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jeudi 20 janvier 2011

Souvenirs bucoliques et autres histoires de pot au lait


J'ai passé toute mon enfance dans un petit quartier de campagne, à proximité d'une ville moyenne. Quelques maisons abritant des familles avec de jeunes enfants, des champs, des vaches, du calme entouré de plusieurs petites fermes. 
J'ai de bons souvenirs de cet endroit où mes parents vivent toujours.
J'y ai découvert le monde agricole avec le taciturne Mr Sizorn qui nous embarquait sur la remorque de son tracteur pour aller couper du maïs aux champs. Il n'avait pas d'enfant, ne disait pas grand chose, mais sur son visage buriné on pouvait lire toute la gentillesse d'un homme simple. Sa casquette grise vissée au crâne et la clope au bec, il conduisait son modeste tracteur rouge et gris avec une assurance qui m'impressionnait. Assis à l'arrière de la remorque, je regardais défiler les chemins de terre, respirant l'air breton et goûtant avec délice à ce parfum de liberté. Je me souviens de son petit rire amusé face aux questions naïves de l'enfant curieux que j'étais. Je l'aimais bien.
Mais dans ce paisible quartier j'ai aussi eu la trouille. Notamment lorsqu'il s'agissait, les soirs d'hiver, d'aller chercher le lait frais à la ferme des Sizorn. Elle n'était pas très éloignée de notre maison mais lorsqu'il fallait faire ce trajet, seul dans le noir (après avoir sans doute un peu trop traîné sur mes devoirs), je n'en menais pas large! La première étape consistait à grimper une côte avant de bifurquer sur la gauche à angle droit. Sur la droite en haut de cette petite colline, il y avait une autre ferme tenue par un homme veuf et son fils, les Cochard (un nom à coucher dehors, je vous l'accorde). Personne n'osait trop s'y aventurer, même en plein jour, d'autant que les deux énergumènes, chasseurs énervés et maladroits, avaient une fâcheuse tendance à noyer leur solitude et tout le reste dans l'alcool. Tout ça va de pair me dire-vous, on est en Bretagne! 
Un jour que ma mère nous ramenait de l'école dans sa Renault cinq orange, nous trouvâmes devant nous sur la route le fiston en fâcheuse posture. Il était monté sur un cyclomoteur mais avait toute les peines du monde à dompter sa Motobécane bleue. Il zigzaguait de façon incroyable, embrassant les bas côtés, balayant la route dans toute sa largeur, le tout au ralenti, à la limite de la rutpure. J'étais sidéré par un tel spectacle digne des meilleurs équilibristes! Lorsque ma mère finit par trouver l'ouverture et réussit à le doubler avec précaution, je fus soulagé et je me retournai aussitôt pour ne pas perdre une miette du spectacle. Le final fut à la hauteur. Perturbé par le déplacement d'air (ou ébloui par la couleur orange vif de notre Titine) notre héros imbibé s'en alla aussitôt et en douceur dans les décors, sous nos regards médusés! Bref.
Cette ferme délabrée restait donc un mystère, bien gardée par quelques chiens agressifs qui aboyaient bruyamment lorsque je passais à proximité. Je craignais en silence que l'un d'entre eux s'échappe pour se faire un délicieux dîner de mes mollets de coq. Mon autre crainte était que l'un des deux poivrots, à l'affût, me confonde avec un faisan égaré, et me fasse l'offrande d'une giclée de plomb dans le postérieur. Pan!
Ensuite, la route longeait d'épais cyprès, agités par le vent, d'où je m'imaginais voir surgir je ne sais quelle créature mal intentionnée. Pour me rassurer, je tenais fermement le pot de lait en plastique translucide, prêt à m'en servir comme d'une arme redoutable... et j'accélérais le pas.
Enfin j’apercevais un peu de lumière à l'approche de la ferme. Sauvé!
Derrière la porte coulissante de l'étable, les vaches attendaient la traite côte à côte en mâchouillant paisiblement leur repas du soir. Il régnait là une odeur un peu aigre d'excréments mais la chaleur animale était plutôt rassurante. Mme Sizorn, n'était jamais loin et venait à ma rencontre pour remplir mon pot d'un lait tiède et crémeux à l'aide d'une grande louche qu'elle plongeait dans une profonde cuve ronde en inox. Non sans un certain à propos, cette brave dame se plaignait souvent que tout allait de mal en pis... Elle arborait toujours une magnifique blouse à fleur dans les tons bleus et elle avait un tel accent que je me demandais bien d'où elle pouvait bien venir. En fait, c'était moi l'étranger!
Alors, je repartais dans le noir, encombré de ce récipient rempli d'un lait que je n'aimais pas trop, veillant à ne pas courir trop vite pour éviter la chute. 
Depuis, Mr Sizorn est mort, la ferme a été vendue, Adieu veau, vache, cochon... comme dit la fable.
Aujourd'hui dans les champs environnants il y a des chevaux... Tagada, tsoin, tsoin!
Bon, en parlant de chute, celle là est un peu désinvolte, pour ne pas dire cavalière.

lundi 18 janvier 2010

Intermède culinaire : Les endives au jambon ou l'ôde au chicon

Ma mère est une excellente cuisinière. Je sais, tous les fils disent ça de leur mère, mais la mienne a réellement du talent. Il faudra un jour que je rende hommage à son savoir faire.
Certaines recettes sont notées sur des fiches manuscrites, toutes les autres sont dans sa tête. Elle partage volontiers ses secrets et quand on lui demande comment faire, elle répond : "C'est facile, il n'y a qu'à...". Et c'est parti pour trois plombes!
Quand elle cuisine, elle a un indicateur de qualité plutôt inquiétant pour ceux qui ne la connaissent pas. Plus elle dit que c'est raté, meilleure est la recette.
Il y a toutefois un plat qu'elle n'aura pas réussi à me faire apprécier : Les endives au jambon. Sans doute réussissait-elle la recette à la perfection!!

