mardi 11 novembre 2008

Un jour d'automne

Aujourd'hui séance jardinage. Ramassage de feuilles dans le jardin détrempé en compagnie de la petite troupe armée de bonne volonté. S'il est agréable de pouvoir s'aérer entre deux averses, passer le râteau est un peu monotone. Enfin, c'est une activité de saison et la pelouse est propre. Dire qu'il faudra recommencer la semaine prochaine! Car il reste encore quelques feuilles dans les chênes qui bordent mon terrain.
Certaines s'accrochent encore aux branches en ce jour de commémoration de l'armistice de la première guerre mondiale. Aucun rapport me direz-vous. Moi, j'y vois comme un symbole en ces temps ou l'on se demande s'il ne faut pas diminuer ces jours fériés pendant lesquels on ne fait rien mais où l'on se souvient. C'est déja bien, non?
Revenons à mes feuilles, enfin à celles qui tiennent toujours dans leur arbre. Leur avenir est inéluctable, comme le fut celui de nos soldats de la Grande Guerre, malgré leur envie de vivre.
L' instinct de survie. Ne pas lâcher, rester encore un peu le nez au vent, malgré le froid et la pluie. Vivre encore un peu avant d'atterrir quoiqu'il arrive sur le plancher des vaches, recroquevillés en chien de fusil, tranchés en deux, serrant fort une vieille branche, criblés de balles, le nez dans la gadoue. Profiter du moindre instant et lutter encore malgré la mort qui rôde, omniprésente.
Lutter pour ne pas se laisser emporter par la bourrasque qu'elle vienne du ciel ou du souffle des canons. Ne pas terminer entassés au fond du sac du "jardinier" qui tel un croque mort ramasse la vie au râteau, balayant tout sur son passage, impitoyable. Rester pour témoigner, pour nous aider à nous souvenir qu'il y a peu de temps encore, de la sève et du sang coulaient dans leurs nervures et leurs veines pour leur donner vie.
En vain.
Une vie envolée, volée en l'espace d'une saison. Le temps d'une jeunesse, trop courte évidemment.
Se souvenir de l'histoire malgré le temps qui passe. Se souvenir de nos chers arrières et grands pères. Chair à canon aussi.

Mourir pour la Patrie, ça veut dire quoi pour nous? Je cherche des réponses. Eux ont dû passer à l'action.
Plus aucun poilu pour témoigner des ces horreurs. Vous me direz, les poils c'est ringard de nos jours. Même les mâles s'épilent la face et le reste aussi, c'est tout dire de nos préoccupations...

C'était un bien triste jour d'automne finalement.

7 commentaires:

Aude a dit…

Pauvres poilus...des petits jeunes, si jeunes que de poils ils n'en avaient que trois au menton, quittant en chantant leur famille, leur village, pour se retrouver bouffés par la vermine, affamés, apeurés au fond de leurs tranchées boueuses...tout ça pour quelle cause à deux balles ? Qu'est-ce que c'est con la guerre, déchirer des familles pour assouvir les soifs de pouvoir ou d'orgueil de chefs d'états planqués.
Ca me tue (c'est le cas de le dire).

Kris a dit…

"Mais maîtresse, pourquoi ont-ils remis ça en 39 si c'était aussi horrible?"
"Maîtresse, tu crois que la Guerre mondiale, elle peut revenir?"

Le devoir de mémoire, c'est indispensable. J'ai participé avec ma classe à la commémoration du 11 novembre. Ce qui les a le plus touchés, ce sont les pupilles de la Nation et les lectures de lettres. Et pourtant ils n'ont que 10/11 ans (blacks, blancs, beurs)...

Nana a dit…

Quelle bien jolie note d'automne toujours...

christèle a dit…

Les écrits émeuvent bien sur, mais quand on évoque ce massacre, je dois avouer que c'est une photo qui me viens à l'esprit.
Cette photo est celle d'un arrière grand-oncle, trouvée dans les affaires de ma grand-mère.
Il est là, sanglé dans son uniforme, beau comme un dieu, et il n'est jamais revenu...

Bridget a dit…

Souvenirs de saison et spleen des feuilles mortes. Très belle et juste note !

Marie a dit…

Tu sais que tu écris très bien toi!

Mr SuperOlive a dit…

@ Toutes : merci beaucoup pour vos commentaires forts sympathiques! à bientôt