lundi 15 septembre 2014

Au fond de mon âme

Texte écrit pour un concours de chez WeloveWords fin 2013.
L'idée était d'écrire un texte en s'inspirant de tableaux peints par Felix Vallotton. J'avais choisi celui là.


D’après « Madame Alexandre Bernheim, née Henriette Adler, femme du marchand » de Felix Vallotton 
 
J’avais accepté d’être modèle  en laissant à ce jeune peintre que je connaissais peu, le loisir de faire de moi ce qu’il voulait. C’est mon mari qui me l’avait proposé car il aimait beaucoup le travail et la sensibilité de ce Monsieur Vallotton dont il me disait le plus grand bien. Pour moi ce fut une première et si au fond je regrettais qu’on ne m’ait pas croquée plus jeune, je décidai de jouer le jeu, surtout par curiosité. Non pas que je me trouvais belle, je ne l’avais jamais été, mais je voulais voir ce que cet artiste trouverait de vrai en moi. Pourrait-il m’apprendre quelque chose que mon miroir froid ne pouvait pas me renvoyer ? Quelque chose que j’ignorais… Cela ne se voit peut être pas mais l’idée m’amusait !
Bien sûr vous devinez mes regrets, mes doutes, mes inquiétudes comme autant de cheveux gris. Et pourtant ma chevelure avait été flamboyante. Je n’avais laissé qu’à peu de mains le plaisir de la caresser ou de s’y perdre, ce qui rend aujourd’hui ces souvenirs plus nets et plus intenses. J’ai connu peu d’hommes dans ma vie mais chacun m’avait aimé pour ce que j’étais. Vous ne le saviez pas et moi j’avais oublié.
 Mais au fond qui suis-je véritablement, et que voit-on de moi sur ce portrait ?
Une femme  triste et renfermée  à l’image de ses mains jointes qui laissent à penser que son corps et son cœur ont froid ? Un peu de cette élégance dont les femmes d’esprit ne se départissent jamais ? Du gris qui s’accroche à moi comme un nuage dans le ciel azur ? Des lèvres généreuses à défaut d’avoir été gourmandes ? L’esquisse d’un sourire  empreint de nostalgie amoureuse ? Des petits travers à l’image de ce tableau de guingois juste derrière moi ? Un penchant pour la littérature que l’on devine aux livres et aux feuilles posés sur le petit secrétaire à mes côtés?
Il est vrai que j’ai toujours aimé lire et écrire. Mon mari n’avait d’yeux que pour les courbes, les formes, les matières, les couleurs et l’intensité des toiles qu’il vendait. Mes pensées, elles, se perdaient dans les mots. J’aimais imaginer des personnages, décrire des paysages, les mettre en  situation, les faire vibrer, amener une intrigue et suggérer le reste. Nous avions ça en commun ce peintre et moi, la danse de nos mains caressant le papier blanc pour offrir à chacun  la liberté d’y trouver ce qu’il voulait. Nous partagions le même dessein, celui de  faire naître l’émotion et rendre toutes ces choses vivantes. Une plume ou un pinceau exprimant nos sentiments cachés.
Je me souviens de ce jeune homme travaillant à ce portrait dans notre maison de la rue Laffitte. Il était appliqué, minutieux, et mettait un temps infini à choisir ses couleurs comme je le faisais avec mes mots. Sa tête disparaissait par intermittence pour se cacher derrière le chevalet. J’entendais le frôlement du pinceau sur la toile. Il parlait peu ou alors pour dire des choses étonnantes : « Il faut du mouvement, il faut que ça vive ! Mais surtout ne bougez pas… ».  Parfois il n’y arrivait pas, son esprit était ailleurs, il divaguait, ou s’agaçait  et moi je restais plantée là, inconfortablement accoudée à ce fauteuil en attendant que l’inspiration lui revienne. Mais pourquoi diable avait-il choisi  cette pose ! Alors pour passer le temps, je m’évadais dans un ailleurs, laissant mes pensées et mes souvenirs courir librement. Souvent quand je revenais à moi, je le trouvais en pleine action, peignant frénétiquement, presque  transfiguré. Dans ces moments-là, lorsqu’il m’observait, on aurait dit que son regard  transperçait mon âme. Il m’avait attrapée. Il ne peignait plus les objets qui m’entouraient ni même mon visage, il peignait le plus profond de moi.
Au fond, je crois que ce portrait dit de moi bien plus que ce que je n’en sais moi-même…