Chaque fois c'est le même piège! On se laisse avoir par le magnifique doré du gruyère gratiné qui crépite à la sortie du four. Sous cet appétissant napage, on ne distingue pas encore le teint gris verdâtre du chicon cuit, et on se précipite... Mais à peine la première bouchée avalée, c'est l'horreur. Un choc à vous couper la chique! Un autre indice infaillible devrait nous alerter : l'endive rend de l'eau qui vient tapisser le fond de l'assiette dès qu'on la découpe. On est bien d'accord, ce n'est pas du jus, c'est de la flotte! Je ne sais pas vous, mais moi, je ne supporte pas de manger dans un verre d'eau!
J'ai encore le souvenir précis de cette amertume traînant sans fin dans mon palais, malgré les verres d'eau engloutis après chaque bouchée pour atténuer ce goût désagréable.
Un vrai  plat d'anglais!  Il est vrai que nos amis d'outre manche partagent avec les endives quelques similitudes. D'abord la même blancheur suspecte. Ensuite, ils sont toujours un peu raides et guindés par temps frais et se ramollissent dangereusement et perdent de leur tenue avec la chaleur...
J'arrête là cette mauvaise blague et je conclus d'un seul message personnel dédié au chicon belge : "Endive cuite je te conchie!"


Ps et message aux producteurs d'endives énervés : j'aime les endives crues!

vendredi 14 décembre 2007

Parade nuptiale ou un melon gros comme ça

C'était à l'occasion de mon voyage de noce. Nous nous sommes échappés en Grèce, ce magnifique pays que nous apprécions tant. Au programme, la découverte de deux îles des Cyclades. La première est très éloignée d'Athènes et peu fréquentée. Elle est magnifique et répond au doux nom d'Amorgos (quelques scènes du Grand Bleu y ont été tournées). Ensuite ce fut Paros, plus grande, plus touristique et moins charmante que la première.
Pour un séjour romantique, rien de mieux que la Grèce (antique)...
Et qui dit voyage de noce dit dîner aux chandelles en tête à tête. Nous y voilà.

Un soir, nous partons dîner dans un joli restaurant où nous nous régalons de tzatziki, de souvlaki, de kothropita, de moussaka et autres délices locaux. Nous sommes dehors, il fait bon, nous sommes beaux (surtout elle), les bougies vacillent sous de légers souffles d'air marin. Le bonheur absolu!

Arrive le choix du dessert. Pour moi c'est vite décidé car ma curiosité a été éveillée par d'énormes coupes colorées que j'ai aperçu sur certaines tables environnantes. Je demande toutefois des précisions au serveur qui m'explique que ce sont des "Melon surprise". D'habitude j'suis pas chaud sur le melon (et botte de cuir). Mais comme vous sans doute, j'adore les surprises. Banco, je sens que ce dessert est fait pour moi. Le serveur me précise que c'est un dessert pour deux, minimum. Ma femme ne semble pas séduite par la vulgaire énormité de ce dessert à partager. Elle a choisi quelque chose de plus fin et de plus discret. Ça lui ressemble bien. Le serveur me précise à nouveau que c'est du lourd, du king size, et que pour une personne ça risque de faire beaucoup. Qu'à cela ne tienne mon coco, tu es bien aimable, mais en face de toi, tu as celui qui se surnomme lui même "MisterSuperOlive", le seul, l'unique, capable de toutes les excentricités pourvu que le jeu en vaille vraiment la chandelle... Et pour le coup, le jeu est bigrement attractif! Je vous rappelle : voyage de noces, lune de miel et tutti quanti! Fais péter le dessert énorme Nikos, ça m'agace *. Tu vas voir de quel bois je me chauffe l'ami, j'ai de qui tenir (spéciale dédicace à mon papi Marcel dont je vous reparlerai sans doute un jour).
La belle assurance du jeune tourtereau en pleine parade nuptiale...

Le dessert arrive enfin. C'est un demi melon grec dont la chair est pâle mais sucrée et qui a presque le volume d'une pastèque. Lequel melon est rempli d'une dizaine de boules de glace aux parfums variés, recouvertes d'une montagne de crème chantilly. J'ai un doute quant à la présence d'un quelconque alcool pour arroser le tout. Toujours est-il que de près c'est assez impressionnant, malgré un évident manque de délicatesse. Un instant, je me dis que j'ai peut être fanfaronné un peu fort auprès du serveur, illustrant ainsi la célèbre arrogance du touriste français. Il nous quitte, un léger sourire aux lèvres. Aller hop, c'est parti, j'attaque la montagne par la face nord, méthodiquement, bien décidé à faire place nette.
Bon, j'ai mis un peu de temps mais je lui ai fait sa fête au "Melon surprise". Je suis fier comme un Pape, j'ai réussi ce défi idiot que je me suis auto lancé. En même temps je n'aime pas gâcher. Je m'autocongratule encore à coup de caresses sur la panse quand le serveur, quelque peu ébahi, vient constater que ce couillon de frenchy a ingurgité seul l'intégralité du monticule glacé. Je surprends un regard de sa part autour de la table pour vérifier qu'il n'y a pas eu de gaspillage. Rien de tout celà bien entendu. J'attends ses félicitations et l'annonce de l'homologation au Guiness Book. Hé mec, "I kill the Melon!" lui dis-je. En guise de réponse, il glisse un sourire compatissant à ma femme.
Nous quittons le restaurant et je commence à douter de l'effet séduction de ma stratégie. Je me sens lourd, mon estomac pèse une tonne, j'ai l'impression d'avoir mangé une enclume et le marteau avec. Ma démarche, comme le dessert, manque à présent d'élégance. Je pressens que je vais avoir du mal à me tortiller sensuellement auprès de ma belle.
Infaillible mais tardive intuition masculine...
Ben oui, j'avoue, j'ai été malade comme un chien. A trop vouloir faire le beau, j'ai passé ma nuit sur les toilettes à dégobiller ma connerie et mon stupide orgueil d'imbécile heureux. Une véritable débâcle! Le lendemain matin, après avoir bousillé le sommeil réparateur de ma douce, j'essaye de faire bonne figure. Je lui explique que j'ai été victime de l'héréditaire fragilité de mes organes digestifs. Ce n'est pas très glamour au réveil, je vous l'accorde, mais je cherche des explications à ce véritable désastre. Évidemment, elle est plus que sceptique, pour ne pas dire estomaquée par tant de mauvaise fois. Je frémis lorsqu'au petit déj', j'aperçois sur le buffet une assiette de melon qui semble me narguer genre c'est moi le plus fort. J'essaye de faire bonne figure mais j'ai le même teint vert pâle de cette saloperie de melon. Je propose avec le plus d'entrain qu'il m'est possible une excursion à la découverte des charmes cachés de cette île. Je suis encore "border line" mais ça va le faire, essaye-je de me convaincre.

