jeudi 27 mars 2014

Soirée déguisée

Je ne me souviens plus si j'ai vraiment été invité,
Ou bien si j'ai simplement rêvé
De cette amusante soirée déguisée.
Qu'à cela ne tienne, les souvenirs me reviennent en pagaille!









Spiderman est dans la place, il parait s'ennuyer.
Pour briser la glace il me propose de partager
Un double scotch on the rocks du genre bien tassé.
On ne refuse pas un verre à Peter Parker...
Je m'en cale une rasade tout au fond du gosier
Un cul sec maladroit qu'il me faut recracher,
Sur le costume moulant de l'homme araignée.
Le type est furax et ainsi auréolé,
Se colle aux murs pour se faire oublier.


Mais avant que le remords me ronge
Je tombe sur le roi de la plonge, l'ami Bob l'éponge.
Il s'enfile mousse sur mousse sur un canapé
Et semble littéralement absorbé, pour ne pas dire "scotch brité",
Par un moustachu en Panthère rose déguisé,
Qui de moult postillons ne cesse de l'arroser.
En voyant l'ami Bob ainsi imbibé,
Bibi abandonne l'idée qu'il puisse venir assécher
Le héros de chez Marvel aux WC réfugié.



Plus loin, pavane une blonde sur talons haut perchée.
Telle une icône la miss peinturlurée,
Exhibe ses formes un brin exagérées.
Mais de silicone je la sais rembourrée,
Le genre Paris Hilton en version surgonflée.
Elle ne comprend pas quand on la questionne.
Le dialogue est limité avec cette silly conne...








Dans un coin j'aperçois Catwoman minauder
Je lui propose un Kit Kat ou un chat perché
La miss commence à miauler, se fait à l'idée
Puis elle me sourit, verte
Je l’attrape par la queue,
Je la montre à ces messieurs...
Désolé, je m'égare mais
Ça bouillonne dans mon cortex,
Face à cette dame tout en latex.










En pantouflard à minuit je pense à rentrer
Mais je joue la montre et m'en vais me griller,
Une Lucky que, malchance, d'un strike j'envoie valser
Sur une jolie princesse qui court affolée
Le genre Cendrillon plutôt bien carrossée
Qu'on ne peut pourtant pas confondre avec un cendrier.





Je m'excuse puis me trouve nez à nez
Avec un lonesome cow-boy un poil décharné
Qui trouve que de trop près je serre
Sa belle cavalière nommée Jolly Jumper.
L'homme prend tout à coup un air sombre,
Pour me dire qu'il tire plus vite que son ombre.
J'imagine son six coup, explosant ma citrouille
J'ai si peur qu'aussitôt je change d'air,
A la vitesse de Buzz l'éclair.


Sur le dancefloor, un vieux type n'arrête pas de se déhancher
Il se tortille et danse comme un damné.
Barbe blanche, bonnet rouge et pull over bleu,
On dirait le grand Schtroumpf en mode je fous le feu.
Sur un rythme latino, des danseuses à gogo,
Enlacent le pépère en flattant son égo.
J'observe jaloux, ce type qui fait merveille,
En me disant qu'un jour je danserai la salsa pareil.





Je m'essaye par défi à quelques pas endiablés
Que je brûle en enfer si je ne sais plus danser.
Aussitôt tout s'accélère, le sol se met à schtroumpfer
Mes jambes scélérates ne peuvent plus me porter.
Sans crier gare, la gamelle est brutale,
Et dansent à mes yeux les sept boules de cristal.
Le cerveau ainsi étoilé, vaincu je dois m'avouer
Que n'est pas qui veut, Patrick Dupon d.


Je rejoins le bar, car je vois bien que l'on me moque,
Où un type fagoté en Capitaine Haddock,
Traite son acolyte de manche à couille, de poule mouillée.
Le binoclard n'entend rien, il lui fait répéter
Le Capitaine braille plus fort, hurle dans son cornet.
L'homme en vert croit comprendre et pour s'en assurer,
Demande a Haddock qui reste médusé :
"Quoi, une moche à couille, la nouille m'a touché?!!!"

Je mate la pendule, il est grand temps de rentrer...







mardi 11 février 2014

Emporté par la houle



“Fly me to the moon” chantait Sinatra dans l’auto-radio. Moi, en ce lendemain de tempête, j’avais décidé d’aller voir la mer en furie. J'aurais bien aimé m’envoler vers la lune, mais la mer se trouve juste à côté de chez moi…
Je file vers l’océan. Dans le ciel gris et torturé les oiseaux font du surplace en se laissant porter par le vent. Moi j’avance, impatient, attiré par l’odeur du goémon, les embruns, la couleur du sable et le rythme des vagues. La portière s’ouvre et l’air iodé remplit enfin mes poumons. Je grimpe en haut de la dune où je manque de m’envoler surpris par la force soudaine du vent. Avant, en haut de cette grande barrière de sable, se dressaient fièrement plusieurs rangées de pins, mais ça c’était avant. Aujourd’hui c’est le désert, un paysage lunaire où la mer a presque tout mangé. La dune hier si ronde et douce est à présent coupée en deux en son sommet, comme guillotinée. J’avais déjà remarqué qu’elle perdait chaque année du terrain. Là, elle s’arrête net et bascule abruptement vers l’océan. Les racines des arbres évanouis pendouillent dans le vide à la recherche d’un sol à jamais disparu sous les coups de boutoir, évaporé, emporté par la houle… Devant moi la mer s’étire dans son immensité. Elle est plutôt calme et d’un gris profond mais je devine sa force. Je la sens dense, lourde, chargée de tout ce qu’elle a charrié. Au lendemain du festin, l’ogresse digère, repue.
Demain, elle se fâchera à nouveau et si le vent, la lune et le réchauffement climatique l’aident à avancer, elle poursuivra son travail de sape. Elle pourra ainsi s’étendre à nouveau de tout son long pour recouvrir les marécages et reprendre possession de son territoire.
Les étés qui viendront n’y changeront rien, cette plage magnifique aura bientôt disparu et mes enfants et les leurs iront se chauffer le cœur ailleurs.
Je rentre chez moi le vague à l’âme. Dans le ciel le temps d’une éclaircie, j’aperçois cette lune inaccessible qui, sûre de son pouvoir d’attraction, me salue d’un mince croissant.

Ile Tudy, le Treustel, hiver 2014



Edit(h):
Pour ceux qui connaissent, je vous laisse vous faire une idée, on lutte à coup de bulldozer mais quelque chose me dit que le combat est perdu d'avance...

















Et ça c'était avant, avec des arbres... et du soleil!!

lundi 30 septembre 2013

Prisonniers de la Réforme des rythmes scolaires?