mardi 17 juin 2014

Le Défi Breton 2014


Bon ce Défi Breton 2014 première édition c'était quand même quelque chose!
L'idée est lancée 9 mois plus tôt autour d'un mojito par Delphine Jory aka Ladyblogue et Marc Delalleau responsable communication de la Maison du Patrimoine de Quimper.
Delphine, les quimpérois la connaisse parce qu'elle fait mille choses qu'elle nous raconte de sa belle plume sur son blog, dans ses chroniques pour Ouest France, son Facebook, son Twitter, et j'en passe... La miss est connectée, branchée sur je ne sais quelle énergie intérieure qu'elle maîtrise avec délicatesse et qui la fait avancer à la vitesse de l'éclair! Je ne connaissais pas Marc ni son équipe de choc et j'ai été surpris par leur jeunesse. Ben oui je sais j'ai parfois des a priori de vieux schnock mais quand on parle patrimoine, ça peut vite sentir la naphtaline. Rien à voir à Quimper city où ça bouge, ça partage et ça communique!
Rien d'étonnant donc à ce que la rencontre entre toutes ces énergies donne naissance à un événement ultra chouette, le Défi Breton. 
Un mélange de sport, de culture, de goûts, d'énigmes, de débrouillardise, de mémoire, un peu de chance aussi, le tout agrémenté de soleil, de sourires, de bon esprit, d'un soupçon de benêts rouges le tout sous le regard amusé des quimpérois invités à aider les concurrents pour les épreuves qui se déroulent au centre ville.
Dix binômes ont été sélectionnés. Je fais équipe avec Laurent, un mec top rencontré à l'école des enfants (il en a 3 et moi aussi, ça créé des liens!). Nous sommes ravis d'avoir été sélectionnés, et dès les photos de présentation on se marre bien. Notre binôme s'appellera : Les two be two good!
Première soirée rencontre très sympa avec les organisateurs et les autres équipes. On mesure l'ampleur du travail réalisé pour monter le projet, on fait des photos de groupe, des vidéos en binôme, on mange des plats faits par chacun et au final on se quitte sans trop savoir à quelle sauce on va être mangé, suspense...
Nos familles nous supportent les amis aussi, on bosse un peu l'histoire de la ville, le nom des rues, les jardins, les musées,  les spécialités, les personnages connus, les anecdotes, et on fait un peu de sport histoire de ne pas passer pour des gugusses!
Le jour J arrive... on est motivé comme rarement (!!)
Et c'est parti pour la première épreuve qui consiste pour chaque binôme à réunir le plus de quimpérois sur la place Saint Corentin, le tout en 20 minutes chrono. Et nous voici dès 9 h à courir le centre ville pour rameuter le maximum de monde! Pas facile, il faut passer en mode compète, et aller au delà de ses inhibitions. Je suis à fond, mon binôme aussi. On se sépare pour être plus efficace, on vend le truc aux passants pour la plupart amusés. Ils sont plutôt réceptifs mais ce n'est pas de la tarte quand même. Il faut expliquer vite et surtout convaincre. Bon moi j'étais tellement au taquet qu'en voulant en faire trop j'ai dépassé le chrono et suis arrivé en retard... Heureusement Laurent assure l'affaire pour nous! OUF
Passage au second défi, éliminatoire celui-ci. Chaque équipe reçoit une enveloppe dans laquelle se trouve une grille de mots croisés qui une fois remplie donne un lieu de rendez-vous! Hop hop hop les idées fusent, on trouve vite une réponse mais on décide de vérifier notre idée avant de foncer en direction de la tour Névet. On est les 3 ou 4 èmes, pas mal pour un début! On discute avec les autres mais on se rend compte qu'une nouvelle enveloppe nous attend dans la tour. Une énigme! Il faut filer à Locmaria à la maison Fouillen. On commence la trajet en mode running mais arrivé sur les quais on décide d'attraper une voiture! Une gentille mère de famille nous embarque pour nous emmener à bon port. Merci à elle! Une autre énigme nous attend dans le jardin de l'évêché. Pif paf pouf (et oui ça cogite à peu près à cette vitesse là!) il faut repartir au centre ville vers le Musée des Beaux Arts en quête d'une copie de la statue du Roi Gradlon. On se la refait Pékin express avec l'aide d'un gars super agréable qui en plus tient un restau sympa à Quimper, le Prieuré. On crève de chaud si bien qu'à la fin du parcours sa voiture est tellement embuée que le gars s'est payé ne petite séance de hammam gratos!! Avec ça on est en tête mon Lolo! Et hop une nouvelle énigme dont on pense qu'elle nous envoie à l'ancien couvent des Ursulines où se trouve aujourd'hui la Médiathèque. On court en mode pleine balle, et notre sympathique accompagnateur "anti gruge"  prénommé Edern, commence à s'éloigner dans le rétroviseur. On approche du but, on traverse la rue sur les passages piétons quand au loin, on entend notre Edern beugler comme un veau! Claquage, cheville en vrac, coup de soleil fulgurant ??? Non rien de tout cela Dieu merci, nous finissons par comprendre qu'emportés par notre élan, nous avons traversé la route alors que le "bonhomme" était rouge, ce que le règlement interdit formellement et pénalise de 2 minutes de stand by! Nos gentilles tentatives de négociation échouent lamentablement car Edern ne mange pas de ce pain là! Il est intransigeant ce qui n'est pas étonnant car, nous l'apprendrons plus tard, il fait un peu de politique. Et puis les 2 minutes lui permettent de reprendre son souffle! Et c'est reparti direction la Médiathèque où nous tournons à la recherche d'un indice mais rien, nada, que dalle, peau de zob!! Du coup comme la Média tique, on médite, on check pour choisir un immédiat changement de tactèque (je sais y'a un hic mais c'est juste pour la rime mec!). Demi tour vers les Halles, où l'on fini par trouver l'indice final. On doit être 5èmes. Donc en résumant, le tarif pour une boulette c'est 4 places de perdues. Le niveau est relevé ma parole!
Les deux dernières équipes sont éliminées et franchement ça nous fait tous de la peine de voir partir les "Petra Zo" et les "Celtic Warriors".
Pour la troisième épreuve, chaque binôme rescapé a deux heures pour apprendre par cœur un poème de Max Jacob qu'il devra réciter dans la cour du restaurant "Chez Max" ancienne demeure du célèbre écrivain. Ma mémoire n'est pas ce que j'ai de plus fiable et la perspective de cette restitution, qui plus est devant pas mal de monde (et surtout mes enfants!), ne me convient pas vraiment. Je suis un peu fébrile et pour un peu on pourrait dire que je flippe ...un max, ou que je ne suis pas ravi ... Jacob (je sais celle là elle est très nulle!)! Mon Lolo assure la première partie du "Bateau chargé de blé" comme un chef et j'enchaîne correctement avec un bon petit blanc avant le dernier verre vers. OUF, place aux autres!
Dans l'ensemble ça se passe plutôt bien certains allant même jusqu'à jouer leur texte de façon théâtrale. Chapeau! 
Nous devons voter pour éliminer un binôme et le choix se porte sur celui qui avait été le moins bon. Dur à digérer pour le duo "L'un et l'autre" qui quitte le navire chargé d'émotions
Quatrième épreuve : Les équipes sont mélangées et je me trouve séparé de Laurent pour jouer avec la jeune Perrine avec qui on part plein pot! Il nous faut retrouver une petite statue qui orne une vieille maison quimpéroise et se faire prendre en photo devant elle en compagnie de trois autres personnes. C'est parti pour un tour dans la vieille ville les yeux en l'air. On trouve assez vite la statue sur la facade d'une maison rue René Madec. Retour au camp de base où 4 ou 5 équipes sont déjà présentes mais pas celle de mon coéquipier! Je comprends que son indice est particulièrement difficile (une sorte de visage sculpté dans une pierre de granit qui fait l'angle d'une vieille maison) et je pars l'aider. On galope comme des dingues dans les ruelles escarpées du vieux Quimper vers la place Mesgloaguen mais sans succès!
Fin de l'aventure pour nous et les "Bel'Droches", c'est moche, et grosse grosse frustration...
Mais je jeu continue et alors que la cinquième épreuve commence (la même que celle d'avant mais en mixant les indices et en reconstituant les vrais binômes), Laurent dépité retourne dans les rues de Quimper à la recherche de son indice qui restera introuvable!
L'épreuve suivante, la sixième, se passe au Comptoir à Tapas dans les Halles où les équipes restantes participent à une superbe épreuve culinaire. Je trépigne, je déguste des pupilles les plats originaux concocté par Xavier HAMON. Il faut en goûtant des plats, parfois à l'aveugle, reconnaître le nom ou le nombre d'ingrédients qui la composent. Pas facile du tout mais que ça avait l'air bon! Les papilles de "Maud et Céline" flanchent tout comme celles des "Finistos Déglingos".
A l'issue de cette épreuve c'est la finale où vont s'affronter les trois dernières et valeureuses équipes, les "Bricomax", les "Krampouc'h" et les "Arthuriens".
Comme certains accompagnateurs sont un peu cramés, Laurent et moi nous accompagnons les "Krampouc'h", un sympathique couple de néo-quimpérois qui sont les favoris tellement ils semblent connaître Quimper sur le bout des doigts. Ils partent au taquet et en moins de temps qu'il en faut pour faire une complète miroir, ils trouvent les trois premiers indices et se ruent à Locmaria pour un petit tour en barque où, à l'aide d'une seule rame, ils doivent récupérer des fléchettes lors d'un petit parcours sur l'Odet et alors que le vent souffle! Ils survolent l'épreuve mais héritent d'une pénalité de temps pour s'être trompés sur l'un des indices précédents... Les poursuivants sont désormais tout proches avant d'entamer la montée du Frugy et un parcours au pas de course au cours duquel il faut récupérer une sarbacane. Ils sont rejoints et doublés par les "Arthuriens" juste avant d'arriver à la Maison du Patrimoine où se déroule une apparemment tranquille épreuve d'éclatage de ballons de baudruche au tir à la sarbacane... Épreuve insupportable pour les nerfs et qui sera d'ailleurs fatale à nos "Krampouc'h" victimes d'une "Francis Cabrel" comme on dit dans le jargon! Les "Arthuriens" eux, ont le compas dans l'oeil et, en véritables Mimi Siku, ils sortent en tête pour nous offrir une version étonnante des "Arthuriens dans la ville"! C'est en effet eux qui remportent la finale à l'issue d'un ultime parcours dans les rues du vieux Quimper, devançant les "Bricomax" revenus de nulle part grâce à un mental d'acier! Terrible!!
Au final, j'ai adoré l'idée que ce ne soit pas forcément les plus sportifs qui gagnent, le fait de faire des trucs originaux et variés qui te font réfléchir un peu et sortir de ta coquille, d'aller au devant des gens afin qu'ils t'aident (avec le sourire c'est mieux), rencontrer les autres équipes avec une super mentalité, apprendre des choses sur la ville que tu habites depuis si longtemps mais que tu connais si mal!
Pour tout dire, je crois bien que ce jeu m'a rappelé un des mes meilleurs souvenir d'enfance lorsque pour mes dix ans (ça remonte!), mes parents m'avaient organisé un merveilleux anniversaire en mode jeu de piste avec tous mes amis! 
Voilà j'ai joué comme un gosse avec une espèce de légèreté qui fait un bien fou...
Alors merci à tous ceux qui ont pensé, organisé, accompagné, filmé, photographié, supporté et participé de près ou de loin à cette magnifique journée!
Et à l'année prochaine!!!