Je conduis la voiture de location sur les petites routes tortueuses d'habitudes si amusantes. Bon je ne vous fais pas un dessin, mais le deuxième effet "melon surprise" (dont je redoutais l'existence) arrive très rapidement. Juste le temps pour moi de me garer en vrac au bord de la route, de passer la tête par la fenêtre et... je repeins la portière. Grande classe, distinction, élégance, raffinement, voila les qualificatifs qui me caractérisent le moins bien dans l'instant.

Retour à l'hôtel, penaud, livide. Direction le lit pour une journée méditation sur les thèmes : "Sans maîtrise, la puissance n'est rien / Vaut-il mieux être raisonnablement excessif ou excessivement raisonnable? / Je refuse, j'use ou j'abuse? / Se méfier des gros melons ..."
Et ce saloupiot de serveur qu'aurait quand même pu me prévenir!

Bref, une bien minable parade amoureuse.

Moralité : "Melon surprise killed me!" ou la vengeance est un plat qui se mange (puis se vomit) froid!

* A ne pas confondre avec le célèbre Star Académicien...

dimanche 2 décembre 2007

Le voyage organisé ou la touriste attitude


Je ne suis pas un aventurier.
Quand il s'agit de partir en vacances, je tiens à mon petit confort. Pas adepte du grand luxe (ni forcément les moyens d'ailleurs) mais il me faut un minimum. Pas du genre à faire un tour du monde le sac au dos, gourdasse aux fesses, sandales aux pieds, Quechua en bandoulière. Même plus jeune, j'ai toujours eu un petit côté pépé que j'essaye d'assumer.
Bon, toujours est-il que quelques années en arrière, profitant d'une extraordinaire promotion d'après saison séduisant mon maigre budget d'étudiant, je réserve avec ma miss un voyage organisé en Turquie. On est au mois de septembre, je ne suis pas à la repêche, c'est Byzance!

Je vous l'accorde, à 22 ans le coup du voyage organisé, ça manque un peu de fun, mais bon, nous y voilà.
Aéroport de Nantes. C'est l'attente du charter qui doit nous amener en terre promise avec les quelques heures de retard habituelles. Notre groupe se forme petit à petit. Les vacanciers se regroupent, chacun affichant son air de rien légèrement dédaigneux. Personne n'ose entamer la conversation. On s'ignore même royalement, tout en sachant pertinemment qu'on va passer un petit moment ensemble. Les étiquettes du voyagiste sur les bagages ne trompent pas. Mais, on ne fait pas encore partie de la même famille, on n'a encore rien partagé ensemble. Faire tomber les barrières, franchir de "nouvelles frontières", il y a du boulot!
Je mesure alors la richesse de cette idée de voyage promotionnel. Un incroyable mélange des genres. Le must c'est quand même l'involontaire mais la subtile compétition vestimentaire des vacanciers en partance, catégorie "Vacances et bon goût" ! Vous connaissez l'assortiment magique : short + chemisette + chaussettes + sandales + gourmette et/ou chaîne en or + casquette. "Look voyage" qui disaient...
Un constat s'impose ensuite : notre groupe est parfaitement bancale sur le plan générationnel. Une majorité de post cinquantenaires contre deux couples de jeunots la vingtaine, cherchez l'erreur! Au programme, une semaine de vie en commun pour visiter Istambul et les principaux sites de ce pays (en bus), puis une semaine en Hôtel club au bord de la mer.

Nous avons évidemment sympathisé avec l'autre couple d'étudiants avec qui nous avons beaucoup ri du spectacle que nous ont donné nos aînés durant notre périple à travers ce beau pays.