Et alors cette réforme elle est bien ?
Sur le papier l’année dernière ça semblait pas mal et je me rassurais naïvement, tel un grand benêt (non sur la photo ce n'est pas moi...), en écoutant les arguments des experts en «bio rythme» ou en «rythme d’apprentissage» des enfants. Après tout cette réforme a été pensée dans l'intérêt des enfants, pour que leurs journées de travail soient moins longues et pour les ouvrir au monde et à la culture...
Mais bien souvent, la pratique diffère de la théorie.
Cela fait à présent plus de trois semaines qu’on expérimente, et même si c’est un peu court pour en tirer des conclusions ça donne quand même un petit aperçu qu’il me faut partager.
Mon inquiétude a commencé un peu avant la rentrée, quand j’ai appris le faible temps de formation (une demi journée) dont avaient bénéficié le personnel en charge des 45 min quotidiennes de TAP (Temps d’Activités Périscolaires) de ma ville.
Dans la plupart des cas, c’est le personnel ATSEM (agent territorial spécialisé des écoles maternelles) qui a en charge ce nouveau créneau horaire. Pour être plus clair, ce sont les "dames de cantine" ou "dames de ménage" ou les personnes qui s'occupent de la garderie. Donc, hop hop hop, je finis vite fait le ménage de la cantoche et je me transforme comme par enchantement en super animateur éducateur pour gosses ! Attention, je ne dis pas qu’il n’y a pas de compétence, ni de bonne volonté de leur part. Mais au regard du peu de temps de formation dont ces personnes ont bénéficié, il est impossible d’atteindre les objectifs ambitieux évoqués par les experts théoriciens.
Un autre point. Chez nous l’école commence 15 minutes plus tôt que l’année dernière et il y a 4,5 jours d’école par semaine (versus 4 l’an passé). Moi je veux bien croire que c’est mieux de travailler le matin plutôt que l’après midi, mais dormir c’est bien aussi. Bon d’accord, alors il faut les coucher plus tôt qu’ils nous disent. Et bien oui ça aussi c’est un excellent conseil, sauf que quand tu ne finis pas ton travail à 16h30, qu’il faut gérer les devoirs, la préparation des sacs pour le lendemain, le repas, les fringues, la toilette, l’histoire guili bisous dodo et tout ça pour tes trois loulous, il arrive parfois que le timing dérape légèrement. 
Et paf tout fout le camp, on s'éloigne un peu plus du pays des Bisounours ! Exit la pause du mercredi matin, à la place, à l’heure du garde à vous, tu te payes une brochette de têtes dans le cul mal réveillées avec méga cernes en face de toi au petit déj ! Aller aller les enfants, direction l’école !! Sisisi, c’est pas évident comme ça à première vue mais là vos cerveaux seront bientôt au top pour retenir ce que vont vous expliquer vos instits.
Le constat général est sans appel, après trois semaines d'école, les enfants sont crevés!
Sinon en ce qui concerne les activités des TAP, c’est "tip top". Ma fille de 9 ans doit s’entraîner d’arrache pied aux championnats du monde de balle au prisonnier puisque cela fait plus de 15 jours qu’elle fait cette activité pendant son TAP. Autrement, il y a "jeux de société", "béret", "hip hop", "chaises musicales" et aussi "théâtre" pour faire bien... "Ouverture au monde et à la culture" qu'ils disaient... Ce qui est sympa c’est qu’après les TAP il y a garderie et qu’ils peuvent continuer à faire exactement la même chose… Je pense qu’à ce rythme ma fille a toutes ses chances pour une médaille!
Impossible de savoir ce que fait la plus petite qui a 5 ans. En réalité, je crois qu’elle n’a rien fait. D’ailleurs nous venons d’apprendre qu’ils arrêtaient les TAP pour les maternelles parce que le temps de faire l’appel, d’emmener les enfants faire pipi, d’installer une activité, de ranger, et de refaire l’appel à la fin, il ne restait que trop peu de temps pour faire quelque chose ! Evidemment, les penseurs de la réforme n'avaient pas pensé à ça...
Je passe rapidement sur le fait que les personnels en charge des TAP, quelque peu livrés à eux-même et au regard exigeant de parents inquiets, ont du supporter la forte pression d’une mise en place ratée. Je passe aussi sur la difficulté des parents à communiquer avec les enseignants qui, terminant plus tôt (je précise ici qu'ils ne travaillent pas moins puisqu'ils ont classe le mercredi matin), ne font plus systématiquement la sortie des classes.
Voilà pour l’aspect pratique des choses.  
Alors si on pense que l’idée de base conduisant à la réforme est bonne pour nos enfants, le temps de formation des animateurs, les moyens matériels mis à disposition sont insuffisants, et l’organisation  est à revoir en profondeur et pas en surface.
Nul doute que le maire de ma ville, lui même ancien enseignant et "oreille" du Président Hollande, saura écouter les problèmes évoqués et ne baissera pas pavillon pour faire en sorte que les choses s'améliorent. 
Une dernière remarque sur le coût de cette réforme en cette période de forte augmentation de la pression fiscale. Bizarrement, les politiques n’évoquent pas ce point et sans être un spécialiste (je ne sais que payer…), les heures payées aux personnels des TAP le seront tôt ou tard grâce à l’augmentation des nos impôts locaux (l’Etat décentralise). Alors allons y gaiement Vincent, payons !

Bon vous me direz, je râle c’est vrai, mais si grâce à tout ce chambard ma fille devient championne du Monde de balle au prisonnier, on aura déjà bien avancé… 


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Quelques réflexions sur le sujet au Café Pédagogique