jeudi 15 mai 2014

New York City

Quand tu t'envoles pour la première fois de ta vie aux Etats-Unis à 40 ans, t'es un peu excité comme une puce aux hormones et tu as aussi une tonne d'idées en tête. Du cliché plein la caisse à outil, alimenté par 40 années de culture télé-ciné à base de Starsky et Hutch, Arnold et Willy, Huit ça suffit, Spiderman (oui je sais le niveau n'est pas brillant mais mes parents ne voulaient pas que je regarde Dallas...). Donc toi le petit péquenot breton t'es un peu intimidé à l'idée d'aller voir ce qui se passe chez les maitres du Monde, les rois du capital libéré, les princes de la modernité.
Comme c'était la moins chère, j'ai choisi une compagnie américaine qui sonne bien : American Airlines. Je passe rapidos sur l'épisode du check spécial sécurité débile à souhait fait par un agent très sérieux mais que ma femme a trouvé très drôle croyant presque à une caméra cachée, un vrai sketch!

Ce qui est amusant c'est que quand tu vois l'avion avec sa carlingue en métal brillant tu as l'impression d'être dans les années 60 et t'es quand même rassuré de ne pas voir d'hélices sur les ailes mais bien des réacteurs. J'hésite entre trouver ça classe ou carrément has-been et j'opte pour le second choix quand je découvre la déco et l'équipage. On fait clairement dans le vintage, moquette gris tristounet, sièges bleu à motif jacquard. A bien y regarder, la compagnie hongroise Maleev qui m'avait filé la frousse il y a quelques années fait, en comparaison, figure de compagnie branchée! Quant à la business-class, les places sont certes spacieuses mais le décor me rappelle une salle d'informatique à la fin des années 80... Pour ce qui est des hôtesses dont le physique avantageux aurait pu agrémenter le voyage, je préfère ne pas m'étendre sur le sujet mais y'en a quand même une ou deux qui doit presque se faire la rangée centrale en mode pas chassés pour ne pas rester coincée entre deux sièges. Je sais c'est pas bien de se moquer, mais à force de te faire réveiller par des coups de postérieur sur l'épaule à chaque passage, à un moment donné tu deviens un peu con.
Ceci dit j'ai une théorie la dessus. Comme les amerloques sont persuadés que les français sont chauds comme la braise (merci DSK) ils choisissent des hôtesses inhibitrices de libido sur les vols au départ de Paris, histoire d'être peinard. Ça tombe bien je n'avais pas mis mon peignoir...
Pour ce qui est de la bouffe c'est pareil, ils mettent le paquet, ce qui a l'avantage de faire passer le temps.
Tout ça est anecdotique je vous l'accorde, et tu finis par arriver sans encombre sur le sol américain où tu es très bien accueilli puisque les douaniers y sont aussi aimables qu'en France...
Te voilà en train de fourrer tes grosses valises dans le coffre immense d'un vieux taxi jaune qui pourrait en avaler deux ou trois autres. Comme dans un rêve, la Skyline New Yorkaise défile sous tes yeux ébahis tandis que sous tes fesses, ronronne un gros V8 automatique qui te berce calmement. Tu souris et tu te dis que t'es bien crevé tu as de la chance et que tu vas adorer cette ville.
Et ce fut le cas avec en prime un accueil tip top chez des amis expatriés. Un grand merci à eux!
Ce qui m'a le plus plu ce sont les mélanges et la variété des styles. Culturels, culinaires, vestimentaires, architecturaux, etc. Et puis vu du haut d'un gratte ciel, la verdure entourée par la ville, la ville entourée par les rivières et la mer, le tout au soleil couchant c'est classe. 
Une ville de contrastes. Partout le moderne cohabite avec l'ancien avec une certaine élégance finalement. De vieilles églises coincées entre d'immenses buldings modernes, une ville en construction perpétuelle bétonnée et vitrée pousse à côté d'anciennes maisons en brique rouges habillées par des escaliers de secours, des ponts en pierre d'autres en métal, une gare maritime récente protégée par de vieux pieux en bois, d'énormes bagnoles rutilantes et des camions rétros, un métro un peu pourri mais efficace où tout le monde surfe sur le dernier I Phone, un téléphérique improbable qui enjambe l'East river, des écureuils en pagaille, des new-yorkaises en leggings et baskets flashy ou en bottes de pluie quand le temps se fâche...
Car oui, même la météo est surprenante, passant d'un jour à l'autre du déluge avec 8 degrés à une belle journée d'été sous 24 degrés!
J'ai aussi pris une vraie claque sur les deux deniers étages du MoMA où j'ai pu admirer une flopée de tableaux de peintres célèbres, tous plus magnifiques les uns que les autres.
Times Square cœur de la ville qui ne dort jamais, symbole de la modernité où tu tournes en rond abreuvé de lumière, tel un insecte pris au piège.
Et puis, ce n'est pas nouveau mais ils sont forts en matière de business avec des habitudes très simples que certains commerçants français ignorent. Dans chaque magasin ou restau dans lequel tu entres, tu es systématiquement accueilli chaleureusement avec un grand "hi guys, how are you doing?" même lorsque l'endroit est bondé. Le truc c'est que ça sonne vrai, les gens sont vraiment cool. Je me doute bien que pour eux c'est une simple formule de politesse mais quand on n'est pas habitué, c'est agréable de se sentir bienvenu comme un client fidèle et du coup t'as presque envie de raconter ta vie t'es dans de bonnes conditions pour acheter... So simple!
La ville est plutôt propre, tout est bien organisé, les new-yorkais sont respectueux et très prévenants et ils lorsqu'ils te voient perdu cherchant ta route sur un plan, ils n'hésitent pas à proposer de l'aide. Même à l'heure de pointe les rames de métro sont respirables et les gens attendent le prochain métro plutôt que de procéder au bourrage de rame version sardines à la parisienne.
Je n'ai pas ressenti la moindre agressivité et je me suis sentis tout le temps en sécurité. Faut dire que tu ne peux pas faire 500 mètres sans voir une voiture de flics NYPD, mais finalement cette omniprésence est plutôt discrète.
Ah j'allais oublier, je me suis fait plaisir avec quelques délicieux donuts et burgers mais j'ai surtout mangé le meilleur steak de ma vie chez Dudleys, simple et efficace!
Une ville que l'on découvre avec émerveillement en ayant la sensation de déjà la connaître et une seule envie y retourner un jour!

jeudi 27 mars 2014

Soirée déguisée

Je ne me souviens plus si j'ai vraiment été invité,
Ou bien si j'ai simplement rêvé
De cette amusante soirée déguisée.
Qu'à cela ne tienne, les souvenirs me reviennent en pagaille!