Quelques anecdotes me reviennent.
Fou rire énorme au retour d'une soirée arrosée où un type discret et distingué qui voyage seul, allume sa clope dans le fond du bus qui nous ramène à l'hôtel et entonne une sorte de chanson paillarde à la gloire "d'Agaturk". Sauf que le Agaturk comme il dit, il n'existe pas ou plus exactement, son vrai nom c'est Atatürk (père de la Turquie moderne)!! Marrant ce décalage. Le type se lâche complètement et se trouve à l'opposé de l'image qu'il donnait jusqu'alors. La bande de pré-retraité est outrée du comportement atypique du monsieur. Ça chuchote d'indignement dans les rangs de devant. Nous on sympathise. Il est bien rock'n roll le gars. D'ailleurs, il est "médecin chiropracteur acupuncteur". Tout un programme à lui tout seul. En plus, il n'a pas de circonstances atténuantes puisque notre guide nous rebat gentiment les oreilles avec ce personnage central de la Turquie depuis le départ.
Bon d'accord, ce même soir un peu plus tôt, je m'étais laissé entraîné dans une chenille de tous les diables avec nos joyeux lurons de collègues de voyage. Ben quoi? Je fais mon possible pour m'intégrer! Cette soirée en langage marketing communication c'était un "dîner spectacle typiquement folklorique". Dans mon langage à moi, on appelle ça la fête à Dudule ou le baise couillon pour touristes.

Je passe sur les questions foireuses au guide qui se coltine un groupe dont le niveau culturel est globalement proche du néant. Pour vous donner le niveau, ça confond l'excision et la circoncision... En même temps, les glands à casquette ça n'a jamais rien compris aux histoires de circoncison!!
J'allais oublier les pauses pipi dans les magasins souvenirs d'Etat. Petite commission et emplettes pour les voyageurs. Commision aussi pour le chauffeur et le guide de la part des commerçants reconnaissants. Les affaires sont les affaires!
Visites de véritables marchands de tapis, qui suscitent l'admiration : "même qu'ils sont presque aussi beau que chez Saint-Maclou, n'est ce pas Ginette? "
Vive la "touriste attitude"!

Deuxième semaine, plus de liberté, plage, sieste, apéro, chorégraphie YMCA du club, balades en bateau sur une mer turquoise magnifique. Un joyeux melting pot franco allemand en tongs et shorts bariolés. Vive la culture bidochon!
Mais qui dit plus de liberté pour le piètre aventurier que je suis, dit également plus de risque. C'est donc à la suite d'un apéritif anisé (raki) préparé à l'eau locale que je succombe (c'est mon pêché mignon) à la célèbre Turista. Je suis scotché à mon lit, les boyaux en vrac. Loisir m'est donné de vérifier à moultes reprises le confort spartiate des chiottes à la turque, autre spécialité locale... A l'occasion d'une brève sortie de ma chambre, je croise notre sémillant ami "médecin chiro-acupuncteur" que nous avons surnommé "Agaturk". Désolé de me voir dans cet état, il se propose d'essayer "les aiguilles" comme il dit. Je ne suis pas chaud, mais au point où j'en suis, je ne vois pas bien ce qui peut m'arriver de pire. Pas la force de dire non. Rendez-vous est pris dans ma chambre. Il essaye de m'expliquer de notions de base, pour me rassurer sans doute, et conclut qu'il tente le coup mais qu'il y croit moyen. Il me plantouille un paquet d'aiguilles un peu partout à des point stratégiques et notamment entre les doigts de pieds et autour des oreilles. Ça fait un peu mal, c'est désagréable. Il me quitte car il faut attendre un peu que ça agisse. Une histoire de flux si je me rappelle bien. Mais, j'ai toujours mal au bide et je ne peux plus bouger! C'est vachement pratique l'acupuncture quand il faut que tu ailles aux toilettes (après les flux, le reflux)! A son retour dans la chambre, ma femme aura comme spectacle un mec au teint gris /vert allongé sur le plumard avec des aiguilles plantées un peu partout. Un moment elle s'est demandé si j'étais encore en vie ou si j'avais été victime d'un sorcier vaudou.
Bilan de la séance : totalement inefficace rapport à la turista, très inconfortable, mais pas du tout envie de fumer par contre!!!

A mon tour, j'ai donc été victime de la "Turistattitude". Comme pour me punir de m'être gentiment moqué de mes aînés, de leur tenues vestimentaires et de leur cruel manque de culture alors que je me trouvais à peu près au même niveau!
Moralité : Ouzo je ne boirai plus de ton eau!

PS/ Malgré tout, nous gardons un bon souvenir de ce voyage. Nous avons passé beaucoup de temps dans le bus, mais nous avons vu de très beaux paysages. Istambul qui fait le lien entre l'Asie et l'Europe est une ville d'une incroyable richesse. L'étape obligatoire à Ankara, la capitale administrative, est toutefois sans aucun intérêt. Et puis vous l'aurez compris, on s'est payé de bonnes tranches de fou rire!
Une dernière précision : ce type de voyage ne forme pas la jeunesse!

jeudi 15 novembre 2007

Mes 30 ans et le rêve d'Icare...

Ce week-end mon petit frère va avoir 30 ans!

Évidemment j'ai repensé au mien d'anniversaire de 30 ans. Et j'ai eu un beau cadeau : un saut en parachute!

J'en avais glissé l'idée à ma femme. Vous savez le genre de propos qu'on tient puis dont on espère secrètement qu'il sera oublié. Moi j'avais dit ça un peu sur un coup de tête, pour l'impressionner. Bon le fait est qu'elle a une bonne mémoire. Je l'avais bien cherché. En réalité, derrière tout ça il y avait une sorte de défi personnel, et une question en filigrane : 30 ans, toujours au top?
Dans la symbolique, le rêve d'Icare exprime les dangers de l'orgueil des hommes...

Comme mes potes sont sympas, ils ont décidé de faire le grand saut avec moi. Ça réconforte d'être à plusieurs dans la même galère. Ce qui est con c'est d'avoir choisi de se foutre dans cette situation. Ce qui est con aussi, c'est qu'à plusieurs c'est impossible de se dégonfler, on a sa fierté!