lundi 23 septembre 2013

Un taxi parisien

Le week-end dernier, j'ai fait un bref séjour à Paris. Au programme visite du passionnant musée des Arts Primitifs quai Branly, soirée et dodo chez sister Lolo, puis virée en région parisienne pour récupérer une Twingo.
Je dois récupérer le bolide à Marly La Ville, dans le 95. Comme c'est à plus de deux heures de chez ma sœur en s'enfilant un cocktail complet de transport en commun (tramway, RER, métro, train de banlieue), j'adopte une stratégie plus simple. Joyeuse traversée de Paris en RER jusqu'à Charles de Gaule pour me rapprocher puis taxi. Efficace. Bon, je me galère un peu à trouver un tacos mais je finis par caser mes grands pinceaux dans un C4 Picasso conduit par un petit gros. Je suis un peu déçu car j'aime bien profiter de me payer un taxi pour rouler en Audi ou en Benz Benz Benz! Et me voilà parti pour un périple interminable...
Comme le type ne connait pas le bled où je vais, il tapote l'adresse sur son GPS TomTom. Calcul de l'itinéraire, pas de péage, pif paf pouf, on est à 14 km du but et on en a pour 23 minutes. Relax, je m'avachis tranquilos sur la banquette en skaï (le skaï c'est comme le cuir sauf que dès que tu bouges les fesses on croit que tu pètes...) en grignotant un Nuts et en me grattant les noisettes. Mais on n'a pas fait 500 mètres que les keufs m'arrêtent le type râle déjà après son GPS qui cherche sa position l'espace d'un instant. Son TomTom le gonfle et sans plus attendre, le taxi man décide de se la jouer à l'instinct : "On va passer par l'A86" qu'il me dit. Je ne réponds rien car pour moi c'est du chinois. Et hop c'est parti, bretelle d'accès, voie d'accélération, et paf bouchon. Bingo! J'suis tombé sur un as du sixième sens, le roi du plan foireux. Ça finit par avancer doucement, on roule un peu, je surveille le GPS d'un oeil et je commence à m'inquiéter quand je m'aperçois que le type ne suit pas les indications du TomTom. Je me dis qu'il est vraiment Con Con et je l'interpelle quand je vois que la distance jusqu'à l'arrivée est à présent de 30 km. "On est à combien de km de l'endroit où je veux aller ?" Il me dit qu'il ne sait pas, je lui réponds que c'est marqué sur son GPS, il me dit que c'est la distance aller retour et je lui demande de ne pas me prendre pour un con. "Ne vous inquiétez pas, on va prendre un raccourci". Je bouillonne, ce mec me met la fièvre.
Il quitte l'autoroute aussi sec. Inspiration divine? Un instant, je me dis que si ça se trouve je suis tombé sur le roi du chemin le plus court. Un instant seulement. Le compteur indique 40 euros, on est parti depuis trois quart d'heure, on a déjà fait 30 km et le GPS indique qu'on est à 40 km du but!!! On est à Eaubonne mais moi je l'ai très mauvaise. 

Je lui dis qu'on est à pétaouchnok et pas du tout où je veux aller, donc soit il me dépose de suite et je ne le paye pas, soit il se décide enfin à suivre les indications de son GPS à condition qu'on se mette d'accord sur le prix de la course. Il me propose 50 euros et je lui dis que je ne lui filerai pas plus de 40 euros et que j'ai autre chose à faire que de visiter la banlieue Nord en mode Seine Saint Denis Skaï. Il me fait le coup du type désolé, qu'on est quand même dans le 95, genre il est pas si nul que ça. Je lui dis que le 95 c'est grand et que je ne lui ai pas demandé d'en faire le tour. Il me dit qu'il est taxi parisien et pas taxi de banlieue et ferme enfin son clapet pour se concentrer sur la technologie. Ce gars est con comme une valoche !
Une fois arrivé à destination, après deux heures de trajet et 70 km de route, son compteur indique 115 euros. Je lui pose alors une question : "Bon en fait cette course de 14 km, elle aurait du me coûter combien ?","Ben je ne sais pas" qu'il ose me répondre. Je lui dis que décidément soit il me prend pour une andouille, soit il ne sait pas grand chose, que moi j'ai bien regardé son compteur et que c'est une course d'une vingtaine d'euros maxi. Je lui file 30 euros, bon prince au regard du temps que j'ai perdu mais soulagé d'être arrivé parce qu'à un moment j'ai cru que j'allais y passer la journée ! Il n'est pas content du tout, il gueule, je ne peux plus le voir en peinture lui et son Picasso. Je sors de la voiture en calculant la probabilité qu'il me suive et me fasse du rentre dedans refasse le portrait façon Guernica. Vu son gabarit j'ai du souci à me faire, les petits gros et trapus c'est du genre qu'on peut pas casser en deux, c'est trop mou ! Il ne bronche pas donc en guise d'au revoir et pour clore les débats, je lui demande si ça ira pour le retour...

lundi 10 juin 2013

Le maître nageur

Sans doute encouragé par la rencontre furtive d'un ancien champion Olympique de natation en boîte de nuit il y a quelques semaines, je me rends régulièrement à la piscine pour diversifier mes pratiques sportives.
Lundi dernier je vais donc à l'Aquasplash local où, en plus du toboggan, des jacuzzis, du hammam et de la piscine à vagues, il y a un vrai bassin pour nager. Ça caille toujours autant et je me délecte à chaque fois du spectacle des bonnets de bain, mais l'histoire cette fois est différente.
Après un passage à la douche obligatoire, je croise les 3 maîtres nageurs qui discutent entre eux mais daignent répondre à mon bonjour. Comme il n'y a pas grand monde, ils ont l'air un peu désœuvrés car ils ne peuvent pas s'adonner à leur principale occupation qui consiste à scanner ouvertement l'anatomie des nageuses. Ça occupe me direz-vous et il n'y a pas de mal à se faire du bien ! 
Bon, là ils s'emmerdent ferme, y'a que de la mémé, donc pas de risque de transformer le "moule bite" réglementaire en tente canadienne fraîchement montée. La tenue du professionnel c'est donc petit slipo, tee-shirt manches courtes roulées sur les épaules, claquettes Arena à picots aux pieds, sifflet autour du cou. On se croirait au camping ! Le tout avachi nonchalamment sur la chaise haute qui permet d'avoir une vue panoramique sur les petits culs la zone de baignade.
A chaque fois que je vois ces gars, je me fais deux réflexions.

1/ Y'a pire comme boulot mais ils doivent quand même bien se faire ch...
2/ Est-ce que ces types savent vraiment nager ? Je sais, j'exagère mais aucun d'entre vous n'a jamais vu un maître nageur apprendre à nager à un gosse en se mettant à l'eau, ni même (et c'est tant mieux) sauter dans l'eau à la "Baywatch" pour sauver un type qui aurait vraiment touché le fond. 