Spiderman est dans la place, il parait s'ennuyer.
Pour briser la glace il me propose de partager
Un double scotch on the rocks du genre bien tassé.
On ne refuse pas un verre à Peter Parker...
Je m'en cale une rasade tout au fond du gosier
Un cul sec maladroit qu'il me faut recracher,
Sur le costume moulant de l'homme araignée.
Le type est furax et ainsi auréolé,
Se colle aux murs pour se faire oublier.


Mais avant que le remords me ronge
Je tombe sur le roi de la plonge, l'ami Bob l'éponge.
Il s'enfile mousse sur mousse sur un canapé
Et semble littéralement absorbé, pour ne pas dire "scotch brité",
Par un moustachu en Panthère rose déguisé,
Qui de moult postillons ne cesse de l'arroser.
En voyant l'ami Bob ainsi imbibé,
Bibi abandonne l'idée qu'il puisse venir assécher
Le héros de chez Marvel aux WC réfugié.



Plus loin, pavane une blonde sur talons haut perchée.
Telle une icône la miss peinturlurée,
Exhibe ses formes un brin exagérées.
Mais de silicone je la sais rembourrée,
Le genre Paris Hilton en version surgonflée.
Elle ne comprend pas quand on la questionne.
Le dialogue est limité avec cette silly conne...








Dans un coin j'aperçois Catwoman minauder
Je lui propose un Kit Kat ou un chat perché
La miss commence à miauler, se fait à l'idée
Puis elle me sourit, verte
Je l’attrape par la queue,
Je la montre à ces messieurs...
Désolé, je m'égare mais
Ça bouillonne dans mon cortex,
Face à cette dame tout en latex.










En pantouflard à minuit je pense à rentrer
Mais je joue la montre et m'en vais me griller,
Une Lucky que, malchance, d'un strike j'envoie valser
Sur une jolie princesse qui court affolée
Le genre Cendrillon plutôt bien carrossée
Qu'on ne peut pourtant pas confondre avec un cendrier.





Je m'excuse puis me trouve nez à nez
Avec un lonesome cow-boy un poil décharné
Qui trouve que de trop près je serre
Sa belle cavalière nommée Jolly Jumper.
L'homme prend tout à coup un air sombre,
Pour me dire qu'il tire plus vite que son ombre.
J'imagine son six coup, explosant ma citrouille
J'ai si peur qu'aussitôt je change d'air,
A la vitesse de Buzz l'éclair.


Sur le dancefloor, un vieux type n'arrête pas de se déhancher
Il se tortille et danse comme un damné.
Barbe blanche, bonnet rouge et pull over bleu,
On dirait le grand Schtroumpf en mode je fous le feu.
Sur un rythme latino, des danseuses à gogo,
Enlacent le pépère en flattant son égo.
J'observe jaloux, ce type qui fait merveille,
En me disant qu'un jour je danserai la salsa pareil.





Je m'essaye par défi à quelques pas endiablés
Que je brûle en enfer si je ne sais plus danser.
Aussitôt tout s'accélère, le sol se met à schtroumpfer
Mes jambes scélérates ne peuvent plus me porter.
Sans crier gare, la gamelle est brutale,
Et dansent à mes yeux les sept boules de cristal.
Le cerveau ainsi étoilé, vaincu je dois m'avouer
Que n'est pas qui veut, Patrick Dupon d.


Je rejoins le bar, car je vois bien que l'on me moque,
Où un type fagoté en Capitaine Haddock,
Traite son acolyte de manche à couille, de poule mouillée.
Le binoclard n'entend rien, il lui fait répéter
Le Capitaine braille plus fort, hurle dans son cornet.
L'homme en vert croit comprendre et pour s'en assurer,
Demande a Haddock qui reste médusé :
"Quoi, une moche à couille, la nouille m'a touché?!!!"

Je mate la pendule, il est grand temps de rentrer...







mardi 11 février 2014

Emporté par la houle



“Fly me to the moon” chantait Sinatra dans l’auto-radio. Moi, en ce lendemain de tempête, j’avais décidé d’aller voir la mer en furie. J'aurais bien aimé m’envoler vers la lune, mais la mer se trouve juste à côté de chez moi…
Je file vers l’océan. Dans le ciel gris et torturé les oiseaux font du surplace en se laissant porter par le vent. Moi j’avance, impatient, attiré par l’odeur du goémon, les embruns, la couleur du sable et le rythme des vagues. La portière s’ouvre et l’air iodé remplit enfin mes poumons. Je grimpe en haut de la dune où je manque de m’envoler surpris par la force soudaine du vent. Avant, en haut de cette grande barrière de sable, se dressaient fièrement plusieurs rangées de pins, mais ça c’était avant. Aujourd’hui c’est le désert, un paysage lunaire où la mer a presque tout mangé. La dune hier si ronde et douce est à présent coupée en deux en son sommet, comme guillotinée. J’avais déjà remarqué qu’elle perdait chaque année du terrain. Là, elle s’arrête net et bascule abruptement vers l’océan. Les racines des arbres évanouis pendouillent dans le vide à la recherche d’un sol à jamais disparu sous les coups de boutoir, évaporé, emporté par la houle… Devant moi la mer s’étire dans son immensité. Elle est plutôt calme et d’un gris profond mais je devine sa force. Je la sens dense, lourde, chargée de tout ce qu’elle a charrié. Au lendemain du festin, l’ogresse digère, repue.
Demain, elle se fâchera à nouveau et si le vent, la lune et le réchauffement climatique l’aident à avancer, elle poursuivra son travail de sape. Elle pourra ainsi s’étendre à nouveau de tout son long pour recouvrir les marécages et reprendre possession de son territoire.
Les étés qui viendront n’y changeront rien, cette plage magnifique aura bientôt disparu et mes enfants et les leurs iront se chauffer le cœur ailleurs.
Je rentre chez moi le vague à l’âme. Dans le ciel le temps d’une éclaircie, j’aperçois cette lune inaccessible qui, sûre de son pouvoir d’attraction, me salue d’un mince croissant.

Ile Tudy, le Treustel, hiver 2014



Edit(h):
Pour ceux qui connaissent, je vous laisse vous faire une idée, on lutte à coup de bulldozer mais quelque chose me dit que le combat est perdu d'avance...

















Et ça c'était avant, avec des arbres... et du soleil!!

lundi 30 septembre 2013

Prisonniers de la Réforme des rythmes scolaires?