Au total nous sommes 5, dont une courageuse.
Après une bonne heure de route pendant laquelle ça fanfaronne pas mal, excitation oblige, nous arrivons à l'aérodrome de Vannes-Meucon (56). Nous avons réservé un saut en tandem (faut pas déconner non plus) dont voici les caractéristiques : on monte à 4000 mètres (quand même), on saute avec un professionnel qui dirige les opérations, chute libre pendant 3000 mètres, puis ouverture du parachute (si tout va bien...) et enfin atterrissage. Le stress monte d'un cran quand la jeune fille qui nous inscrit nous demande si on veut souscrire à l'assurance... au cas où. Non merci mademoiselle, je compte pas y rester!

Ensuite un moniteur nous explique le déroulement du saut. On s'allonge sur de larges planches à roulettes pour une répétition des consignes en vol (en gros c'est bras écartés et genoux légèrement pliés). L'étape d'après consiste à enfiler une combinaison intégrale de couleur "flashy". Une question m'effleure l'esprit : pourquoi ces couleurs vives? Y aurait-il un club de ball-trap à côté?! La gaudriole masquerait-elle une certaine appréhension? On m'affuble également d'un casque mou (si si ça existe, la preuve) et de protège lunettes. J'ai un look d'enfer, la combinaison est moulante à souhait, le casque met en valeur mon crâne d'obus. Avec ça j'ai une bonne tête de gland...


Bien sûr, ma femme est présente (pour ramasser les morceaux) pour assister à ce moment de bravoure que va dignement affronter son homme...
Malgré cette présence motivante, petit à petit, mon trouillomètre montre ses premiers signes d'activité.

Il fait beau, on regarde les premiers décollages de "notre" avion. Il a une vraie gueule, c'est un Pilatus PC6 Porter.
L'avion se livre à un ballet impressionnant. Il décolle aussitôt les amateurs de sensations fortes embarqués et monte en flèche vers les cieux, pour en redescendre en quasi piqué. Le rythme est soutenu. Il atterrit au moment où les premiers habitués de la chute libre qu'il vient de larguer, posent déjà leurs pieds sur la terre ferme!

Pour l'instant j'observe le ciel bleu. Mais on ne voit pas l'avion quand il est à 4000m. Soudain, on distingue par intermittence des points lumineux qui filent à la vitesse de l'éclair. Puis d'un coup, une tâche colorée apparaît lorsque le parachute s'ouvre enfin.

Après je ne me souviens plus précisément de ce qui s'est passé autour de moi. Je sais juste que mon adorable beauf a voulu y aller en premier. A son retour il nous livre rapidos ses impressions, il a eu la trouille, son regard est un peu ailleurs (il a du mal à redescendre sur terre sans doute...), c'est un truc de dingue nous dit-il. A ce moment précis, je partage parfaitement son analyse sur le truc de dingue.

Puis c'est à mon tour. Je découvre mon instructeur au dernier moment. Je pense qu'il n'a pas loin de 65 ans (je ne déconne pas)! Il a de l'expérience, c'est sûr! C'est un ancien militaire chez les "paras" et ça ne plaisante pas! Mais une CERTITUDE statistique me hante l'esprit depuis l'instant où j'ai pu mettre un âge sur le petit bonhomme. Ben oui, ce papi a bien plus de chance de faire un infarctus que l'autre mono qui est un jeune homme. Trop tard, on y va, un dernier coucou à ceux que j'aime et on grimpe dans la carlingue de l'avion. C'est parti!

Avec moi, il y a "Pitch", la copine de mon fréro. Elle arbore toujours un grand sourire d'habitude. Je la regarde mais je n'aperçois ses dents blanches qu'à l'occasion de rares sourires forcés. Comme elle, mon trouillomètre s'est méchamment emballé. L'avion grimpe fort en décrivant une longue spirale. Je vois le sol qui s'éloigne et je respire mal. L'ambiance est lourde. Sans le bruit du moteur, on entendrait une mouche voler. Soudain je sens mon pépé parachutiste s'approcher de moi par derrière...gloups. Il nous attache solidement l'un à l'autre (regloups), enfin je l'espère car je ne peux pas le vérifier. Puis l'avion coupe brusquement les gaz et il retrouve une assiette proche de l'horizontale. On est à 4000m, les maisons sont de la taille d'un timbre Poste et on aperçoit au loin le Golfe du Morbihan. Ça va être l'heure de vérité et mon coeur s'emballe un peu plus encore. Un parachutiste expérimenté fait coulisser la portière, un souffle d'air envahit l'habitacle. Ni une ni deux il saute et disparaît, aussitôt happé par le ciel. C'est hallucinant la vitesse avec laquelle il s'éloigne. C'est à mon tour! On se déplace péniblement à deux pour s'approcher de la porte béante. J'ai l'impression que le papi me téléguide car je n'ai pas vraiment hâte d'y aller. J'avais oublié de vous le préciser, mais il y a déjà un type dehors accroché à l'aile, une caméra sur son casque. Il me filme. C'est un vrai cauchemar, mon trouillomètre a rendu l'âme depuis quelques secondes. J'ai toujours eu le vertige et je pendouille dans le vide, mon pépé de frère siamois fait encore le lien avec l'avion. Avant d'y aller, il me tape sur l'épaule pour que je pense à sourire au cameraman. Tu parles! Pas envie de jouer la comédie, j'ai la gueule d'un condamné à mort sur l'échafaud.
Point de non retour. Et c'est parti pour une chute libre d'environ 3000 m qui va durer 50 secondes (20 secondes de plus et c'est la tapenade, célèbre purée d'olive)!