En les regardant bien de profil, l'un d'entre eux a l'air d'un ancien champion olympique de boîte de nuit qui se serait mis à la natation sur le tard.
Je me glisse dans l'eau sur ces considérations moqueuses et j'enchaîne les longueurs sur un rythme soutenu version brasse. Le crawl, c'est la classe, on est d'accord mais à condition de maîtriser la technique, ce qui n'est pas mon cas. J'ai essayé mais je ne supporte pas de mettre des lunettes et après une série de mouvements désordonnés et moultes éclaboussures, je finis la longueur essoufflé comme un boeuf, l'estomac et les oreilles remplis d'eau chlorée. Le genre veau marin !
Vous l'avez deviné, je préfère l'élégance et c'est donc coiffé de mon bonnet vert que je brasse, telle une grenouille, dans une des lignes d'eau réservée aux nageurs, l'autre partie du bassin étant à disposition des touristes et autres lambins aquatiques. Nous ne sommes que 3 ou 4 à nous partager cet espace, c'est rare et agréable. Trafic fluide, pas d'embouteillage, chacun peut nager à son rythme et doubler sans déranger les autres.
Soudain, alors que je reprends mon souffle après une série de longueurs endiablées, j'aperçois un des maîtres parleurs qui enlève son tee-shirt, ses claquettes, ajuste popol dans son mini slipo et sa tête dans son bonnet (ou le contraire). Mince alors me dis-je, il ne va pas se foutre à l'eau au moins ! J'ai presque envie de lui dire de faire gaffe, qu'il faut savoir nager quand même et qu'il a oublié de mettre ses flotteurs, mais je me retiens. Je m'apprête quand même à intervenir au cas où... C'est alors qu'il s'approche de moi bombant son torse grassouillet tel un Apollon sur le retour. Il me fixe d'un drôle de regard avec ses mini lunettes miroir et les yeux dans les yeux (ou plutôt mes yeux dans mes yeux) me tient à peu près ce langage :  
" Vous savez que vous êtes dans une ligne d'eau pour nage rapide. Vous pouvez aller à coté, c'est pour la nage lente"
Pour c(h)lore le tout il enchaîne par un plongeon plein d'assurance suivi d'un crawl sacrément efficace me laissant planté là. Vexé comme un pou et penaud je change d'endroit bêtement, laissant au propriétaire des lieux la ligne d'eau quasiment déserte. J'avais déjà un peu chaud mais là je fulmine. Je n'ai même pas eu l'occasion de lui balancer une des réparties bien senties dont j'ai le secret... en général dans l'heure qui suit. Tiens j'ai bien envie de lui demander poliment où se trouve la ligne d'eau réservée aux gros connards en lui disant qu'il y serait à sa place. Mais le gars ne s'arrête pas, il sort à peine la tête de l'eau pour respirer. Il est en mode torpille comme on dit dans le jargon.
Je termine donc ma session en mode boulet au milieu des "culs de plomb" et autres amateurs de nage indienne.
Moralité : Tant va la cruche à l'eau qu'à la fin... elle sait nager !

Pour finir, voici une petite fable revisitée :

Maître nageur, sur sa chaise perchée,
Tenait en son bec un sifflet.
Maître moqueur, par le tableau amusé,
Lui tint à peu près ce langage :
"Hé, bonjour Monsieur du plan d'eau
Que vous sifflez fort! Quelle maîtrise de l'appeau! 
Sans mentir, si votre nage 
Se rapporte à votre puissant ramage 
A une cédille près, vous devez flotter sur l'eau à la vitesse du çon!"
A ces mots, Maître nageur ne se sent plus de colère; 
Et pour montrer sa belle technique,
Il ouvre un large bec, laisse tomber son sifflet (le con!).
Le moqueur s'en saisit et dit :
"Mon bon Monsieur, apprenez que tout persifleur 
Vit au dépend de celui qui l'amuse :
Cette leçon vaut bien un sifflet sans doute"
Le nageur, moqué mais pas vaincu,
Plongea certes un peu tard, et ainsi flottant, en crawl disparut.

mercredi 20 mars 2013

Coeurs fatigués


Voilà, ça y est je suis un petit vieux. Je n’étais pas pressé d’y être, mais ça y est je suis un petit vieux. Je n’ai pas vu le temps passer.
A présent, tout est calme autour de moi, il ne se passe plus rien. Enfin si, quand j’allume la télé pour me tenir compagnie, je vois bien que les hommes se déchaînent toujours autant. Mais je ne fais plus partie de ce monde. Ma vue a rétréci et mon horizon aussi. Dehors, ils construisent un mur mais par la fenêtre, je peux encore apercevoir la cime d’un grand arbre déplumé. Il attend le printemps. Pas moi.
On m’a oublié là, mais moi je me souviens. Je fais le bilan de ma vie, le vrai hein, pas un vulgaire point d’étape qu’on fait à mi-parcours quand on a encore l’illusion qu’on peut arranger les choses ou profiter encore un peu. Faut dire qu’à mon âge on n’a plus que ça à faire, poser ses valoches et remonter le temps. Regarder devant ne sert plus à rien et à la surface il n’y a que silence et solitude. Alors, je plonge dans les eaux troubles de ma mémoire. J’y pêche l’essentiel, les joies, les peines, la vérité des sentiments, et des détails aussi. Je les ramène à la surface, je les place dans mon bocal puis je les regarde danser devant moi toute la journée. Ca occupe, ça fait un drôle de ballet.
Hier, les heures étaient légères, aujourd’hui l’horloge n’avance plus.
Les rares fois où je sors, le regard des gens glisse sur moi sans s’arrêter. Je ne m’habitue pas à cette absence d’échange. Une fois, en sortant du bus, moi aussi j’ai glissé et je suis tombé. J’ai vu qu’on m’avait vu, j’étais un peu gêné mais personne n’a esquissé le moindre geste, chacun a vite filé de son côté. J’ai regardé mes paumes écorchées et je me suis relevé tout seul. Je ne pensais pas un jour devenir l’Homme invisible qui me fascinait tant quand j’étais enfant.
Je suis à peine une ombre, presqu’un fantôme. Déjà.
J’ai souvent regardé les vieux avec une certaine tendresse. J’aimais lorsqu’ils me racontaient leurs histoires, sinon j’observais leurs visages ridés, leurs mains et je leur imaginais une vie. Je me demandais aussi comment ça faisait d’avancer si lentement, courbé en deux, les yeux rivés sur ses pieds. Maintenant je sais, c’est ennuyant.
On a toujours dit de moi que j’étais trop sensible. Et alors? La sensibilité c’est la richesse des hommes.
Quand elle arrive chez moi, chaque semaine, l’infirmière qui s’occupe de moi s’empresse d’enfiler ses gants en latex pour me soigner. La solitude c’est contagieux… Elle fait bien son travail, cause peu et repart aussitôt. Elle doit avoir peur de s’attacher, elle se protège c’est normal… Dire que c’est elle qui me retrouvera un jour. C’est peut-être mieux qu’on ne se connaisse pas.
J’ai eu deux enfants, c’est sans doute ce que j’ai fait de mieux dans la vie. Bon, eux non plus n’osent plus me toucher. Parfois ils m’appellent, j’entends leurs voix au loin mais je ne les vois plus. Ils n’ont plus besoin de moi. Mon cœur bat encore, le leur aussi pourtant.
En fait je n’ai pas rêvé, j’ai juste traversé la vie. Jusque-là c’était bien, j’ai eu de la compagnie, j’ai pleuré et j’ai ri. En chemin, j’ai laissé une trace, petite, fragile, elle s’effacera mais pour l’instant, elle est bien là, je l’aperçois derrière moi.
Aujourd’hui, je ne suis plus personne et plus pour très longtemps. Finalement tout irait assez bien si devant moi ne se dressait pas ce mur d’indifférence. Le franchir, à mon âge ? Plutôt creuser…
Voilà ça y est je suis un petit vieux.

dimanche 13 janvier 2013

J'ai la guitare qui me démange...