Et alors cette réforme elle est bien ?
Sur le papier l’année dernière ça semblait pas mal et je me rassurais naïvement, tel un grand benêt (non sur la photo ce n'est pas moi...), en écoutant les arguments des experts en «bio rythme» ou en «rythme d’apprentissage» des enfants. Après tout cette réforme a été pensée dans l'intérêt des enfants, pour que leurs journées de travail soient moins longues et pour les ouvrir au monde et à la culture...
Mais bien souvent, la pratique diffère de la théorie.
Cela fait à présent plus de trois semaines qu’on expérimente, et même si c’est un peu court pour en tirer des conclusions ça donne quand même un petit aperçu qu’il me faut partager.
Mon inquiétude a commencé un peu avant la rentrée, quand j’ai appris le faible temps de formation (une demi journée) dont avaient bénéficié le personnel en charge des 45 min quotidiennes de TAP (Temps d’Activités Périscolaires) de ma ville.
Dans la plupart des cas, c’est le personnel ATSEM (agent territorial spécialisé des écoles maternelles) qui a en charge ce nouveau créneau horaire. Pour être plus clair, ce sont les "dames de cantine" ou "dames de ménage" ou les personnes qui s'occupent de la garderie. Donc, hop hop hop, je finis vite fait le ménage de la cantoche et je me transforme comme par enchantement en super animateur éducateur pour gosses ! Attention, je ne dis pas qu’il n’y a pas de compétence, ni de bonne volonté de leur part. Mais au regard du peu de temps de formation dont ces personnes ont bénéficié, il est impossible d’atteindre les objectifs ambitieux évoqués par les experts théoriciens.
Un autre point. Chez nous l’école commence 15 minutes plus tôt que l’année dernière et il y a 4,5 jours d’école par semaine (versus 4 l’an passé). Moi je veux bien croire que c’est mieux de travailler le matin plutôt que l’après midi, mais dormir c’est bien aussi. Bon d’accord, alors il faut les coucher plus tôt qu’ils nous disent. Et bien oui ça aussi c’est un excellent conseil, sauf que quand tu ne finis pas ton travail à 16h30, qu’il faut gérer les devoirs, la préparation des sacs pour le lendemain, le repas, les fringues, la toilette, l’histoire guili bisous dodo et tout ça pour tes trois loulous, il arrive parfois que le timing dérape légèrement. 
Et paf tout fout le camp, on s'éloigne un peu plus du pays des Bisounours ! Exit la pause du mercredi matin, à la place, à l’heure du garde à vous, tu te payes une brochette de têtes dans le cul mal réveillées avec méga cernes en face de toi au petit déj ! Aller aller les enfants, direction l’école !! Sisisi, c’est pas évident comme ça à première vue mais là vos cerveaux seront bientôt au top pour retenir ce que vont vous expliquer vos instits.
Le constat général est sans appel, après trois semaines d'école, les enfants sont crevés!
Sinon en ce qui concerne les activités des TAP, c’est "tip top". Ma fille de 9 ans doit s’entraîner d’arrache pied aux championnats du monde de balle au prisonnier puisque cela fait plus de 15 jours qu’elle fait cette activité pendant son TAP. Autrement, il y a "jeux de société", "béret", "hip hop", "chaises musicales" et aussi "théâtre" pour faire bien... "Ouverture au monde et à la culture" qu'ils disaient... Ce qui est sympa c’est qu’après les TAP il y a garderie et qu’ils peuvent continuer à faire exactement la même chose… Je pense qu’à ce rythme ma fille a toutes ses chances pour une médaille!
Impossible de savoir ce que fait la plus petite qui a 5 ans. En réalité, je crois qu’elle n’a rien fait. D’ailleurs nous venons d’apprendre qu’ils arrêtaient les TAP pour les maternelles parce que le temps de faire l’appel, d’emmener les enfants faire pipi, d’installer une activité, de ranger, et de refaire l’appel à la fin, il ne restait que trop peu de temps pour faire quelque chose ! Evidemment, les penseurs de la réforme n'avaient pas pensé à ça...
Je passe rapidement sur le fait que les personnels en charge des TAP, quelque peu livrés à eux-même et au regard exigeant de parents inquiets, ont du supporter la forte pression d’une mise en place ratée. Je passe aussi sur la difficulté des parents à communiquer avec les enseignants qui, terminant plus tôt (je précise ici qu'ils ne travaillent pas moins puisqu'ils ont classe le mercredi matin), ne font plus systématiquement la sortie des classes.
Voilà pour l’aspect pratique des choses.  
Alors si on pense que l’idée de base conduisant à la réforme est bonne pour nos enfants, le temps de formation des animateurs, les moyens matériels mis à disposition sont insuffisants, et l’organisation  est à revoir en profondeur et pas en surface.
Nul doute que le maire de ma ville, lui même ancien enseignant et "oreille" du Président Hollande, saura écouter les problèmes évoqués et ne baissera pas pavillon pour faire en sorte que les choses s'améliorent. 
Une dernière remarque sur le coût de cette réforme en cette période de forte augmentation de la pression fiscale. Bizarrement, les politiques n’évoquent pas ce point et sans être un spécialiste (je ne sais que payer…), les heures payées aux personnels des TAP le seront tôt ou tard grâce à l’augmentation des nos impôts locaux (l’Etat décentralise). Alors allons y gaiement Vincent, payons !

Bon vous me direz, je râle c’est vrai, mais si grâce à tout ce chambard ma fille devient championne du Monde de balle au prisonnier, on aura déjà bien avancé… 


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Quelques réflexions sur le sujet au Café Pédagogique

lundi 23 septembre 2013

Un taxi parisien

Le week-end dernier, j'ai fait un bref séjour à Paris. Au programme visite du passionnant musée des Arts Primitifs quai Branly, soirée et dodo chez sister Lolo, puis virée en région parisienne pour récupérer une Twingo.
Je dois récupérer le bolide à Marly La Ville, dans le 95. Comme c'est à plus de deux heures de chez ma sœur en s'enfilant un cocktail complet de transport en commun (tramway, RER, métro, train de banlieue), j'adopte une stratégie plus simple. Joyeuse traversée de Paris en RER jusqu'à Charles de Gaule pour me rapprocher puis taxi. Efficace. Bon, je me galère un peu à trouver un tacos mais je finis par caser mes grands pinceaux dans un C4 Picasso conduit par un petit gros. Je suis un peu déçu car j'aime bien profiter de me payer un taxi pour rouler en Audi ou en Benz Benz Benz! Et me voilà parti pour un périple interminable...
Comme le type ne connait pas le bled où je vais, il tapote l'adresse sur son GPS TomTom. Calcul de l'itinéraire, pas de péage, pif paf pouf, on est à 14 km du but et on en a pour 23 minutes. Relax, je m'avachis tranquilos sur la banquette en skaï (le skaï c'est comme le cuir sauf que dès que tu bouges les fesses on croit que tu pètes...) en grignotant un Nuts et en me grattant les noisettes. Mais on n'a pas fait 500 mètres que les keufs m'arrêtent le type râle déjà après son GPS qui cherche sa position l'espace d'un instant. Son TomTom le gonfle et sans plus attendre, le taxi man décide de se la jouer à l'instinct : "On va passer par l'A86" qu'il me dit. Je ne réponds rien car pour moi c'est du chinois. Et hop c'est parti, bretelle d'accès, voie d'accélération, et paf bouchon. Bingo! J'suis tombé sur un as du sixième sens, le roi du plan foireux. Ça finit par avancer doucement, on roule un peu, je surveille le GPS d'un oeil et je commence à m'inquiéter quand je m'aperçois que le type ne suit pas les indications du TomTom. Je me dis qu'il est vraiment Con Con et je l'interpelle quand je vois que la distance jusqu'à l'arrivée est à présent de 30 km. "On est à combien de km de l'endroit où je veux aller ?" Il me dit qu'il ne sait pas, je lui réponds que c'est marqué sur son GPS, il me dit que c'est la distance aller retour et je lui demande de ne pas me prendre pour un con. "Ne vous inquiétez pas, on va prendre un raccourci". Je bouillonne, ce mec me met la fièvre.
Il quitte l'autoroute aussi sec. Inspiration divine? Un instant, je me dis que si ça se trouve je suis tombé sur le roi du chemin le plus court. Un instant seulement. Le compteur indique 40 euros, on est parti depuis trois quart d'heure, on a déjà fait 30 km et le GPS indique qu'on est à 40 km du but!!! On est à Eaubonne mais moi je l'ai très mauvaise. 