Après quelques vrilles et loopings désordonnés, on se stabilise. La vitesse de croisière est proche de 200km/h. Au moment du saut, j'ai cru que mon coeur allait exploser. Quant à celui de mon pépé accompagnateur, j'aurais la preuve de sa bonne santé quand il aura ouvert notre toile. Les sensations sont indescriptibles mais il y a une vraie violence. Je n'ai pas franchement l'impression de voler mais plutôt d'être plus que jamais soumis à l'implacable loi de la pesanteur. Je mesure la gravité de la situation.

Enfin, le parachute s'ouvre sans encombre. Papi n'est pas venu alimenter les statistiques de la crise cardiaque en plein vol. A présent c'est une douce promenade, le stress retombe et l'atterrissage est une formalité.
Je remercie mon papi comme j'aurais pu le faire de celui qui m'a mis au monde ou sauvé la vie. J'ai l'impression de revenir d'un truc unique.

Unique c'est le mot, je pense que je n'y retournerais pas, mais ça vaut son pesant de sensations extrêmes et inoubliables.

Voili voilà, c'est fait.

Bilan des courses :
  • 30 ans et moyennement au top!

  • Nous avons tous mal dormi la nuit d'après en revivant cette expérience pendant notre sommeil.

  • Ma mère a eu pitié de moi quand elle m'a vu sur la vidéo au moment où je saute de l'avion (quand le cameraman voulait m'extraire un sourire!).

  • Ma femme m'a dit que pendant mon saut mon fiston lui avait demandé si papa était dans le ciel... Prémonition dramatique? Non juste terre à terre le fiston!

Moralité : courageux mais pas téméraire!

vendredi 9 novembre 2007

Un post sur La Poste

Pendant quelques uns des mes étés d'étudiant, j'ai bossé à la Poste comme facteur grâce au père d'une amie. Que me reste-t'il de cette expérience en jaune et bleu? Quelques souvenirs sympathiques que je m'en vais vous raconter.
Plantons le décors : il est 5 heures du mat' et le réveil sonne. La journée de travail commence à 6h. Pour un étudiant en été cette phase est délicate et relève souvent de l'exploit! Ceci dit, une fois les paupières ouvertes et les yeux en face des trous, les matins d'été sont magnifiques.

Mais place à l'action.

Réception en vrac du courrier que tu dois distribuer, classement méticuleux dans l'ordre de la tournée, le tout dans une ambiance du tonnerre! Incroyable ce que les types (il y a quelques femmes mais bien plus discrètes) pètent le feu alors que toi tu es encore dans les choux, ça gueule, ça déconne à plein tubes, c'est le royaume de la grande gueule, à qui aura le dernier mot ou sortira la blague ou la carte postale la plus salace. Les grosses têtes à côté c'est de la rigolade. Au point que c'en est parfois saoulant, on est d'accord?
Le calme arrive à mesure que les premiers habitués taillent la route. Au début tu t'en vas le dernier et tu sais que tu reviendras aussi après tout le monde.
On enchaîne, tu fourres ton courrier bien classé et bien ficelé dans plusieurs sacs et hop, en vélomoteur Huguette!

Ben oui, j'ai hérité d'une des "tournées mobylette", je me dis que ça va être cool le nez au vent sur mon deux roues. Bon, quand j'ai vu l'engin qu'on avait bien voulu me confier, mon visage enjoué s'est aussitôt assombri (comme le ciel ce jour là). On est à la Poste, entreprise publique, et mon engin n'a rien à voir avec le top de la technologie de l'époque. J'accuse le coup mais réceptionne tout de même l'engin. Je chevauche donc un splendide 103 jaune (pardi!), sacoches latérales à l'arrière et une sur le devant, pas de rétro, des freins inexistants ou presque. J'exagère, il y les bidules sur lesquels tu appuies et qui font croire qu'il y a des freins... mais même quand tu écrases les bidules, la meule elle s'arrête mais longtemps après. En forçant le trait, t'as presque le temps de tomber en panne d'essence! Je sais je suis long mais ce détail a son importance.

Episode 1 :

Un matin donc, je file plein gaz vers le début de ma tournée, il est 9h30, je passe un feu, vert, j'aperçois aussitôt une forme courbée traversant la rue devant moi au mépris du bonhomme rouge... Et ce qui devait arriver arriva. J'écrabouille les freins. Et là? Rien, nada, tel un supertanker lancé sur son erre, je file comme un bolide vers supermamie que j'essaye d'éviter tant bien que mal (en fait, ce sera mal). Une sorte d'attraction inéluctable aimante nos deux vies l'espace d'un instant, et paf c'est la collision! Je percute la forme humaine qui valdingue et je m'étale royalement dans un fracas métallique, sous le regard médusé des conducteurs alentours. Pour eux ça ne fait pas un pli, je roulais vite : "il n'a même pas freiné". Je suis un timbré estampillé la Poste.

Je vous rassure l'enveloppe corporelle de la brave dame n'a pas trop souffert. Elle s'en est tirée avec de petites contusions. Elle a quand même eu le droit aux pompiers et moi aux policiers, en quête d'un facteur aggravant. J'oblitère, pardon, j'obtempère... RAS alcoolémie négative (9h30 du mat je rappelle!). Je me suis senti tout penaud, d'avoir dégommé la mamie, mais franchement j'y pouvais pas grand chose : "Sans maîtrise, la puissance n'est rien"!