Après deux années de cours de guitare à la très très cool, c'est décidé, le fiston va passer à la vitesse supérieure. Direction ce qui se fait de mieux en matière de rigueur et de professionnalisme : l'Ecole de musique. Que dis-je, le Conservatoire de musiques et d'arts dramatiques!
Dossier de pré-inscription pour la guitare en juin, commission en juillet, refus immédiat. 
On nous explique que pour cet instrument, il ne suffit pas de vouloir apprendre, il faut savoir attendre parfois 3 ans avant de taquiner le bout de bois. Pour patienter, il faut faire du solfège assidûment. Je n'étais pas contre un peu de travail suivi, mais le "priver" d'instrument, je trouve ça salop. Vous imaginez la frustration si aux sports d'hiver, le prof de ski passait uniquement les quatre premiers jours à apprendre à un débutant comment on utilise le tire fesses et ne lui permettait de faire sa première descente à ski que le dernier jour... tout ça pour qu'il se croûte la gueule vingt fois sur le verglas.  
Heureusement le prof de trombone cherche des élèves. Il a l'air sympa, mon fiston accroche, no problem pour l'inscription, l'affaire est dans le sac. Bon, il ne sait pas encore que le plan trombone sur la plage autour d'un feu ça peut être compliqué avec les filles... quoique!
Retour de vacances en fanfare. Un petit tour par l'école de musique nous apprend toutefois que le fiston n'est ni inscrit au cours de trombone, ni aux leçons de solfège. Personne n'a fait le changement de l'instrument sur le dossier initial, et pour l'administration c'est trop tard et à l'année prochaine!
Nous contournons l'obstacle car heureusement le prof de trombone est toujours dispo pour recueillir des débutants éconduits. Il va essayer d'arranger l'affaire en coulisse, c'est sa spécialité.... 
Après plusieurs visites, suppliques, réunion à base de "le solfège n'est pas une punition", un mail nous informe que le fiston est enfin inscrit pour les cours de trombone et de solfège. Youpi!
Arrive enfin le jour du premier cours de solfège, mon garçon n'est pas spécialement enchanté mais l'inverse m'aurait presque inquiété. Nous passons à l'accueil pour vérifier son inscription, la secrétaire ne trouve pas son nom, elle va chercher sa collègue qui s’occupe de rien de ça et qui nous dit que c'est bon pour lui mais que les listes ne sont pas encore à jour... Elle nous accompagne jusqu'à la salle de cours où des enfants sont déjà assis. Le mien s'installe aussi, la prof arrive après tout le monde, je quitte les lieux avec le reste de ma troupe. Direction maison, devoirs et préparation d'un délicieux gratin de courgettes. Mais déjà le téléphone sonne.
"Oui allo?"
"Mr Machin?"
"Oui c'est moi "
"C'est Mme Trucmuche du Conservatoire. Nous avons eu un petit problème avec votre fils...
Gloups
... C'est qu'en fait il n'est pas inscrit au cours de solfège, contrairement à ce que nous vous avons dit, il est sur liste d'attente..."
La dame m'apprend que la prof, ne voyant pas le nom de mon garçon sur sa liste, a choisi de ne pas le garder dans son cours. Pédagogie, épanouissement, le solfège c'est ludique, ce n'est pas une punition qu'ils disaient... 
Je bouillonne, j'écume, je fume, j'embarque ma petite fille (une sorte d'assurance vie), je retraverse la ville en version accéléré. Je vais me faire le dirlo direct, à la mexicaine ou version OK chorale Corral, lui dire ce que je pense du foutoir complet qui règne dans son établissement prétentieux. Une clé de sol peut être mais une clé de bras c'est sûr, une bonne soufflante et on verra bien où finira le trombone à coulisse...
La secrétaire m'attend avec mon garçon directement sur le parking comme s'il avait fait une connerie. C'est le monde à l'envers! En fait, c'est stratégique. Au téléphone, elle a senti que j'étais passé en mode bourrin énervé et elle veut me tenir à l'écart des bureaux où ses chefs doivent être en train de peaufiner leur "Air organisation" en jouant aux cartes. Elle est très gentille, bli bli bla bla, je vois bien qu'elle essaye de m'entourlouper version flûte enchantée. Je la remercie de s'être occupé de mon fils, mais je ne baisse pas pavillon et demande à voir un responsable de suite, si tant est qu'il en existe un dans la boutique...
Je rencontre donc la responsable de rien à qui j'ai pu dire qu'elle faisait très bien son travail qu'il était lamentable de faire supporter le manque de professionnalisme de l'école à un enfant de dix ans, le tout sans gueuler comme un putois baryton, parce c'est bien connu, la musique adoucit les moeurs.
Elle me joue un concerto pour pipeau en adagio de toute beauté, et je quitte les lieux contrarié.

Passons. A force d'insister, miracle, les choses se sont finalement arrangées...
Il y a quelques jours, nous sommes donc retournés à la leçon de solfège du fiston. En attendant le début du cours avec lui, j'ai bien vu que ça n'allait pas fort. On s'est isolé, il a lâché ses larmes..., je lui ai expliqué que cette fois ci tout se passerait bien, qu'il avait une sacrée chance d'apprendre la musique. Un trésor inépuisable. Puis on y est retourné, il a vu un garçon qu'il connaissait, la prof est arrivée en retard, je suis parti rejoindre les filles dans la voiture.
Cette fois ci à la maison, j'ai pu finir tranquillement un Chili con carne, autre spécialité mexicaine, et le soir il est rentré avec un grand sourire aux lèvres. C'était bien!
Et en avant la musique!