Je lui dis qu'on est à pétaouchnok et pas du tout où je veux aller, donc soit il me dépose de suite et je ne le paye pas, soit il se décide enfin à suivre les indications de son GPS à condition qu'on se mette d'accord sur le prix de la course. Il me propose 50 euros et je lui dis que je ne lui filerai pas plus de 40 euros et que j'ai autre chose à faire que de visiter la banlieue Nord en mode Seine Saint Denis Skaï. Il me fait le coup du type désolé, qu'on est quand même dans le 95, genre il est pas si nul que ça. Je lui dis que le 95 c'est grand et que je ne lui ai pas demandé d'en faire le tour. Il me dit qu'il est taxi parisien et pas taxi de banlieue et ferme enfin son clapet pour se concentrer sur la technologie. Ce gars est con comme une valoche !
Une fois arrivé à destination, après deux heures de trajet et 70 km de route, son compteur indique 115 euros. Je lui pose alors une question : "Bon en fait cette course de 14 km, elle aurait du me coûter combien ?","Ben je ne sais pas" qu'il ose me répondre. Je lui dis que décidément soit il me prend pour une andouille, soit il ne sait pas grand chose, que moi j'ai bien regardé son compteur et que c'est une course d'une vingtaine d'euros maxi. Je lui file 30 euros, bon prince au regard du temps que j'ai perdu mais soulagé d'être arrivé parce qu'à un moment j'ai cru que j'allais y passer la journée ! Il n'est pas content du tout, il gueule, je ne peux plus le voir en peinture lui et son Picasso. Je sors de la voiture en calculant la probabilité qu'il me suive et me fasse du rentre dedans refasse le portrait façon Guernica. Vu son gabarit j'ai du souci à me faire, les petits gros et trapus c'est du genre qu'on peut pas casser en deux, c'est trop mou ! Il ne bronche pas donc en guise d'au revoir et pour clore les débats, je lui demande si ça ira pour le retour...

lundi 10 juin 2013

Le maître nageur

Sans doute encouragé par la rencontre furtive d'un ancien champion Olympique de natation en boîte de nuit il y a quelques semaines, je me rends régulièrement à la piscine pour diversifier mes pratiques sportives.
Lundi dernier je vais donc à l'Aquasplash local où, en plus du toboggan, des jacuzzis, du hammam et de la piscine à vagues, il y a un vrai bassin pour nager. Ça caille toujours autant et je me délecte à chaque fois du spectacle des bonnets de bain, mais l'histoire cette fois est différente.
Après un passage à la douche obligatoire, je croise les 3 maîtres nageurs qui discutent entre eux mais daignent répondre à mon bonjour. Comme il n'y a pas grand monde, ils ont l'air un peu désœuvrés car ils ne peuvent pas s'adonner à leur principale occupation qui consiste à scanner ouvertement l'anatomie des nageuses. Ça occupe me direz-vous et il n'y a pas de mal à se faire du bien ! 
Bon, là ils s'emmerdent ferme, y'a que de la mémé, donc pas de risque de transformer le "moule bite" réglementaire en tente canadienne fraîchement montée. La tenue du professionnel c'est donc petit slipo, tee-shirt manches courtes roulées sur les épaules, claquettes Arena à picots aux pieds, sifflet autour du cou. On se croirait au camping ! Le tout avachi nonchalamment sur la chaise haute qui permet d'avoir une vue panoramique sur les petits culs la zone de baignade.
A chaque fois que je vois ces gars, je me fais deux réflexions.

1/ Y'a pire comme boulot mais ils doivent quand même bien se faire ch...
2/ Est-ce que ces types savent vraiment nager ? Je sais, j'exagère mais aucun d'entre vous n'a jamais vu un maître nageur apprendre à nager à un gosse en se mettant à l'eau, ni même (et c'est tant mieux) sauter dans l'eau à la "Baywatch" pour sauver un type qui aurait vraiment touché le fond. 

En les regardant bien de profil, l'un d'entre eux a l'air d'un ancien champion olympique de boîte de nuit qui se serait mis à la natation sur le tard.
Je me glisse dans l'eau sur ces considérations moqueuses et j'enchaîne les longueurs sur un rythme soutenu version brasse. Le crawl, c'est la classe, on est d'accord mais à condition de maîtriser la technique, ce qui n'est pas mon cas. J'ai essayé mais je ne supporte pas de mettre des lunettes et après une série de mouvements désordonnés et moultes éclaboussures, je finis la longueur essoufflé comme un boeuf, l'estomac et les oreilles remplis d'eau chlorée. Le genre veau marin !
Vous l'avez deviné, je préfère l'élégance et c'est donc coiffé de mon bonnet vert que je brasse, telle une grenouille, dans une des lignes d'eau réservée aux nageurs, l'autre partie du bassin étant à disposition des touristes et autres lambins aquatiques. Nous ne sommes que 3 ou 4 à nous partager cet espace, c'est rare et agréable. Trafic fluide, pas d'embouteillage, chacun peut nager à son rythme et doubler sans déranger les autres.
Soudain, alors que je reprends mon souffle après une série de longueurs endiablées, j'aperçois un des maîtres parleurs qui enlève son tee-shirt, ses claquettes, ajuste popol dans son mini slipo et sa tête dans son bonnet (ou le contraire). Mince alors me dis-je, il ne va pas se foutre à l'eau au moins ! J'ai presque envie de lui dire de faire gaffe, qu'il faut savoir nager quand même et qu'il a oublié de mettre ses flotteurs, mais je me retiens. Je m'apprête quand même à intervenir au cas où... C'est alors qu'il s'approche de moi bombant son torse grassouillet tel un Apollon sur le retour. Il me fixe d'un drôle de regard avec ses mini lunettes miroir et les yeux dans les yeux (ou plutôt mes yeux dans mes yeux) me tient à peu près ce langage :  
" Vous savez que vous êtes dans une ligne d'eau pour nage rapide. Vous pouvez aller à coté, c'est pour la nage lente"
Pour c(h)lore le tout il enchaîne par un plongeon plein d'assurance suivi d'un crawl sacrément efficace me laissant planté là. Vexé comme un pou et penaud je change d'endroit bêtement, laissant au propriétaire des lieux la ligne d'eau quasiment déserte. J'avais déjà un peu chaud mais là je fulmine. Je n'ai même pas eu l'occasion de lui balancer une des réparties bien senties dont j'ai le secret... en général dans l'heure qui suit. Tiens j'ai bien envie de lui demander poliment où se trouve la ligne d'eau réservée aux gros connards en lui disant qu'il y serait à sa place. Mais le gars ne s'arrête pas, il sort à peine la tête de l'eau pour respirer. Il est en mode torpille comme on dit dans le jargon.
Je termine donc ma session en mode boulet au milieu des "culs de plomb" et autres amateurs de nage indienne.
Moralité : Tant va la cruche à l'eau qu'à la fin... elle sait nager !

