
Ce week-end mon petit frère va avoir 30 ans!
Évidemment j'ai repensé au mien d'anniversaire de 30 ans. Et j'ai eu un beau cadeau :
un saut en parachute!J'en avais glissé l'idée à ma femme. Vous savez le genre de propos qu'on tient puis dont on
espère secrètement qu'il sera oublié. Moi j'avais dit ça un peu sur un coup de tête, pour l'impressionner. Bon le fait est qu'elle a une bonne mémoire. Je l'avais bien cherché. En réalité, derrière tout ça il y avait une sorte de défi personnel, et une question en
filigrane :
30 ans, toujours au top?Dans la symbolique, le rêve
d'Icare exprime les dangers de l'orgueil des hommes...
Comme mes potes sont
sympas, ils ont décidé de faire le grand saut avec moi.
Ça réconforte d'être à plusieurs dans la même galère. Ce qui est con c'est d'avoir choisi de se
foutre dans cette situation. Ce qui est con aussi, c'est qu'à
plusieurs c'est impossible de se dégonfler, on a sa fierté!
Au total nous sommes 5, dont une courageuse.
Après une bonne heure de route pendant laquelle ça fanfaronne pas mal, excitation oblige, nous arrivons à l'aérodrome de Vannes-
Meucon (56). Nous avons réservé un
saut en tandem (faut pas déconner non plus) dont voici les
caractéristiques : on monte à 4000 mètres (quand même), on saute avec un professionnel qui dirige les opérations, chute libre pendant 3000 mètres, puis ouverture du parachute (si tout va bien...) et enfin
atterrissage. Le stress monte d'un cran quand la jeune fille qui nous inscrit nous demande si on veut souscrire à l'assurance... au cas où.
Non merci mademoiselle, je compte pas y rester!Ensuite un moniteur nous explique le déroulement du saut. On s'allonge

sur de larges planches à roulettes pour une répétition des consignes en vol (en gros c'est bras écartés et
genoux légèrement pliés). L'étape d'après consiste à enfiler une combinaison intégrale de couleur "
flashy". Une question
m'effleure l'esprit :
pourquoi ces couleurs vives? Y aurait-il un club de ball-trap à côté?! La gaudriole masquerait-elle une certaine appréhension? On m'affuble également d'un casque mou (si si ça existe, la preuve) et de protège lunettes. J'ai un look d'enfer, la combinaison est moulante à souhait, le casque met en valeur mon crâne d'obus. Avec ça j'ai une bonne tête de gland...
Bien sûr, ma femme est présente (pour ramasser les morceaux) pour assister à ce moment de bravoure que va dignement affronter son homme...
Malgré cette présence motivante, petit à petit, mon trouillomètre montre ses premiers signes d'activité.
Il fait beau, on regarde les premiers décollages de "notre" avion. Il a une vraie gueule, c'est un
Pilatus PC6 Porter.
L'avion se livre à un ballet impressionnant. Il décolle aussitôt les amateurs de sensations fortes embarqués et monte en flèche vers les cieux, pour en redescendre en quasi piqué. Le rythme est soutenu. Il atterrit au moment où les premiers habitués de la chute libre qu'il vient de larguer, posent déjà leurs pieds sur la terre ferme!
Pour l'instant j'observe le ciel bleu. Mais on ne voit pas l'avion quand il est à 4000m. Soudain, on distingue par intermittence des points lumineux qui filent à la vitesse de l'éclair. Puis d'un coup, une tâche colorée
apparaît lorsque le parachute s'ouvre enfin.
Après je ne me souviens plus
précisément de ce qui s'est passé autour de moi. Je sais juste que mon adorable beauf a voulu y aller en premier. A son retour il nous livre
rapidos ses impressions, il a eu la trouille, son regard est un peu ailleurs (il a du mal à redescendre sur terre sans doute...), c'est un
truc de dingue nous
dit-il. A ce moment précis, je partage parfaitement son analyse sur le truc de dingue.
