n'ai rien vu venir. Une sorte d'apparition divine. Les dingues indévergondables "donguent" donc à la porte. Je me précipite, manque d'envoyer valdinguer le bac de peinture, et j'ouvre ma demeure en maculant la poignée de gris. Surprise, c'est encore nous!!!! Je pige aussitôt. Cette fois elles sont trois. L'une d'elles sonne (sur la porte il y a marqué : Ne pas sonner...) pendant que les deux autres sont en repli et font le guet dans la rue. Et c'est parti pour un tour de : "Je suis chrétienne, ..." et patati et patata vas y que je te régurgite du Jésus Christ par versets entiers, à l'endroit, à l'envers, en Coran et encore. Mais comment dire, euh, le verset m'allergise. Elles ne savent pas que le maître des lieux, dans sa prime jeunesse, a refusé de faire sa communion! Celui qu'on n'avait pas cru si fier fixe une fin de non recevoir à Jésus et ses apôtres...
Je reprends donc. Opposition de style sans hostilité. Je n'aime pas la violence, d'ailleurs je n'uppercute pas trop. La grenouille de bénitier, elle, ne se gêne pas et enchaîne directement pour m'infliger le coup de grâce : "Pensez-vous que nous soyons prédestinés?" Punaise, elle m'a bien regardé mal rasé dans mes guenilles d'ouvrier du dimanche? Mon cerveau est au ralenti, anémié, et je suis contre les transfusions qu'on se le dise... Et puis la réflexion philosophique version catho c'est pas mon truc. Un peu plus elle va me demander de venir refaire les fresques de la chapelle paroissiale avec mes gros pinceaux, non mais des fois! J'espère pour elle qu'elle trouvera des interlocuteurs plus disponibles et vifs d'esprit pour débattre de la prédestination et autres considérations bibliques. Je décline donc mais elle veut quand même me refourguer son opuscule intitulé "La tour de garde". J'ai tellement les jetons qu'aussitôt je baisse la mienne (de garde) et fais demi tour, congédiant fermement les prêtresses ambulantes.
Tel Le Caravage, je retourne à mon oeuvre, décorant mes murs dans les bas fonds de la vie laïque.
Elles repartent, laissant l'athée au Ripolin, jurer qu'il ne peut plus voir ces dames en peinture...
Ce soir, c'est décidé, je boirai benoîtement une bonne seize (cent soixante quatre) bien fraîche à la santé de ces évangélisatrices bénévoles, dont je me passerai des services même le jour de ma mise en bière...

Dictons ou théories (polin) du jour :
"Tant Jéhovah la cruche à l'eau qu'à la fin elle me les brise". 
"Une fois ça va, deux fois ça Jéhovah pas du tout, trois fois..."
J'arrête là!

Illustration empruntée chez Mojito

 

mardi 31 mars 2009

Marseille, le Vieux Port et la Mer

Je suis dans l'avion du retour.
Je ferme les yeux et j'entends les conversations qui s'entremêlent. Je passe de l'une à l'autre, j'en attrape des bribes. A peine ai-je le temps de suivre le fil d'une d'entre elles que je me laisse aussitôt embarquer par d'autres effluves acoustiques plus attirantes. Mon esprit divague, comme à la dérive. Je me laisse bercer par le rythme et la variété de ce mélange sonore. C'est agréable.
Tiens c'est comme à Marseille. Ce qui m'a plu là bas (je passe sur la pluie... un vrai temps de breton!) c'est ce "melting-pot" culturel. J'ai adoré déambuler dans cette ville et pouvoir passer d'un monde à l'autre en l'espace de deux ou trois rues, sans véritable rupture. Il y a dans cette ville un brassage et une imbrication de cultures qui s'assemblent harmonieusement.
D'abord le "Souk" bruyant, sale, coloré  et bordéliquement organisé où l'ambiance et les odeurs vous transportent ailleurs, loin, vers d'autres rives méditerranéennes. Cette ville désoriente l'occidental. Je me promène encore, je m'enfonce, je m'éloigne, je me sens partir, je me laisse aller, gagné par ces délicieux relents "afros-orientaux". Ça discute, ça se touche, ça négocie, je ne comprends rien, ça clope sur clope comme au bon vieux temps, ça s'époumone... Taxiphones, salons de beauté afro, coiffeurs et barbiers, boucheries où s'exposent des kilos de viande, boutiques de tissus, vendeurs de babioles, de fruits et légumes, épiceries, pâtisseries tunisiennes, tout cela se jouxte, parfois même se superpose, pour mon plus grand bonheur. J'aime cette fusion des univers où l'on sent la vie, simplement.
Puis, avec un certaine douceur, on revient au calme feutré de boutiques plus chics dont les devantures impeccables et millimétrées répondent aux codes aseptisés de nos riches économies. Les ruelles étroites s'embourgeoisent pour devenir des avenues, jamais prétentieuses. Là, tout est calculé, rien ne dépasse, c'est beau, c'est propre mais ça ne sent rien et c'est un peuchère (désolé, je n'ai pas pu m'empêcher!). Pour un peu ça foutrait les boules tout ce rêve en sachet. De la poudre aux yeux!
Étonnamment, les deux univers cohabitent sans cloisonnement apparent. Je n'aime pas l'un plus que l'autre, ce que j'aime c'est cet amalgame qui a fait et fera sans doute la richesse de cette ville généreuse et authentique.
Le Vieux Port et la Mer. Une belle ouverture sur le monde en guise de conclusion, non?
Je me dis que si la mer a toujours éloigné les marins de leurs ports, elle a aussi permis aux civilisations de se rapprocher et d'échanger. A Marseille on peut vivre cette diversité.