Pour finir, voici une petite fable revisitée :

Maître nageur, sur sa chaise perchée,
Tenait en son bec un sifflet.
Maître moqueur, par le tableau amusé,
Lui tint à peu près ce langage :
"Hé, bonjour Monsieur du plan d'eau
Que vous sifflez fort! Quelle maîtrise de l'appeau! 
Sans mentir, si votre nage 
Se rapporte à votre puissant ramage 
A une cédille près, vous devez flotter sur l'eau à la vitesse du çon!"
A ces mots, Maître nageur ne se sent plus de colère; 
Et pour montrer sa belle technique,
Il ouvre un large bec, laisse tomber son sifflet (le con!).
Le moqueur s'en saisit et dit :
"Mon bon Monsieur, apprenez que tout persifleur 
Vit au dépend de celui qui l'amuse :
Cette leçon vaut bien un sifflet sans doute"
Le nageur, moqué mais pas vaincu,
Plongea certes un peu tard, et ainsi flottant, en crawl disparut.

mercredi 20 mars 2013

Coeurs fatigués


Voilà, ça y est je suis un petit vieux. Je n’étais pas pressé d’y être, mais ça y est je suis un petit vieux. Je n’ai pas vu le temps passer.
A présent, tout est calme autour de moi, il ne se passe plus rien. Enfin si, quand j’allume la télé pour me tenir compagnie, je vois bien que les hommes se déchaînent toujours autant. Mais je ne fais plus partie de ce monde. Ma vue a rétréci et mon horizon aussi. Dehors, ils construisent un mur mais par la fenêtre, je peux encore apercevoir la cime d’un grand arbre déplumé. Il attend le printemps. Pas moi.
On m’a oublié là, mais moi je me souviens. Je fais le bilan de ma vie, le vrai hein, pas un vulgaire point d’étape qu’on fait à mi-parcours quand on a encore l’illusion qu’on peut arranger les choses ou profiter encore un peu. Faut dire qu’à mon âge on n’a plus que ça à faire, poser ses valoches et remonter le temps. Regarder devant ne sert plus à rien et à la surface il n’y a que silence et solitude. Alors, je plonge dans les eaux troubles de ma mémoire. J’y pêche l’essentiel, les joies, les peines, la vérité des sentiments, et des détails aussi. Je les ramène à la surface, je les place dans mon bocal puis je les regarde danser devant moi toute la journée. Ca occupe, ça fait un drôle de ballet.
Hier, les heures étaient légères, aujourd’hui l’horloge n’avance plus.
Les rares fois où je sors, le regard des gens glisse sur moi sans s’arrêter. Je ne m’habitue pas à cette absence d’échange. Une fois, en sortant du bus, moi aussi j’ai glissé et je suis tombé. J’ai vu qu’on m’avait vu, j’étais un peu gêné mais personne n’a esquissé le moindre geste, chacun a vite filé de son côté. J’ai regardé mes paumes écorchées et je me suis relevé tout seul. Je ne pensais pas un jour devenir l’Homme invisible qui me fascinait tant quand j’étais enfant.
Je suis à peine une ombre, presqu’un fantôme. Déjà.
J’ai souvent regardé les vieux avec une certaine tendresse. J’aimais lorsqu’ils me racontaient leurs histoires, sinon j’observais leurs visages ridés, leurs mains et je leur imaginais une vie. Je me demandais aussi comment ça faisait d’avancer si lentement, courbé en deux, les yeux rivés sur ses pieds. Maintenant je sais, c’est ennuyant.
On a toujours dit de moi que j’étais trop sensible. Et alors? La sensibilité c’est la richesse des hommes.
Quand elle arrive chez moi, chaque semaine, l’infirmière qui s’occupe de moi s’empresse d’enfiler ses gants en latex pour me soigner. La solitude c’est contagieux… Elle fait bien son travail, cause peu et repart aussitôt. Elle doit avoir peur de s’attacher, elle se protège c’est normal… Dire que c’est elle qui me retrouvera un jour. C’est peut-être mieux qu’on ne se connaisse pas.
J’ai eu deux enfants, c’est sans doute ce que j’ai fait de mieux dans la vie. Bon, eux non plus n’osent plus me toucher. Parfois ils m’appellent, j’entends leurs voix au loin mais je ne les vois plus. Ils n’ont plus besoin de moi. Mon cœur bat encore, le leur aussi pourtant.
En fait je n’ai pas rêvé, j’ai juste traversé la vie. Jusque-là c’était bien, j’ai eu de la compagnie, j’ai pleuré et j’ai ri. En chemin, j’ai laissé une trace, petite, fragile, elle s’effacera mais pour l’instant, elle est bien là, je l’aperçois derrière moi.
Aujourd’hui, je ne suis plus personne et plus pour très longtemps. Finalement tout irait assez bien si devant moi ne se dressait pas ce mur d’indifférence. Le franchir, à mon âge ? Plutôt creuser…
Voilà ça y est je suis un petit vieux.

dimanche 13 janvier 2013

J'ai la guitare qui me démange...


Après deux années de cours de guitare à la très très cool, c'est décidé, le fiston va passer à la vitesse supérieure. Direction ce qui se fait de mieux en matière de rigueur et de professionnalisme : l'Ecole de musique. Que dis-je, le Conservatoire de musiques et d'arts dramatiques!
Dossier de pré-inscription pour la guitare en juin, commission en juillet, refus immédiat. 
On nous explique que pour cet instrument, il ne suffit pas de vouloir apprendre, il faut savoir attendre parfois 3 ans avant de taquiner le bout de bois. Pour patienter, il faut faire du solfège assidûment. Je n'étais pas contre un peu de travail suivi, mais le "priver" d'instrument, je trouve ça salop. Vous imaginez la frustration si aux sports d'hiver, le prof de ski passait uniquement les quatre premiers jours à apprendre à un débutant comment on utilise le tire fesses et ne lui permettait de faire sa première descente à ski que le dernier jour... tout ça pour qu'il se croûte la gueule vingt fois sur le verglas.  
Heureusement le prof de trombone cherche des élèves. Il a l'air sympa, mon fiston accroche, no problem pour l'inscription, l'affaire est dans le sac. Bon, il ne sait pas encore que le plan trombone sur la plage autour d'un feu ça peut être compliqué avec les filles... quoique!
Retour de vacances en fanfare. Un petit tour par l'école de musique nous apprend toutefois que le fiston n'est ni inscrit au cours de trombone, ni aux leçons de solfège. Personne n'a fait le changement de l'instrument sur le dossier initial, et pour l'administration c'est trop tard et à l'année prochaine!
Nous contournons l'obstacle car heureusement le prof de trombone est toujours dispo pour recueillir des débutants éconduits. Il va essayer d'arranger l'affaire en coulisse, c'est sa spécialité.... 
Après plusieurs visites, suppliques, réunion à base de "le solfège n'est pas une punition", un mail nous informe que le fiston est enfin inscrit pour les cours de trombone et de solfège. Youpi!
Arrive enfin le jour du premier cours de solfège, mon garçon n'est pas spécialement enchanté mais l'inverse m'aurait presque inquiété. Nous passons à l'accueil pour vérifier son inscription, la secrétaire ne trouve pas son nom, elle va chercher sa collègue qui s’occupe de rien de ça et qui nous dit que c'est bon pour lui mais que les listes ne sont pas encore à jour... Elle nous accompagne jusqu'à la salle de cours où des enfants sont déjà assis. Le mien s'installe aussi, la prof arrive après tout le monde, je quitte les lieux avec le reste de ma troupe. Direction maison, devoirs et préparation d'un délicieux gratin de courgettes. Mais déjà le téléphone sonne.
"Oui allo?"
"Mr Machin?"
"Oui c'est moi "
"C'est Mme Trucmuche du Conservatoire. Nous avons eu un petit problème avec votre fils...
Gloups
... C'est qu'en fait il n'est pas inscrit au cours de solfège, contrairement à ce que nous vous avons dit, il est sur liste d'attente..."
La dame m'apprend que la prof, ne voyant pas le nom de mon garçon sur sa liste, a choisi de ne pas le garder dans son cours. Pédagogie, épanouissement, le solfège c'est ludique, ce n'est pas une punition qu'ils disaient... 
Je bouillonne, j'écume, je fume, j'embarque ma petite fille (une sorte d'assurance vie), je retraverse la ville en version accéléré. Je vais me faire le dirlo direct, à la mexicaine ou version OK chorale Corral, lui dire ce que je pense du foutoir complet qui règne dans son établissement prétentieux. Une clé de sol peut être mais une clé de bras c'est sûr, une bonne soufflante et on verra bien où finira le trombone à coulisse...
La secrétaire m'attend avec mon garçon directement sur le parking comme s'il avait fait une connerie. C'est le monde à l'envers! En fait, c'est stratégique. Au téléphone, elle a senti que j'étais passé en mode bourrin énervé et elle veut me tenir à l'écart des bureaux où ses chefs doivent être en train de peaufiner leur "Air organisation" en jouant aux cartes. Elle est très gentille, bli bli bla bla, je vois bien qu'elle essaye de m'entourlouper version flûte enchantée. Je la remercie de s'être occupé de mon fils, mais je ne baisse pas pavillon et demande à voir un responsable de suite, si tant est qu'il en existe un dans la boutique...
Je rencontre donc la responsable de rien à qui j'ai pu dire qu'elle faisait très bien son travail qu'il était lamentable de faire supporter le manque de professionnalisme de l'école à un enfant de dix ans, le tout sans gueuler comme un putois baryton, parce c'est bien connu, la musique adoucit les moeurs.
Elle me joue un concerto pour pipeau en adagio de toute beauté, et je quitte les lieux contrarié.