Episode 2 :

Je me souviens aussi d'un sérieux croquage de mollet par un sale collet hargneux qui m'a définitivement fâché avec Lassie. Je me rappelle la scène : moi sur ma pétrolette (toujours la même) m'apprêtant à glisser le courrier dans la boîte, le chien déboule aboyant furieusement. Je sais que je suis cuit, ce clebs est un dingo, il a les crocs, je le vois dans ses yeux, et ma bécane accélère à la vitesse d'une file d'attente... à la Poste! Je suis bien décidé à m'affranchir de cette menace à quatre pattes. Quitte ou double, je mets plein gaz. Et là ? Rien, nada, mon destrier jaune fume, pétarade mais ne bouge pas ou si peu. Le chien, lui, a pigé que son bifteck voulait se faire la malle et décide de n'en faire qu'une bouchée! Il ne lâche rien le salaud. Je gueule, j'ai mal, je me vois déjà aux urgences la jambe en lambeaux quand arrive la propriétaire alertée par le raffut. Elle arrête son chien et me dis : "Il n'aime pas les mobylettes". Merci, j'avais pas remarqué (connasse)!
Moralité et bilan de l'agression : Après qu'il tâte ton os, le clebs, direction l'hosto pour une piqûre anti-tétanos.
Au final, j'ai malgré tout bien aimé cette expérience qui, vous l'aurez constaté, n'a pas manqué de cachet... En effet, grâce à ces réveils aux aurores et une fois la tournée terminée, j'ai pu profiter des après midi ensoleillés les pieds dans l'eau!

PS : Privatisation à l'horizon, ils ont récemment investi dans du matériel un peu plus moderne. Vélos spécifiques, chariots ergonomiques, tenues modernisées, Kangoo rutilants, agence relookées, nouveau logo... C'est pas encore le top du top mais: " Y' a pas écrit La Poste là!"

dimanche 4 novembre 2007

Service minimum au service militaire

Retour en arrière sur un grand moment dans la vie d'un homme!
On est en 1997, études terminées, un automne magnifique en Bretagne. Je dois répondre à l'appel du Service Militaire.



Veille du départ, j'ai le moral fourré au plus profond des chaussettes, malgré l'été indien. Je savoure mes derniers instants de liberté sur la plage de Sainte Marine, le soir. Je suis seul, la mer est calme, je médite à ce qui m'attend et à tout ce qui va me manquer, j'écoute le ressac de l'océan, le vague à l'âme. En fait, j'ai pas vu le truc arriver, je me suis dit que j'allais réussir à éviter cette corvée, comme la plupart de mes amis. Ben non mon con, c'est ton tour! J'essaye de me convaincre que ça a du bon le service militaire mais j'ai la certitude que ça ne va pas me plaire... J'ai envie d'indépendance et de travailler (eh oui, pour payer ma retraite tiens !).
Pas de piston, pas de planque.
Demain donc, direction Fontainebleau, sa forêt et son 120 ème régiment du train, Force d'Action Rapide, Armée de Terre. Tout un programme!
Je vous passe le comité d'accueil kaki à la gare, l'embarquement dans le camion militaire, l'entrée au régiment, fermeture des grilles, je pense à Guy Moquet (!). Finie la belle vie. En moins de deux me voilà déguisé en troufion de base alias "conducteur Mistersuperolive", des cheveux en moins, un magnifique bérêt, un jogging bleu roi très seyant pour commencer, bref, l'impression d'être dans la quatrième dimension. Il y a un petit côté décalage total qui m'amuse un instant. Mais, au fond de moi je me dis qu'un mois de "classes" ça va être long.
Allez hop, c'est parti : jogging avec les shoes Patrick que tu coures deux fois avec et après elles sont niquées, marches dans la forêt au pas de course avec le paquetage de 25 kg sur le dos et les Rangers qui font mal aux pieds, ramassage de feuilles sur la place d'arme (on est en automne, il y a du vent donc quand le gradé inspecte il voit de nouvelles feuilles donc il te gueule dessus, c'est simple!), récurage des sanitaires et son lot de poils de bitte, démontage et astiquage de "Famas" (fusil d'assaut de la manufacture d'arme de Saint-Etienne, intéressant non?) en moins de deux, entraînements perpétuels à la marche en troupeau bien rangé autour de "l'homme de base" et synchro s'il vous plaît, demi tour gauche droite et autre figures imposées, lit et armoire au carré, branle bas de combat à pas d'heure de la nuit, lever du drapeau à 6h du matin en tee-shirt par 0° sur la place d'armes, ... Si t'es pas content c'est pire, au rapport direction le gnouf!


C'est marrant non? BEN NON, j'ai croisé parmi les militaires de base qui nous encadraient trop de couillons de première pour garder mon sens de l'humour. J'ai vu des "appelés" humiliés devant leurs camarades, parce qu'ils n'arrivaient pas à marcher au pas ou à faire un demi tour droite correctement, et se mettre à chialer comme de madeleines. "On n'a pas besoin de gonzesses ici!". Pas toujours beaucoup d'humanité chez les défenseurs de la Patrie "On est là pour faire la guerre, pas de la poésie!"...
Réussir à débrancher le cerveau pour être au niveau. Il faut des prédispositions c'est sûr! C'est d'ailleurs étonnant de voir comment certains se sont pris au jeu.
J'ai toutefois vécu quelques bons moments chambrée et de solidarité avec deux collègues que je n'oublierais pas.
Bon classique quoi, mais tant qu'on ne l'a pas vécu de l'intérieur, on pense que ceux qui racontent exagèrent. Ben pas vraiment en fait (à part la photo du dessus)! Au final, je suis plutôt content d'avoir pu voir ça de mes propres yeux et je suis surtout ravi d'avoir pu écourter l'expérience assez rapidement.

Enfin, cette mauvaise farce des Bidasses en folie n'aura pour moi pas duré très longtemps. Je me suis carapaté au bout de trois semaines. Dur de laisser derrière moi mes deux bons potes mais trop content de me tirer de ce mauvais film.

J'ai donc fait partie des derniers couillons à avoir été contraints a donner du temps à la Nation pour faire des trucs inutiles. Le service militaire a été supprimé en 2001. Depuis, place aux professionnels, entre eux ils se comprennent, et avec le 3ème poste du budget de l'Etat (derrière l'Education Nationale et le remboursement de la Dette) ils ont de quoi s'amuser.