jeudi 8 novembre 2012

Piscine et bonnet de bain

Ce n'est pas que j'adore ça mais pour occuper les enfants pendant les vacances scolaires, la piscine c'est pratique. 
La piscine pour moi c'est le souvenir des séances scolaires à l'école primaire dans une piscine gelée version soviétique, un bassin trop profond, une eau trop froide, un moniteur blasé avec sa perche qui lui sert autant de bâton que de soutien, c'est tasse sur tasse, grelotage permanent au bord du bassin, les costauds qui coulent les gringalets, les cabines humides, froides et un peu sales, les chaussettes péniblement enfilées sur des pieds encore trempés, les cheveux mouillés en sortant dans l'air frais, le retour en bus et cette écoeurante odeur de chlore qui imprègne ton corps pendant des heures malgré la douche... Le seul truc drôle c'était bien entendu de voir la maîtresse ou le maître en maillot de bain, ce qui avait pour effet de changer définitivement le regard qu'on pouvait porter sur eux... certains perdaient un peu de leur belle autorité dans ce plus simple appareil. 
Sinon, je me demande bien qui a appris à nager grâce à l'école... 
Bref, quand je vais à la piscine j'ai un peu l'impression que je vais me baigner dans un chiotte... Ceci explique sans doute que je n'y vais pas souvent.
Avant de m'y rendre, je vérifie les horaires d'ouverture. Je ne sais pas pourquoi mais une fois sur deux, lorsque je veux y aller, elle est fermée pour réfection des bassins ou entretien annuel... Bon là c'était ouvert.
J'étais donc chez moi en train de me préparer mentalement à me cailler les miches pendant plus d'une heure, lorsqu'un éclair de lucidité me transperça. Bonnet obligatoire! Oui, depuis quelques mois le  port du bonnet de bain est  à nouveau obligatoire, comme quand j'étais enfant. Depuis la multiplication des piscines ludiques, cette contrainte avait disparu, et voila qu'elle refait surface. Les cheveux perdus  dans l'eau boucheraient des canalisations, des filtres et seraient à l'origine de coûteux dysfonctionnements...
Nous voici donc à la piscine "Aquasplash" devant le distributeur automatique d'accessoires où j'ai le choix entre des bonnets en silicone vert et des bonnets en tissu rouge. Pour une raison que je ne m'explique pas, il est hors de question de couvrir ma tête d'un bonnet en tissu. Enfin si, j'ai trouvé une photo qui résume bien mon blocage!
Mais le vert manque d'élégance... J'y regarde à deux fois pour voir si dans une des cases, il n'y a pas un bonnet bleu ou orange ou au pire noir. Mais ils sont tous verts... Je me lance, au moins c'est en silicone, exit le modèle de torture en plastique qui t'arrachait les cheveux quand tu voulais le visser sur ton crâne!
Avant d'aller nous changer, depuis le balcon qui surplombe les bassins, nous jetons un coup d'oeil sur l'affluence et c'est un spectacle haut en couleur qui s'offre à nos yeux. Des dizaines de têtes colorées gigotent dans l'eau et égayent cet univers d'habitude tristounet. Avec un peu plus de monde encore, on pourrait imaginer un tableau de Signac ou de Seurat. Sinon, je trouve ça très amusant que tout le monde soit logé à la même enseigne du ridicule...
Enfin non, à y regarder de plus près, tout le monde ne porte pas le bonnet de la même façon. J'opte pour le port au ras des sourcils qui couvre les oreilles. L'avantage est que le brouhaha qui règne dans ce lieu bruyant est considérablement atténué. L'inconvénient est qu'au bout de cinq minutes j'ai le lobe des oreilles scié en deux, et ça fait mal. Enfin le bonnet accentue la forme oblongue de mon visage, c'est assez drôle. J'ai l'impression d'être une sorte de missile, un obus. Non, en fait je ressemble à s'y méprendre à un suppositoire à l'eucalyptus!!
Allez hop, courage je franchis le pédiluve en regrettant de ne pas savoir marcher sur l'eau, et je me jette dans la fosse à microbes, toujours un peu fraîche à mon goût. Tout en surveillant mes enfants, j'observe la foule et je me régale.
C'est un défilé permanent de tête de glands, de crânes d'oeuf plus ou moins proéminents et déformés en fonction de la quantité de cheveux censée être cachée... Je dis censée car dans le style le plus hilarant à mes yeux, il y a le port "kippa" ou "calotte", vous voyez, le bonnet qui est remonté sur le haut de la tête, plissé, et qui tient encore par je ne sais quelle opération du Saint Esprit...
Je ne vous parle pas du kit "lunettes plus bonnet", oreilles décollées option morve au nez qui peut parfois ficher la trouille.
J'ai même vu une dame d'un certain âge avec ce modèle vintage fleuri que je pensais introuvable!

Quand au choix de ma mère de porter dans les années 80 le modèle à picots, je ne me l'explique toujours pas... Plus de sensations dans l'eau parait-il!
Je vous passe une mauvaise chute de votre serviteur sur une sorte de trampoline aquatique pour faire sauter les enfants qui me vaut une douleur persistante aux cervicales (le bonnet de bain n'a rien protégé!) et vous aurez eu une idée d'un après midi de vacances haut en couleur au pays du couvre chef en plastique...

lundi 10 septembre 2012

Sur la route des vacances

Eté 2012, pour les vacances direction l'Italie en automobile. Au programme Rome, la Toscane et tutti chianti quanti!
La voiture est prête... Enfin, le plein est fait, les pneus neige sont gonflés à bloc, j'ai aussi ouvert le capot du moteur mais je n'ai rien pigé à ce que j'ai vu... J'ai quand même dévissé puis revissé un truc pour faire genre je m'y connais et j'ai aussi chargé à fond le réservoir du lave glace anti-moustique. Ensuite j'ai refermé le capot dans un grand bruit et j'ai dit à ma femme, plein d'assurance, "Tout est OK".
Pour une fois, les bagages tiennent dans le coffre sans problème ce qui laisse à penser qu'on a oublié des trucs ultra indispensables comme le bateau gonflable, les doudounes, l'appareil à raclette, la collection de cahiers de devoir de vacances et les culottes des filles (une fâcheuse habitude)... Rien de bien grave en tout cas. Les lecteurs DVD pour l'anesthésie durable des enfants sont parfaitement en place et prêts à diffuser la totale des épisodes de Tom Sawyer et de Rémi sans famille. Pas de GPS embarqué, on y va à l'ancienne avec la carte routière du siècle dernier sur les genoux. Ça va le faire, le GPS c'est pour les glands!
Je m'installe aux commandes, j'enfile mes Ray-Ban Aviateur et j'entame une check-list avec ma copilote :
"Pipi?" OK
"Doudou?" Embarqués
"Pique nique?" Dans la glacière
"Glacière?" Dans le coffre
"Coffre?" Fermé
"Crème solaire?" T'inquiète, dans la voiture on risque rien...
"Ceintures?" Bouclées
"Salon de jardin?" Rangé
"Maison?" Fermée (j'en connais qui ont failli partir en laissant la porte grande ouverte...!!)
Pour un peu, on se croirait dans TOP GUN! C'est au moment où je demande l'autorisation de décoller à la tour de contrôle que mes enfants me demandent d'arrêter de me prendre pour un pilote de chasse. Je redescends donc sur terre, je passe la première et roule ma poule, les milliers de km qui nous attendent n'ont qu'à bien se tenir, la famille est prête pour l'aventure.
Evidemment, on n'a pas roulé 50 km que la question fatidique arrive : "C'est quand qu'on arrive?". A ce stade du voyage, cette question peut avoir des effets dévastateurs, pour qui n'est pas préparé mentalement. Quant à moi, je gère la situation paisiblement. Mais assez rapidement ça enchaîne à base de "J'ai plus de batterie dans mon lecteur MPtruc!", "Est ce qu'on peut avoir des bonbons?", "Qui c'est qu'a pété?", "Maman, machin il m'a dit que j'étais moche!", " Papa est ce que je peux jouer à ton I Phone?", "Maman, j'ai mal au ventre"... 
Du coup, sans tarder on allume le DVD. Mais aussitôt, la sanction tombe : "Papa on n'entend rien!" (pour les problèmes techniques on appelle papa). Bon c'est vrai que le matos est un peu limite, alors j'ai une idée de génie qui est de brancher le son du lecteur DVD sur les hauts parleurs de la voiture... La stéréo dolby est parfaite, on en a plein les oreilles, générique à fond et c'est parti pour une douce rengaine à base de : "Tom Sawyer, c'est l'Amérique, le symbole de la liberté!!!!" et on alterne avec "Je suis sans famille, je m'appelle Rémi et je me ballade dans la vie!". A ce moment précis, je ne sais pas qui il faut envier de Tom Sawyer libre comme l'air ou de Rémi qui se ballade sans famille, mais je me dit qu'ils devaient être assez peinards!
On vient à peine de quitter la Bretagne et les nuages arrivent (et oui!). Le premier péage d'autoroute se dresse aussi face à nous. A mesure que nous descendons dans le sud, le soleil  réapparaît et la carte bleue frôle la surchauffe tant les péages sont nombreux! Une spéciale dédicace au tunnel du Fréjus qui, avec un aller simple à presque 40 euros, offre un rapport paysage / prix au km absolument nul!
Une fois passée la frontière, c'est un enchaînement de tunnels qui donne l'impression de voyager au coeur d'une meule de gruyère!
Sinon tout s'est bien déroulé, sauf qu'à peine revenu, on vient de recevoir une première contravention pour un excès de vitesse enregistré en France sur le trajet du retour. On n'en fera pas un fromage car si on en reste là, 45 € pour 4600 km parcourus, c'est une moyenne honorable. Mais rien n'est moins sûr car on n'a jamais vraiment compris les limitations de vitesse en Italie, faute de panneaux indicateurs. Enfin si, il y en a plein d'indications qui précisent qu'en cas de neige ou de brouillard il faut rouler à 50 km/h... Manque de bol, il n'y avait ni neige ni brouillard! Rien compris non plus à leur système de radar fixe. Donc pour être clair, après avoir dépensé une petite fortune en péage et en essence (le gasoil était 20% plus cher là bas), je redoute la dégustation d'amendes italiennes, une spécialité locale au léger goût amer parait-il...