Passons. A force d'insister, miracle, les choses se sont finalement arrangées...
Il y a quelques jours, nous sommes donc retournés à la leçon de solfège du fiston. En attendant le début du cours avec lui, j'ai bien vu que ça n'allait pas fort. On s'est isolé, il a lâché ses larmes..., je lui ai expliqué que cette fois ci tout se passerait bien, qu'il avait une sacrée chance d'apprendre la musique. Un trésor inépuisable. Puis on y est retourné, il a vu un garçon qu'il connaissait, la prof est arrivée en retard, je suis parti rejoindre les filles dans la voiture.
Cette fois ci à la maison, j'ai pu finir tranquillement un Chili con carne, autre spécialité mexicaine, et le soir il est rentré avec un grand sourire aux lèvres. C'était bien!
Et en avant la musique!


jeudi 8 novembre 2012

Piscine et bonnet de bain

Ce n'est pas que j'adore ça mais pour occuper les enfants pendant les vacances scolaires, la piscine c'est pratique. 
La piscine pour moi c'est le souvenir des séances scolaires à l'école primaire dans une piscine gelée version soviétique, un bassin trop profond, une eau trop froide, un moniteur blasé avec sa perche qui lui sert autant de bâton que de soutien, c'est tasse sur tasse, grelotage permanent au bord du bassin, les costauds qui coulent les gringalets, les cabines humides, froides et un peu sales, les chaussettes péniblement enfilées sur des pieds encore trempés, les cheveux mouillés en sortant dans l'air frais, le retour en bus et cette écoeurante odeur de chlore qui imprègne ton corps pendant des heures malgré la douche... Le seul truc drôle c'était bien entendu de voir la maîtresse ou le maître en maillot de bain, ce qui avait pour effet de changer définitivement le regard qu'on pouvait porter sur eux... certains perdaient un peu de leur belle autorité dans ce plus simple appareil. 
Sinon, je me demande bien qui a appris à nager grâce à l'école... 
Bref, quand je vais à la piscine j'ai un peu l'impression que je vais me baigner dans un chiotte... Ceci explique sans doute que je n'y vais pas souvent.
Avant de m'y rendre, je vérifie les horaires d'ouverture. Je ne sais pas pourquoi mais une fois sur deux, lorsque je veux y aller, elle est fermée pour réfection des bassins ou entretien annuel... Bon là c'était ouvert.
J'étais donc chez moi en train de me préparer mentalement à me cailler les miches pendant plus d'une heure, lorsqu'un éclair de lucidité me transperça. Bonnet obligatoire! Oui, depuis quelques mois le  port du bonnet de bain est  à nouveau obligatoire, comme quand j'étais enfant. Depuis la multiplication des piscines ludiques, cette contrainte avait disparu, et voila qu'elle refait surface. Les cheveux perdus  dans l'eau boucheraient des canalisations, des filtres et seraient à l'origine de coûteux dysfonctionnements...
Nous voici donc à la piscine "Aquasplash" devant le distributeur automatique d'accessoires où j'ai le choix entre des bonnets en silicone vert et des bonnets en tissu rouge. Pour une raison que je ne m'explique pas, il est hors de question de couvrir ma tête d'un bonnet en tissu. Enfin si, j'ai trouvé une photo qui résume bien mon blocage!
Mais le vert manque d'élégance... J'y regarde à deux fois pour voir si dans une des cases, il n'y a pas un bonnet bleu ou orange ou au pire noir. Mais ils sont tous verts... Je me lance, au moins c'est en silicone, exit le modèle de torture en plastique qui t'arrachait les cheveux quand tu voulais le visser sur ton crâne!
Avant d'aller nous changer, depuis le balcon qui surplombe les bassins, nous jetons un coup d'oeil sur l'affluence et c'est un spectacle haut en couleur qui s'offre à nos yeux. Des dizaines de têtes colorées gigotent dans l'eau et égayent cet univers d'habitude tristounet. Avec un peu plus de monde encore, on pourrait imaginer un tableau de Signac ou de Seurat. Sinon, je trouve ça très amusant que tout le monde soit logé à la même enseigne du ridicule...
Enfin non, à y regarder de plus près, tout le monde ne porte pas le bonnet de la même façon. J'opte pour le port au ras des sourcils qui couvre les oreilles. L'avantage est que le brouhaha qui règne dans ce lieu bruyant est considérablement atténué. L'inconvénient est qu'au bout de cinq minutes j'ai le lobe des oreilles scié en deux, et ça fait mal. Enfin le bonnet accentue la forme oblongue de mon visage, c'est assez drôle. J'ai l'impression d'être une sorte de missile, un obus. Non, en fait je ressemble à s'y méprendre à un suppositoire à l'eucalyptus!!
Allez hop, courage je franchis le pédiluve en regrettant de ne pas savoir marcher sur l'eau, et je me jette dans la fosse à microbes, toujours un peu fraîche à mon goût. Tout en surveillant mes enfants, j'observe la foule et je me régale.
C'est un défilé permanent de tête de glands, de crânes d'oeuf plus ou moins proéminents et déformés en fonction de la quantité de cheveux censée être cachée... Je dis censée car dans le style le plus hilarant à mes yeux, il y a le port "kippa" ou "calotte", vous voyez, le bonnet qui est remonté sur le haut de la tête, plissé, et qui tient encore par je ne sais quelle opération du Saint Esprit...
Je ne vous parle pas du kit "lunettes plus bonnet", oreilles décollées option morve au nez qui peut parfois ficher la trouille.
J'ai même vu une dame d'un certain âge avec ce modèle vintage fleuri que je pensais introuvable!

Quand au choix de ma mère de porter dans les années 80 le modèle à picots, je ne me l'explique toujours pas... Plus de sensations dans l'eau parait-il!
Je vous passe une mauvaise chute de votre serviteur sur une sorte de trampoline aquatique pour faire sauter les enfants qui me vaut une douleur persistante aux cervicales (le bonnet de bain n'a rien protégé!) et vous aurez eu une idée d'un après midi de vacances haut en couleur au pays du couvre chef en plastique...