PS: Spéciale dédicace à la Rascasse from Mars et à mes deux adorables conseillers locaux!

vendredi 20 mars 2009

Mr Météo travaille à la banque


Hier soir, je rentre du travail dans mon costume de pingouin. Non pas que je travaille désormais comme figurant pour le prochain Pixar au pôle Nord. Je porte juste un costume cravate sombre et classique dans lequel on se trouve parfois un peu engoncé, comme un pingouin
Tous les enfants du quartier sont dehors, jouant au foot, sautant à la corde, dévalant l'impasse sur leur vélo, pour profiter de ce magnifique début de  printemps. Je me gare devant chez moi, je sors de ma voiture et je dis coucou à la petite voisine, trottinette en main et casquée de travers. Elle me regarde de la même façon et me dit du haut de ses 6 ans :
Elle :  "Pourquoi t'es bien habillé avec une cravate?" 
Moi : "Et bien je.... C'est pour mon travail, je suis un peu obligé d'être bien habillé". Je n'ai pas le temps de lui expliquer qu'une fois on a osé me faire une remarque parce que je ne portais pas de cravate et que certains de mes clients pouvaient penser que je leur manquais de respect...
Elle : "Ah bon, tu présentes la météo c'est ça?"
Moi : ".....!!!!?????" Je suis resté comme deux ronds de flanc, bouche bée, puis j'ai ri, pas autant que j'aurais voulu pour ne pas qu'elle croit que je me moque d'elle. 
J'ai fini par m'Alain Gillot dépêtrer (bof bof)
Moi : "Non je travaille dans une banque" J'ai bien vu que ça ne la faisait pas autant rêver que le type de la météo...
Elle : "C'est joli comme pour un mariage"
Je me suis trouvé con et j'ai ri à nouveau. Je lui ai dit que je prêterais une cravate à son papa, puis je suis vite rentré me changer pour profiter tranquillement de cette belle fin de journée, à l'aise.

J'ai adoré cet échange et les questions spontanées d'une enfant qui s'interroge sur la vie des grands et sur la signification de leurs codes vestimentaires, un peu dépassés je vous l'accorde.
Ah au fait, il fera beau demain!

jeudi 26 février 2009

Afin d’avoir ou avoir faim

Lorsque Yann m’a sollicité pour aider les Restos du Coeur, je n’ai pas bien vu ce que je pouvais écrire. L'enfoiré que je suis a même failli abandonner.

Et puis je me suis imaginé moins bien loti, manquant de l’essentiel pour nourrir ma famille. Un frigo vide et rien dans le garde-manger. Je me suis vu, fatigué, les yeux dans les godasses, du vent dans les poches, un sac plastique à la main devant la porte des Restos, dans le froid et les courants d'air. Pas assez d'argent pour subvenir seul à ce besoin primaire. Et mes enfants qui ont faim. Alors j'ai ravalé ma fierté, puis j'ai tendu la main. La porte s'est ouverte et un sourire m'a accueilli...

Jusqu’à ce jour, je n’ai jamais connu la faim. Elle ne s’est jamais inivitée chez moi. Bien sûr je l'ai souvent aperçue à la télé mais elle n’a jamais crevé la dalle de mon plasma. Et même à l'écran je n‘ai jamais osé la regarder en face. Chaque semaine je dépense égoïstement mes sous en remplissant mon caddie de choses qui ont l’air bonnes. C’est rassurant l’opulence. J’achète afin d’avoir, bref je consomme pendant que d’autres ont faim et consument leurs quelques calories. Parfois même je jette.

Alors que ceux qui fabriquent comme Danone ou vendent comme Carrefour se donnent ensuite bonne conscience et redorent leur image en aidant les Restos du Cœur ne me choque pas. C’est la loi du marché à défaut d'être un marché de bon aloi... Mais ce soir cela m’énerve. Et puis sur l’étal de la générosité, je préfère les initiatives plus discrètes, les petites choses anodines... Zidane. Emblème de la marque... Enfin, c’est connu, chez Danone, ils sont bons « Prince ». Mais j’ai une transaction de retard, c’est une histoire déjà Lu(e).

Désolé Yann, je n’ai pas respecté le jeu à la lettre. Mais pas question que je ne dONNE naDA à cette belle association. Je ferai ce que je peux de mon côté pour me rattraper. Je vous invite donc à faire de même, pour que les gondoles de la banque alimentaire des Restos du Coeur, à défaut de rappeler Venise et ses richesses, ne ressemblent jamais à celle d’un triste « Darfour Market »…