mardi 3 février 2009

Les voyages forment la jeunesse...

Je me souviens d'un voyage d'étude au Pays où les gens conduisent à gauche. Pour ceux qui suivent, ça doit se passer à l'époque du pantalon écossais...
Un départ sous la pluie. A l'arrière de la voiture familiale mon frère et mes soeurs se sont comprimés pour accompagner leur aîné.
Nous arrivons à  Roscoff et ses façades de pierres grises. Mon regard se perd sur le paysage austère qu'offre à la mer cette ville portuaire. Sa gare maritime apparaît sous un ciel sombre, comme chargé d'angoisse. Le vent souffle fort. C'est l'été...
Mes yeux sont déjà un peu humides. Je m'acclimate, semble-til. Premier spleen. 
J'aperçois la silhouette massive du Ferry qui, dans quelques instants, m'emportera loin de chez moi pendant trois semaines. Un flot ininterrompu de voitures pénètre ses entrailles. Ce monstre de métal semble les digérer aussitôt et crache par ses cheminées une fumée si noire que le gris du ciel semble s'éclaircir. Pas vraiment rassurant.

Mes parents souhaitent que je dépasse le stade :  "Where is Brian? Brian is in the kitchen!". J'ai de la chance mais sur le moment, j'ai bien du mal à m'en persuader. J'ai plutôt l'impression d'aller au casse pipe sur une mer déchaînée. "Ce n'est rien, mon coco, il faut juste traverser le Channel!" Je dois me débrouiller comme un manche pour que l'on m'oblige à la traverser dans ces conditions... 
Alors que je récupère mes affaires dans le coffre de la voiture, je ne peux retenir mes larmes plus longtemps et j'éclate en sanglots. Mes cuisses de grenouille ne parviennent pas à soutenir le poids de mes tourments. Le frère aîné perd un peu de sa superbe.  
Ce trop plein une fois libéré, je rejoins le groupe de jeunes gens de bonne famille avec lesquels je vais séjourner. J'essaie de faire bonne figure. 
Enfin, le bateau s'éloigne laissant la triste ville et ses pâles lumières s'éteindre rapidement dans la nuit tombante. Je vogue vers de nouvelles aventures, le vague à l'âme. Dans le sillage bouillonnant s'envole l'écume de mes jours d'insouciance.
Je suis secoué mais la séparation est faite et je reprends pied petit à petit malgré la tempête au milieu d'une équipe de jeunes ados où cela fanfaronne dur pour masquer les émotions. J'observe ça et là les dégueulis qui égayent la moquette bleue délavée du navire. Résidus d'angoisse à l'odeur tenace. Une drôle de crème anglaise avec des morceaux dedans... Je suis heureux de n'avoir pas succombé au mal de mer. J'ai le pied marin, c'est déjà ça!
En parlant de crème anglaise, une anecdote me revient. Je loge chez Mr and Mrs Reginal JORDAN, sympathiques citoyens britanniques qui ne partagent pas le repas du soir avec moi... Je mange donc seul devant la télé. Un soir, après une énième plâtrée de beans, j'hérite en guise de dessert d'une volumineuse coupe de jelly goût banane. Je goûte. Ce n'est pas mauvais du tout. Je regoûte et retrouve soudain tous mes esprits : c'est terriblement écoeurant! Je n'insiste pas sur la consistance, ni sur la couleur spermique du mélange... Je n'en peux plus. Que faire? Je ne suis pas assez courageux pour dire à la petite dame que sa spécialité est tout simplement dégueulasse et trop honnête pour lui raconter un bobard sur la fragilité de mon estomac. Mais je suis rusé... En un clin d'oeil je superpose trois kleenex sur la table et dans un élan d'inconscience j'y verse l'infâme contenu. Je referme le tout tant bien que mal et glisse prestement le paquet mou dans ma poche. Direction les toilettes. Je passe l'air de rien devant la cuisine où s'affaire mon hôte. Ma démarche doit manquer de naturel, gêné que je suis pas cette protubérance qui menace d'exploser à tout moment. Mais, j'arrive sans encombre aux Water-closets situés à l'étage. J'extirpe délicatement la chrysalide de ma poche. Elle est miraculeusement intacte! Je la jette à l'eau, je tire la chasse et la vois disparaître dans un tourbillon. Quel soulagement! Ni vu ni connu, je reprends sagement ma place devant la BBC avec le sentiment du travail bien fait.
"Where is Brian? Brian is in the toilets!"
Cette nuit là, je me réveille en sursaut. Je rejoue la scène mais tout ne se passe pas comme prévu... Je rêve que le tuyau d'évacuation des toilettes est transparent et qu'il passe dans la cuisine où ma mémère anglaise fomente son prochain attentat culinaire. C'est donc incrédule qu'elle voit passer sous ses yeux son dessert gluant artisanalement momifié. Quand, à mon retour des toilettes, je repasse devant elle avec mon air innocent, elle m'attrape et me demande droit dans les yeux si je veux encore un peu de dessert. Je comprends qu'elle a découvert mon stratagème. J'ai la nausée, je suis fait comme un rat pris au piège de l'incident diplomatique. Je viens de vivre mon propre Waterloo.
Je garde aussi d'autres souvenirs : 
Les sourires des filles. Des cours de langue encore un peu trop abstraits, à mon grand désespoir. La découverte d'une certaine liberté. Les appels téléphoniques à la maison au cours desquels j'ai tant de mal à contenir mes émotions. Les lettres de soutien de mes parents et frère et soeurs à qui j'avais du faire tant pitié le jour du départ! Je les ai relues il y a peu.
Au retour, j'ai offert à mes parents des bonbons anglais ... made in France!!!
Acte manqué au pays de Shakespeare.