Puis c'est à mon tour. Je découvre mon instructeur au dernier moment. Je pense qu'il n'a pas loin de 65 ans (je ne déconne pas)! Il a de l'expérience, c'est sûr! C'est un ancien
militaire chez les "paras" et ça ne plaisante pas! Mais une CERTITUDE statistique me hante l'esprit depuis l'instant où j'ai pu mettre un âge sur le petit bonhomme. Ben oui, ce papi a bien plus de chance de faire un infarctus que l'autre mono qui est un jeune homme. Trop tard, on y va, un dernier coucou à ceux que j'aime et on grimpe dans la carlingue de l'avion. C'est parti!
Avec moi, il y a "
Pitch", la copine de mon
fréro. Elle arbore toujours un grand sourire d'habitude. Je la regarde mais je n'aperçois ses dents blanches qu'à l'occasion de rares sourires forcés. Comme elle, mon trouillomètre s'est
méchamment emballé. L'avion grimpe fort en décrivant une longue spirale. Je vois le sol qui s'éloigne et je respire mal. L'ambiance est lourde. Sans le bruit du moteur, on entendrait une mouche voler. Soudain je sens mon pépé parachutiste s'approcher de moi par derrière...
gloups. Il nous attache solidement l'un à l'autre (
regloups), enfin je l'espère car je ne peux pas le vérifier. Puis l'avion coupe brusquement les gaz et il retrouve une assiette proche de l'horizontale. On est à 4000m, les maisons sont de la taille d'un timbre
Poste et on aperçoit au loin le Golfe du
Morbihan.
Ça va être l'heure de vérité et mon coeur s'emballe un peu plus encore. Un parachutiste expérimenté fait coulisser la portière, un souffle d'air envahit l'habitacle. Ni une ni deux il saute et disparaît, aussitôt happé par le ciel. C'est hallucinant la vitesse avec laquelle il s'éloigne. C'est à mon tour! On se déplace péniblement à deux pour s'approcher de la porte béante. J'ai l'impression que le papi me téléguide car je n'ai pas vraiment hâte d'y aller. J'avais oublié de vous le préciser, mais il y a déjà un type dehors accroché à l'aile, une caméra sur son casque. Il me filme. C'est un vrai
cauchemar, mon trouillomètre a rendu l'âme depuis quelques secondes. J'ai toujours eu le vertige et je pendouille dans le vide, mon pépé de frère siamois fait encore le lien avec l'avion. Avant d'y aller, il me tape sur l'épaule pour que je pense à sourire au
cameraman. Tu parles! Pas envie de jouer la comédie, j'ai la gueule d'un condamné à mort sur
l'échafaud.
Point de non retour. Et c'est parti pour une chute libre d'environ 3000 m qui va durer 50 secondes (20 secondes de plus et c'est la tapenade, célèbre purée d'olive)!
Après quelques vrilles et loopings désordonnés, on se stabilise. La vitesse de croisière est proche de 200km/h. Au moment du saut, j'ai cru que mon coeur allait exploser. Quant à celui de mon pépé accompagnateur, j'aurais la preuve de sa bonne santé quand il aura ouvert notre toile. Les sensations sont indescriptibles mais il y a une vraie violence. Je n'ai pas franchement l'impression de voler mais plutôt d'être plus que jamais soumis à l'implacable loi de la pesanteur. Je mesure la gravité de la situation.
Enfin, le parachute s'ouvre sans encombre. Papi n'est pas venu alimenter les statistiques de la crise cardiaque en plein vol. A présent c'est une douce promenade, le stress retombe et l'atterrissage est une formalité.
Je remercie mon papi comme j'aurais pu le faire de celui qui m'a mis au monde ou sauvé la vie. J'ai l'impression de revenir d'un truc unique.
Unique c'est le mot, je pense que je n'y retournerais pas, mais ça vaut son pesant de sensations extrêmes et inoubliables.
Voili voilà, c'est fait.
Bilan des courses :
- 30 ans et moyennement au top!
- Nous avons tous mal dormi la nuit d'après en revivant cette expérience pendant notre sommeil.
- Ma mère a eu pitié de moi quand elle m'a vu sur la vidéo au moment où je saute de l'avion (quand le cameraman voulait m'extraire un sourire!).
- Ma femme m'a dit que pendant mon saut mon fiston lui avait demandé si papa était dans le ciel... Prémonition dramatique? Non juste terre à terre le fiston!
Moralité : courageux mais pas téméraire!