Moralité : Fontainebleau, je ne boirai plus de ton eau!

PS / Au fait, en plein bazar sur les régimes spéciaux de retraite, les militaires ils n'ont pas une retraite après 15 années de services???!!!!

samedi 27 octobre 2007

Optimist ou le naufragé involontaire...

Souvenir d'enfance.
On est en été, dans une chouette station balnéaire bretonne où j'ai eu la chance de passer les vacances de ma jeunesse. J'ai 8 ou 9 ans, je ne sais plus exactement.
Afin de faire de moi un vrai petit breton, donc un bon marin, mes parents m'inscrivent à un stage d'une semaine d'initiation à la voile.
Première sortie en mer après un dernier briefing et conseils de sécurité sur la terre ferme. Mon père n'est pas loin, il observe son aîné face à cette nouvelle aventure. Il est en vacances, détendu, heureux et fier de voir son fiston grandir. Moi je suis sans doute impatient et aussi un peu anxieux à l'idée de ce rendez vous avec l'océan. C'est beau la mer, mais ça impressionne. Pour un enfant, c'est tout un imaginaire plus ou moins rassurant, un savant mélange d'aventures, de pirates, de requins, de tempêtes, d'infini, de Vingt Mille lieues sous les mers, que sais-je encore.
Me voilà donc parti avec mes petits camarades sur des petits bateaux que l'on appelle des "Optimists". Nous sommes une petite dizaine, assis chacun dans notre bateau sans voile pour commencer. Les embarcations, reliées entre elles en file indienne, sont remorquées par le moniteur et son Zodiac rouge et noir. Je suis en dernière position, assis bien sagement à l'avant de mon bateau. On s'éloigne du port doucement, j'aperçois mon père qui me fait de grands signes. Fier je vous dit le papa! A ses côtés d'autres parents. Tout baigne, je me sens comme un poisson dans l'eau... Mais ça ne dure pas longtemps! Je constate rapidement que mon Optimist embarque de l'eau de façon préoccupante. Le niveau monte très vite, je ne comprends pas ce qui se passe. J'écope, je crie, j'appelle au secours, lance des SOS, et en moins de temps qu'il ne faut pour le dire je me retrouve dans l'eau. C'est la panique, je flotte grâce à mon gilet de sauvetage orange délavé et je vois la flottille s'éloigner doucement mais sûrement. Je suis comme un gland, personne n'a vu la scène sauf mon père et les spectateurs amusés sur le port...
Bon je ne suis pas resté trop longtemps dans l'eau (beaucoup trop salée pour un marin d'eau douce), le moniteur a fini par être alerté par mes petits camarades apprentis moussaillons. Juste le temps que le message d'alerte remonte la chaîne!
Je crois que mon père s'est senti un peu seul lorsque son voisin lui a fait remarquer qu'un apprenti marin étourdi était en train de prendre son bain!
Le lendemain, il a littéralement dû me traîner jusqu'au port pour me forcer à reprendre le stage.

Je lui en suis aujourd'hui très reconnaissant car nous avons ensuite partagé beaucoup de bons moments sur l'eau ensemble. Mais que le premier contact fut rude. Un beau naufrage!

Pour finir un bon conseil : ne vous asseyez pas à l'avant d'un petit bateau qui est remorqué, les mêmes causes produisant les mêmes effets!

jeudi 4 octobre 2007

Souvenir d'enfance

L'autre jour en me baladant dans la jolie Ville close de Concarneau, j'ai acheté ce petit avion dans un chouette magasin de jeux pour enfants. Je n'avais pas revu cet objet depuis ma prime jeunesse. J'avais oublié. J'ai pourtant souvent joué avec ces petits avions légers en compagnie de mon petit frère ou de mes cousins.
Ca me rappelle des souvenirs, j'adore ces moments là. Je ressens un plaisir évident à partager ces instants avec mon fiston. Je revis grâce à lui ces lointains jeux d'enfance et je vois dans ses yeux une si belle insouciance. On pourrait parler de Proust et de sa Madeleine, moi je préfère parler de Pépé Boyington et des ses Corsaire. Vous vous souvenez la série "Les Têtes Brulées"?


Je reprends.

J'étais doublement ravi : d'abord pour mon fils, et ensuite parce que l'avion ne coûte qu' 1,50 € (je plaisante, ça va!). Aussitôt, on a monté l'avion (c'est simplissime), puis il l'a lancé et relancé, guettant avec excitation la qualité de l'atterrissage, essayant de lui faire faire des loopings ou de battre le précédent record de distance parcourue! On s'est bien amusés tous les deux sous le regard amusé des filles, c'était encore l'été... Aujourd'hui, l'avion ne vole plus, il est cassé, victime d'un tir ennemi, d'un crash, ou plutôt d'un pied maladroit. C'est l'automne. Faut dire qu'il est fabriqué dans une sorte de polystyrène un poil fragile et qu'on l'avait déjà bien rafistolé avec du Scotch invisible.

Alors, j'ai vite cherché à en racheter un autre pour retrouver ces bons moments, mais aucun des 4 magasins de jeux pour enfants que j'ai visités n'en avait à vendre... Problème de marge sans doute. Du coup, parce que j'avais promis, j'en ai acheté un autre, un plus grand, un plus sophistiqué, un plus mieux quoi. Pas pareil, pas la même émotion.

C'est le même problème avec les voitures, quand on a eu une 104 Z, conduire une 807 ne procure pas les mêmes sensations...

Si quelqu'un dans ce bas monde peut m'aider, merci d'avance.