21 commentaires:

Sophie a dit…

Ah les séjours linguistiques...
Ai pris ma première cuite, à la vodka orange, à Oxford à 16 ans ! (je n'aime pas la bière...)

Louise a dit…

ah les voyages en ferry : ses anglais démâtés accoudés au bar quand tout le monde vomit autour.

et puis la jelly (elle se présente en cubes avant préparation; Si si, cela requiert une préparation ! Mais c'est un tout petit peu meilleur avant la préparation), le mince mint et enfin, comble du chic en matière de préparation culinaire : le toast recouvert de mini spaghettis à la sauce tomate ; pour préparer ce savant plat, il suffit d'ouvrir la boite de pâtes (toutes prêtes, c'est bien meilleur) de verser délicatement sur le toast (mou de préférence) et hop au micro-ondes !

Qui n'en veut ?

Françoise a dit…

Je me souviens bien de mon premier voyage en Angleterre j'en suis tj aussi malade

Mr SuperOlive a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Mr SuperOlive a dit…

@ Sophie : Depuis je suis sûr que tu préfères la bière!

@ Louise : Beurkkk, j'me sens pas bien! Dis moi, tu as l'air d'en connaître un rayon sur toutes ces saloperies IMMANGEABLES pour english???? Ca m'inquiète.

@ Françoise : Toi aussi! Ma parole ils nous ont retourné l'estomac nos amis d'outre Manche! Veni Vidi Vomit...

mariathins.blogspot.com a dit…

Excellent Mr Oliver!
Séjour chez Jeff et Janet Bridges.
I do remember the horrible green peas in my plate. What a pity!
Mieux encore, ce que j'ai un jour pris pour du Nutella (un miracle???)et qui s'est avéré être une immonde marmelade à la... viande, servie au ptit déj, of course!Combin de toasts ont terminé à la poubelle dès que notre chère Janet avait le dos tourné. Shame on me! Quid des pique-nique peu digestes au milieu desquels trônait le fameux pudding anglais.
Vive la France!!!!

Louise a dit…

ah oui ! plusieurs voyages en Angleterre chaque année grâce à une maman prof d'anglais, ça forme la jeunesse !

J'en ai fait des séjours chez mes correspondantes ... trop ?

christèle a dit…

Y'a pas à tortiller on doit avoir grosso modo le même âge (rapport au pantalon écossais), alors forcement j'ai aussi eu droit au séjour linguistique. La chose m'ayant le plus marquée, c'était...les haricots tomate au petit dej. Je ne dois pas être normale mais j'ai bien aimer ça :).

DdM a dit…

Ca rappelle des souvenirs ! Sauf que moi, tu vois, ils n'ont même pas réussi à m'avoir avec leur abominable jelly (à la fraise, pour ma part, et mes hôtes me regardaient manger ça, l'air amusé... un souvenir qui n'a pas loin de 20 ans, mais je m'en rappelle comme si c'était hier !), et j'ai fini prof d'anglais !!!

Mr SuperOlive a dit…

@ Mariathins : Un vrai cauchemar ton truc à la viande!!!

@ Louise : Tout s'explique!

@ Christèle :Je t'avoue que quelques années après, en vacances, j'ai testé les haricots tomate dès le matin, et que j'ai moi aussi apprécié! Je crois que la veille j'avais un peu bu!