Ah oui, j'oubliais, on n'a pas été au top non plus sur la lecture des cartes routières, ce qui nous a valu des trajets souvent rallongés. Les enfants, dépités par nos erreurs de parcours et de timing, ont malgré tout fait preuve de beaucoup de bon sens... Voila donc un aperçu de ce qui a pu se raconter dans notre dos lors d'un voyage initialement prévu pour 2 heures et dont la durée a presque doublé :
La moyenne : "Pfffff, ça fait une heure qu'on aurait du arriver!"
Nous (légèrement à cran) : "C'est ce qu'on pensait les enfants. Si vous croyez que ça nous fait plaisir de tourner en rond, nous aussi on serait mieux dans la piscine!"
La moyenne : "Décidément, on ne peut pas vous faire confiance" (et pan dans les dents!)
Le grand : "Ben si tu leur fais pas confiance, tu vas faire confiance à qui alors?" (ben oui à qui tiens?)
La moyenne : "Ben à moi tiens!" (et re-pan dans les dents!)
Les voyages forment la jeunesse!
Et si jamais on reprend la route l'année prochaine, c'est décidé, on achète un GPS, on aura l'air moins cons, enfin si on arrive à le faire fonctionner!!


PS / A un moment j'ai même pensé que sur la carte routière ci dessus, ils avaient écrit "INDÉCHIFFRABLE"...


vendredi 6 avril 2012

La famille hérisson

L'autre soir en rentrant du travail j'aperçois, posée à côté de l'évier, une petite boule de poils marron et drus. Tiens c'est quoi ce truc? Ma femme qui revient d'une virée au magasin bio, me précise que c'est une brosse pour laver les légumes...

Si mon côté "anti bio" tique (je ne suis pas tout à fait guéri), je suis tout de même amusé par l'aspect mini hérisson de l'objet. Je décide donc de faire une blague à mes enfants et je place la brosse dehors à côté d'un pot de fleurs.
Plus tard, après le repas, je leur dis : "Les enfants, j'ai quelque chose à vous montrer, venez". Rien que le fait de les voir tous les trois ensemble, les yeux et la bouche grands ouverts est un spectacle qui me ravi. J'enchaîne donc en chuchottant : "Regardez, juste à côté du pot de fleurs, il y a un bébé hérisson qui dort, c'est très rare!". Ils s'approchent alors doucement, le grand devant, un poil sceptique, la moyenne le suit avec encore un brin d'étonnement et de curiosité dans le regard et la petite dernière peine à contenir son excitation mêlée de peur. J'adore! Bien sûr la supercherie est bien vite démasquée par les aînés qui s'amusent ou s'inquiètent que j'ai pu penser à leur faire une blague aussi minable. La petite quant à elle rigole nerveusement. Elle n'a pas tout pigé et est à peine soulagée.

L'histoire aurait pu en rester là. Mais après le rituel du coucher des enfants : pipi, toilette, histoire, calin, un verre d'eau, j'ai les fesses qui grattent, un guili, j'ai trop chaud (je fais court là), ma femme qui se détend sur le canapé m'interpelle : "Viens voir, il y a une bête qui bouge dehors... si ça se trouve c'est un  rat!!"
Intrigué, je sors courageusement dans le jardin muni d'une pelle et d'un balai, et alors que je suis prêt à faire face à un rat bondissant, j'aperçois un hérisson immobile et tranquillement posé au coin de la terrasse. La preuve en image.

Quand le lendemain matin au réveil j'ai montré les photos aux enfants, j'ai bien senti qu'ils étaient un peu scotchés par une telle coïncidence (et moi aussi d'ailleurs). Je retrouvais ainsi un peu de crédibilité à leurs yeux.
Bref, voilà une histoire qui ne manque pas de piquant!

Une autre photo en bonus, le bébé hérisson et sa maman. Je n'ai pas pu m'en empêcher!

jeudi 15 mars 2012

On ne fait pas d'omelette...