@DdM : Tu aimes toujours ça la jelly fraise??

Anonyme a dit…

un petit retour en arrière, voyage scolaire linguistique au Pays de Galles,en 10/1988, tempête pour le retour, 18 heures sur le ferry "Le Bretagne" au lieu des 8 heures prévues, évidemment nos bourses d'écoliers n'avaient pas prévu de budget particulier pour financer un quelconque repas sur le bateau, pas plus que l'école n'avait débloqué le moindre peny, ni la britanny, du coup, certains d'entre nous connaissaient des vomissements de sang, vraiment apocalyptique !!!une semaine en immersion chez la famille de mon correspondant, superbe accueil, mais je dois reconnaître que mon anglais était (déjà à l'époque) plus que lamentable, mes parents m'avaient transmis des crêpes made in lesneven pour les remettre à mes hôtes grands bretons, résultats des courses - et je vous jure que c'est vrai, ils ont fini dans la machine à laver, les parents de mon correspondant avaient compris que c'étaient des mouchoirs...j'ai toujours pas compris pourquoi. je vous laisse et ne vous raconte même pas mon voyage dans la péninsule ibérique, @+ Lolo29

Mr SuperOlive a dit…

@ Laurent : Quel fou rire avec ton histoire de crêpes!!! J'aurais presque eu besoin d'un mouchoir pour effacer quelques larmes! Extra! à bientôt amigo

Lenia a dit…

ah tu réveilles pleins de souvenirs...

Mon premier voyage linguistique pour moi c était l Allemagne.

Mon premier souvenir qui me vient ? 4 Punks qui voulaient sortir d un parking... mais vu qu une autre voiture genait la leur ... ils ont déplacé la voiture genante en la portant... premiere image de l Allemagne en solitaire et aussi ma premiere phobie : le Punk

Cédille a dit…

Oh My God, comme ce voyage est bien sage et conventionnel ! Pas de petites anglaises au menu ?

charlemagnet a dit…

et ces fameux cours de langue alors? des progrès ou pas...?

Mr SuperOlive a dit…

@ Lénia : Je ne comprends pas cette phobie du Punk et de son élégance légendaire... En tout cas, le punk allemand semble être bien élevé et pragmatique car il se contente de déplacer la voiture. J'ai comme idée que dans la même situation le punk français aurait d'abord défoncé la caisse puis l'aurait déplacé son cadavre...

@ Cédille : Tu penses bien que ça me démangeait, mais je n'avais pas compris comment m'y prendre. Bon, je fais le difficile aujourd'hui mais les anglaises ne sont pas les plus charmantes à mes yeux!

@ Charlemagnet: Zéro progrès cher Monsieur! Aucun travaux pratiques, même pas une ébauche, que dalle, pépin, nada, morne plaine...Rien que d'y penser je suis encore énervé de ce néant linguistique!

Merci à tous pour vos commentaires, et bon week end!!!

Jeanne a dit…

Un joli billet qui me rappelle plein de choses , des odeurs de pétrole , d'alcool , sur les Ferries , c'est très particulier ces voyages , bretons et normands , on connait
Quand à la fameuse gely , mon dieu , j'ai cru mourrir quand un jour on me mit ça sous le nez
sympa ce blog , pareil , je reviendrai , et j'y retrouve Louise et Charl , tiens donc !

Aude Nectar a dit…

Ca me rappelle les miens de séjours linguistiques, la gélatine anglaise, les sandwichs jambon confiture préparés par ma mère d'accueil, les excursions avec les jeunes français et les plans dragouille, c'était sympa.
Sympa aussi de revivre ton voyage bien raconté !

fanette a dit…

Oh, c'est super émouvant, ton texte, je trouve... La difficulté des séparations... Un sentiment que je ne connais pas, enfin pas comme ça...

Mr SuperOlive a dit…

@ Jeanne : Merci à toi, tu es la bienvenue. Des souvenirs ravivés, j'adore!! see you!

@ Aude : Jambon confiture!!! Et bien je vois que j'ai peut être échappé au pire finalement!! à bientôt

@ Fanette : Content de te revoir, j'avais perdu ta trace mais le monde est petit par ici! Tant mieux. Merci pour ce gentil mot.

Katy- a dit…

Brian of course !!
Tout pile today, j'ai demandé à mes collègues comment s'appelait le mec dans nos bouquin d'anglais étant gosse ! Moi je disais Peter mais ils m'ont repris en coeur sur le Brian !
Evidemment nous avons rejoué tout le bouquin, "in the garden, in the kitchen"... :)