Elle m'a regardé dans le blanc des yeux, j'ai ri jaune. Elle m'a regardé dans le blanc des oeufs, ça m'a filé la chair de poule jusque dans les mollets. Elle m'a aussitôt traité d'omelette... D'un grand coup sur mon ovale elle a brisé ma coquille, je me retrouvais l'oeil poché, étalé, à poil et complètement à plat. Il y avait de quoi se brouiller mais je tentais de tenir le coup. Moi le petit coq transpirant, elle m'avait transformé en roi de la mouillette. Après un tel pain dans la tronche, mon eggo avait pris un coup. Pas beau à voir dans le miroir, complètement mimosa. Moi qui aimait jouer les durs, j'étais remonté et à la fois tout ramollo. Elle m'avait battu les blancs en neige. Bref on ne fait pas d'omelette...

mardi 18 octobre 2011

QUIMPER, ma ville


Cette ville, ce n'est pas que je l'aime. Mais je n'ai connu qu'elle. Je ne suis jamais vraiment parti. Je ne savais pas que j'avais un faible pour les belles endormies. Aurais-je commis un impair et vexé la demoiselle? Quimper, capitale de la Cornouaille, un décor noyé sous la bruine, une simple cuvette où il pleuvrait beaucoup, une ville à découvrir avec un imper sur le Q?
Qu'importe ce que disent les mauvaises langues, j'enfile mon pardessus et je pars me balader sous le crachin breton dans les ruelles du petit et charmant centre ville historique. C'est vrai qu'on en a vite fait le tour, une fois remontée la rue Kéréon, mais c'est agréable. Il y a tant de centres vils.
Les deux flèches de la Cathédrale Saint Corentin s'élèvent droit au dessus des toitures penchées des maisons à colombage. Je déambule dans les rues pavées où j'enchaîne les saveurs. Je passe en un clin d'oeil de la rue du Salé à la place au Beurre. Bien entendu, tout cela me met en appétit. Je m'arrête aux Halles pour acheter une crêpe beurre sucre chez Mme Quéau. Un régal à déguster avec et sur les doigts et inversement proportionnel au sourire de la dame. 
Je traverse l'Odet empruntant le joli pont pissette sous lequel nagent des mulets à contre courant. J'aperçois à ma gauche les marronniers en fleurs qui bordent la rivière et la devanture du café de l'Epée. Le soleil est revenu, il fait bon. Après ce repas frugal, je décide de m'allonger sur les flancs abrupts du mont Frugy où, je me rappelle avoir fait, il y a longtemps, quelques descentes vertigineuses... Des mouettes sillonnent le ciel, la mer n'est pas loin. Je dois m'assoupir un peu et lorsque je refais surface, je décide de longer les allées de Locmaria en direction du quartier du Cap Horn, m'éloignant du centre. C'est l'aventure ! Je flâne sur les bords de l'Odet qui glisse jusqu'à la mer dans un élégant silence, à peine dérangé par le discret flot de circulation. Je croise une vieille bourgeoise promenée par un chihuahua ridiculement couvert qui aboie à mon approche. La scène m'amuse et elle me jette, elle aussi, un regard hostile. C'est donc en riant que j'aperçois le toit des Faïenceries HENRIOT. Je me souviens de mon enfance et de tous les chocolats chauds lapés dans ce bol made in Quimper orné de mon prénom.
Sur une patte, un vieux gréement démâté, boude attaché au quai. C'est le Corentin, vieux bougre réplique d'un Lougre, hommage à l'époque où les bateaux et les marins remontaient l'Odet jusqu'en ville. Plus loin le chemin du halage borde la rivière qui, plus au sud vers Bénodet, mène à l'océan. L'appel du large me guette, je m'évade!
Non, finalement je reste. Quelque chose me retient ici au confluent de l'Odet et du Steïr qui, c'est amusant, pourrait se prononcer "stay here", une sorte de message subliminal en somme !
L'adolescent rebelle veut changer d'air et de famille, et devenu adulte, il revient souvent à ses racines. On n'a qu'un père, n'est-ce pas?


mercredi 20 avril 2011

Aventures nocturnes et psychologie pour enfants

Non, il ne s'agit pas de vous raconter ici mon sympathique week-end à Rennes et mes tentatives de déhanché sur le dancefloor brûlant du festival Mythos qui, comme son nom l'indique, se déroule à... Rennes. Le genre de soirée où le DJ est au top et où t'as l'impression d'avoir 20 ans, impression renforcée par le fait que tu as un peu bu la chance d'avoir les mêmes potes à tes côtés depuis tout ce temps!
Je voulais plutôt vous faire partager la nuit qui a suivi. Le genre de nuit où l'on se dit que le rôle de père est vraiment extraordinaire. Pour le coup, le roi du dancefloor avait beaucoup moins la patate! Ça rappellera des souvenirs à certains! 
Alors ça commence toujours par un couché tardif, affairé à moult conneries domestiques et malgré une  fatigue certaine.
Pleine lune oblige, le premier réveil intervient vers 3h du matin avec un petit saignement de nez de miss L. On nettoie un peu, coton dans le pif, pipi, calin, bisous et tout va bien. 

Retour au lit, tournicotti, tournicotta, et hop au moment où tu as l'impression de te rendormir, ça pleure dans les hauteurs. 4h30. C'est miss J. qui nous honore d'un bon pipi au lit.
Un vrai, hein, pas la demi pissette de libellule! Le bon pipi au lit, avec changement des draps, de l'alèse (Blaise), du pyjama, de la turbulette, un petite toilette et dodo maintenant ma chérie...
Elle : Non!
Moi : Comment ça non?
Elle : Doudou!
Moi (en mode je chuchote mais quand même je gueule un peu, dans un langage châtié) : Ben t'as aussi pissé sur Doudou dis donc (1), t'es marrante toi! 
C'est pas de ma faute s'il n'est pas étanche ton doudou, mince alors!
Elle : Doudou!
Bon, je lui explique que Doudou est sale, qu'il faut le laver pour que demain il soit tout propre et patati patata.
Elle : Doudou!
Je le lui file son Doudou au pipi
Elle (en pleurs) : Doudou est mouillé! (Elle comprend vite)
On est bien parti, je le sens!
Moi (Version entubage à deux balles) : Tiens Popi il est gentil aussi, et puis il est tout sec. 
Elle : Non, je veux Doudou! 
Les enfants sont têtus, n'est ce pas?
Conseil d'expert : Bon, quand on tente ce genre de mytho, il faut bien sûr y croire un minimum. Dans notre exemple la tâche est ardue parce que, comme chacun sait, Popi est un gros con! 
Enervement, soupirs, et autres pensées foireuses.

    Ainsi acculé, je me lance à la recherche du 2éme Doudou, la tête dans le cul. Pour alors, ça fait déjà 20 minutes que je suis réveillé, et à présent j'erre en calbut  dans cette putain de baraque en bordel en  me caillant sérieusement les miches. Bien sûr Doudou 2 a foutu le camp à pétaouchnoque!
C'est dans ces moments difficiles qu'il faut être costaud mentalement et aussi savoir faire preuve de finesse. Je reprends donc les choses en main pour qu'elle arrête de pigner après son Doudou. 
Moi : "Bon, tu veux dormir dans le garage alors?????"
Minable mais efficace. Une oasis de tranquilité pour finir la nuit!
Merci qui? Merci Françoise DOLTO!

Réveil 6h30ça pique un peu les yeux... Bizarrement, j'ai déjà hâte à la nuit prochaine!


(1) Spéciale dédicace à Mr Carlos le fils de qui vous savez et expert en boisson fruitée...